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Billet de blog 23 août 2019

Émirats Arabes Unis : le CDHJ demande des comptes sur le sort de 2 détenus

Le conseil des droits de l'Homme et de la Justice de Genève demande des comptes aux Émirats sur le sort de deux détenus

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Une enquête internationale sur les crimes de guerre commis contre les civils par les armées de la Fédération des Émirats du Golfe au Yémen ? 

C’est en tout cas ce que réclament des milliers de Yéménites via des tweets placés sous l’hashtag « Poursuivre en justice les Émirats arabes unis est une revendication des Yéménites ».  Les auteurs des tweets ont-ils commencé à avoir gain de cause ?

En tout cas, les blindés d’Abu Dhabi, leader de la Fédération de Émirats, et premiers alliés de l’Arabie saoudite dans son offensive contre les Houthis du Yémen, ont annoncé leur intention de retirer leurs forces de ce conflit. 

Le 8 juillet dernier, un haut responsable émirati a confirmé dans la presse le désir de son gouvernement de passer d’une stratégie militaire prioritaire à une stratégie de paix prioritaire ». Le très sérieux  américain Wall Street Journal  a d’ailleurs publié un article annonçant dans un avenir proche le retrait total des troupes des émirats du territoire yéménite. 

Les pressions internationales, l’intervention, sans doute des États Unis, embarrassés par les critiques unanimes contre les exactions de leurs alliés saoudiens et émiratis dans cette guerre, ont donc fini par contraindre les Émirats à lever le pied, certains diront, à arrêter le massacre, au profit d’un meilleur respect des droits de l’Homme.

Trop tard pour Salem Musa Khamis, ancien membre des services de renseignements des Émirats, jugé et condamné par la Cour d’Abu Dhabi pour espionnage en 2013, il est récemment mort sous la torture et par manque de soins, selon plusieurs sources concordantes.

AUCUNE INFORMATION

Les autorités de la Fédération des Émirats n’ont fait aucun commentaire, ni fourni aucune information à la famille. Il a fallu qu’un organisme indépendant basé en Suisse, le Conseil Genevois des Droits de l’Homme et de la Justice, publie un communiqué pour que soit révélé le sort funeste qu’a connu cet homme au fond d’une prison des Émirats. L’organisme genevois a demandé aux autorités des Émirats de donner de livrer le dossier du défunt Salem Musa Khamis, pour connaître les circonstances exactes de sa mort.

Jusqu’à présent sans succès…

DELIT D’OPINION

Autre détenu, celui-là toujours en vie, mais en grand danger, Nasser bin Gaith, prestigieux économiste arabe, conférencier régulier à la Sorbonne  « délocalisée » d’Abu Dhabi, en grève de la faim depuis plus de deux mois. Il a été condamné en mars 2017 à dix ans de prison par la Cour fédérale d’Abu Dhabi pour avoir émis des tweets dénonçant les nombreuses violations des droits de l’homme en Égypte.

En 2011 déjà, cet intellectuel brillant et réformiste, avait été arrêté pour ses publications militantes sur internet, pour « insultes publiques » envers des responsables Émiratis qui animaient un forum en ligne.

Les informations provenant du détenu lui-même, qui se plaint d’avoir été soumis à un traitement médical étrange, et puni par des restrictions du fait de sa rébellion contre sa détention arbitraire, et de ses demandes de remise en liberté.

Ainsi a-t-on su à Genève, que derrière les murs de la prison de Résine, où est détenu Nasser bin Gaith, son état se détériore rapidement. A l’heure actuelle, il ne peut pratiquement plus se déplacer sans aide, et il perd la vue.

Le Conseil des Droits de l’Homme et de la Justice de Genève a donc appelé les autorités émiraties à se conformer aux pactes et conventions internationaux auxquels elles sont liées, pour mettre fin aux détentions arbitraires, aux tortures, et autres atteintes aux droits fondamentaux des êtres humains.

Le dossier de Nasser bin Gaith, innocent de tout crime ou délit au sens où l’entendent les systèmes judiciaires en usage dans les démocraties, est à ce titre exemplaire. Ses prises de position ou critiques politiques ne justifient en rien sa détention et les sévices auxquels il est soumis.
Alors que dans tous les aéroports de internationaux- en France notamment – une campagne d’affichage de la fédération des Émirats arabes Unis vante « 2019, ANNÉE DE LA TOLÉRANCE », le Conseil des Droits de l’Homme de Genève est obligé de rappeler aux monarchies pétrolières regroupées autour d’Abu Dhabi que «  le maintien en détention d’acteurs d’opinion, de blogueurs, de journalistes ou de dissidents » est  une violation flagrante de la promotion universelle   affichée par les Émirats.

L’Arabie Saoudite aussi, d’une manière plus violente encore, avait en quelque sorte aboli tout respect de la liberté d’expression et d’opinion, en assassinant Jamal Kashoggi, le journaliste du Washington Post, au consulat d’Istanbul : 2019, année de la tolérance ?

Sam GELOBTER

Journaliste Indépendant

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