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Billet de blog 30 oct. 2019

Emirats Arabes unis : Dubaï ou la nouvelle République de Gilead ?!

La semaine dernière se sont télescopés trois évènements importants qui n’ont pas eu le même écho médiatique alors même qu’ils entrent en résonance les uns avec les autres.

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Le 10 octobre, l’Union Européenne retirait les Émirats Arabes Unis (EAU) de la liste noire des paradis fiscaux, le 11 octobre, la célèbre romancière canadienne Margaret Atwood publiait en France, les testaments, suite de son célèbre dystopique, la servante écarlate, et le 18, l’Europe célébrait la journée européenne  de lutte contre la traite des êtres humains.
Si la romancière a connu une tournée remarquée dans les grands médias, personne, en dehors  des réseaux institutionnels spécialisés n’a entendu parler des deux autres sujets. Or, la société telle que décrite par Atwood dans la fiction de ses sublimes romans, est largement devenue une réalité dans bien des pays, en particulier s’agissant des EAU.
 


L’influence de cet Émirat est telle, dans les cercles du pouvoir économique et politique à l’échelle internationale, qu’il réussit à redorer son image à la faveur de cette décision de l’UE de le blanchir des suspicions pourtant étayées d’optimisation  fiscale qu’il a érigé en système, pesant sur lui. Cependant, en matière de traite des êtres humains, qui est l'un des crimes les plus honteux qui puisse exister et qui affecte, à travers le monde, la vie de millions de personnes privées de leur dignité, les EAU ne brillent guère. En effet, par la contrainte et la tromperie, des femmes et des hommes sont soumis chaque jour à des situations d'exploitation. Qu’il s’agisse de pratiques comme le travail forcé, la servitude domestique ou encore l'exploitation sexuelle, de trop nombreuses personnes, originaires d’Asie du sud-est ou encore d’Europe de l’Est, subissent cette nouvelle forme d’exploitation de la misère humaine. Il est aujourd’hui de notoriété publique que la prostitution est très largement répandue à Dubaï où des centaines de filles issues des pays de l’Est comme la Roumanie et la Moldavie.
 
Les filles sont exploitées dans des appartements où elles reçoivent quotidiennement entre 10 et 15 clients, subissant toujours les mêmes méthodes d’asservissement. On leur fait miroiter une vie de luxe dans les palaces où elles sont prétendument promises à des fonctions de danseuses, de serveuses ou d’hôtesses. La réalité est qu’elles doivent payer des sommes faramineuses (plusieurs dizaines de milliers d’euros) pour rembourser les dettes dont elles se retrouvent de fait débitrices du jour au lendemain. Il leur faut en effet rembourser, tous le frais engagés par les réseaux mafieux tels que les passeports, les visas, les frais de voyage et d’hébergement, ce qui prend du temps. Durant cette longue période, les filles sont à la merci de leur proxénètes comme de leurs riches clients lubriques à la recherche de « viande fraiche » et de profils de plus en plus jeunes.


 
Ces criminels maintiennent des jeunes femmes sous pression en promettant des représailles envers leurs familles restées au pays. Les réseaux criminels n’hésitent d’ailleurs pas à soumettre ces femmes à des privations de liberté, mais également à les soustraire aux besoins les plus fondamentaux tels que l’accès à la nourriture ou aux soins. Ces réseaux mafieux prolifèrent grâce à des complicités dans l’appareil d’état, notamment au sein des forces de sécurité, mais également grâce à la corruption qui permet de détourner le regard dans un pays pourtant suréquipé en nouvelles technologies de surveillance de masse.
 
Réduites à l’état de chose, ces filles peuvent être revendues d’un propriétaire à un autre sur une période de plusieurs mois, quelquefois plusieurs années.


 
Cette réalité des journalistes du média Grec Stasinos Tv et des ONG ont souhaité la dénoncer en travaillant sur un documentaire qui donne la nausée et rappelle quelque peu l’atmosphère des livres d’Atwood, notamment avec des filles réduites à l’état  de marchandises sur lesquelles sont apposés des codes barre !

Sam GELOBTER

Journaliste Indépendant

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