Décapitation d'un professeur : Ma lettre à ceux qui nous divisent sans le voir.

J'avais écrit ces mots en réponse à un commentaire *, sur le journal Facebook d'un ami, qui criait garde au fanatisme, sans en nommé son origine. Alors que j'allais le félicité, je lisais les mots d'une autre personne enchérissant que le fanatique était islamiste. Ma réponse faisant plus de 8000 signes, elle ne fut pas accepté par le réseau social, la voici donc.

A toi qui face à l'horreur vient montrer du doigt, 

Je suppose que tu me répondras que tu fais la différence entre religion musulmane et islamisme dans un profond déni de tes propos, car je te sais bien trop cultivé et intelligent pour ne pas comprendre ce qui suit. Tu ne peux ignorer de part ta fonction publique d'avocat aux assises que la plupart des gens ne font pas cette différence, et en cela, tu joues le jeu dangereux des amalgames, quand il serait bon de raison garder à ce sujet dans une période ou chacun d'entre nous devrait porter le deuil. 

 

Tous les fanatismes doivent être bannis, combattus, traqués et cela avec la même fermeté.

Et de la même façon car ils entrent dans le cercle vicieux qui nourris les haines et les fanatismes, ces mots discriminants qui associent une religion à cette horreur doivent être dénoncés et jamais laissés être entendu sans rappeler la responsabilité de ceux qui les prononcent dans tout ce qui nous divise, nous peuple de France et du Monde dans notre unité fraternelle.

Il n'est pas de religion qui dans sa culture contemporaine majoritaire soit une étude de construction de la haine. Les religions, toutes au même titre, bien que je les rejettent, la République française appelle à les respecter, à protéger ses croyants et prêcheurs. Dois-je rajouter  tant qu'elles ne dépassent pas les limites de la prospérité de nos libertés, de nos valeurs fondamentales ?

Non je ne crois pas. Contrairement à toi. 

Et c'est déjà là que tu te trompes.

Toi, Macron, Le Pen et même certains qui m'ont déçus ce soir et à plusieurs reprises au sein même des grands penseurs de gauche. Comment osez-vous bercer le lit de l'intolérance et des amalgames. Comment osez-vous appeler à un front républicain contre ce rassemblement Nationale, nationaliste et haineux quand sans cesse vous faites propagande de la justification du fait que la haine puisse prétendre en elle même avoir une religion ?

La haine, est le fruit de l'arbre de l'incompréhension, de l'inculture, de la négligence d'un état qui n'a pas su éduquer et instruire ses enfants et protéger son peuple contre les attaques réitérés de la violence et de l'intolérance. Elle grandit dans l'entre soi et la pauvreté, le rejet et la souffrance. Elle se lève et attaque celui qu'elle ne comprend pas pour faire taire et parfois tuer sans remord celui qui de sa liberté jouit.

 

Charlie lui même a évoqué et affiché le pardon.

L'intelligence de la force républicaine, qui derrière la perte directe de ses pères, frères soeurs et amis, ne se laissera jamais allé à montrer l'autre du doigt si ce n'est pour au fond, affiché par le sarcasme, son mépris pour toutes formes d'intolérance et de comportement anti-républicain.

Dans son communiqué apportant respect et fraternité aux proches, élèves et au corps enseignant suite à l'ignominie de cet acte, Charlie Hebdo et son équipe, revendiquent unanimement leur dégout du fanatisme, mais ne citent nullement la religion musulmane dans le texte. Ceux qui comme toi s'en revendiquent et devraient s'inspiré plus que pour se créer une posture que vous semblez penser intouchable

Car les auteurs et dessinateurs de Charlie hebdo,  qui ont produit les caricatures qui ont inspirés ce triste et déplorable événement ne saurait oublier que la mixité de notre pays est sa force de continuité et d'inspiration quotidienne, culturelle et économique. Une mixité vitale et unie. Oui nous nous taquinons, mais nous vivons ensemble. Nous sommes blanc, noirs, gay, transgenre, et surtout très beaufs, tous autant que nous sommes à différents niveaux, mais nous nous tolérons.

 

Nous nous moquons les uns des autres. Et c'est très bien ainsi.

Alors, comment accepter que l'on puisse, dans cette fraternité bien visible, souvent bafouée par des débats d'identité nationale qu'aucun parti n'arrive à étouffer, comme si un concours de représentativité dans un pays historiquement lieu de passages, de brassages ethniques millénaires et de guerres qui n'ont jamais eu d'autres but que de dominer par son appartenance, avait sa place, je le demande, comment accepter que l'on puisse différencier un fanatisme de l'autre ?

Cela n'est simplement pas acceptable.

Le fanatisme a une définition simple que le Larousse fige dans l'histoire linguistique, et que d'aucun homme publique ne devrait avoir le droit d'oublier : "Dévouement absolu et exclusif à une cause qui pousse à l'intolérance religieuse ou politique et conduit à des actes de violence."

Oui le dictionnaire nous rappelle que les seuls adjectifs utilisables sont ceux qui sont dans ces lignes. 

Quel serait le besoin de stigmatiser l'une ou l'autre de ces grands groupes qui endoctrines ? Faisons nous là une course à la bêtise pour oublier la souffrance de ces gens qui n'ont pas choisis qu'on salisse les croyances qui les aident à affronter le temps et dont ils ont tous pour la plupart hérités sans avoir demander à être né dans une famille pratiquante ?

 

Quelle est la nature de ce rappel si ce n'est celui de ta haine ?

La colère ne justifiera jamais cela. La colère aussi compréhensible soit elle ne doit pas devenir maitresse de notre conduite et de notre discours sous peine de rejoindre dans un certain fanatisme, celui que l'on croit combattre. Cette colère ne doit jamais être dans le jugement d'une hiérarchisation complice des stigmates qui poussent ces fous à ne pas être soignés par notre République qui trouve sa stabilité dans le pardon et le droit à une seconde chance.

Cette seconde chance, celle de sortir de sa condition de naissance pour devenir fils et filles de la nation, elle est détruite par les discours succins des plus haut représentants de l'état et des campagnes électorales qui font du musulman et du pauvre, les plus rejetés de la société.

Et cette société nous en sommes tous responsables.

Responsables de l'état de notre société républicaine démocratique en danger, et de son bouillonnement dangereux qui nous divise à mesure que l'inégalité s'accroit. Car aujourd'hui, à faire ces amalgames, les gens qui comme toi allient une religion à un acte de folie, acte isolé de surcroit, prouvent que nous n'avons pas su ouvrir nos portes assez grandes pour que ce jeune immigré y trouve sa place.

Et c'est de notre ressort que de faire cette place, en combattant chaque jour les inégalités et en partant en croisade pour plus d'égalité et d'humanisme dans notre modèle de partage et de bon sens qui se perd dans une hiérarchisation se revendiquant du mérite.

Si nul ne mérite de mourir dans les mains et les coups d'un fanatique religieux, n'oublions pas que les inégalités sont berceau de haine, et que ceux qui la berce sont ceux qui prônent chaque jour une société plus libérale, dont les places les mieux loties sont réservées à ceux qui les auraient méritées.

Cette doctrine politique qui de gouvernance en gouvernance transforme notre communauté républicaine démocratique en une tombe de nos égalité, entrainant nos libertés effacées les unes après les autres pour protéger ceux qui auraient mérité de vivre mieux que les autres, dans un grondement de révolte légitime face à cet abandon de notre fraternité, .

J'affirme que c'est là que nous devrions qualifié le tord, et non dans l'adjectif dangereux d'une religion.

Car oui, le libéralisme porte les traits et les maux du fanatisme. Il assassine indirectement bien plus de personnes dans ce monde que ne l'aura jamais fait aucune religion. Ce fanatisme c'est celui qui fabrique les armes, le mépris de l'autre et la haine qui pousse d'autres fanatismes a se revendiquer  religieux dans une quête de violence qui ne saura jamais être justifiée.

Alors, comment ne pas constater que dans notre pays, trois fanatismes tiennent le haut des journaux :

- Celui qui derrière toute religion cache un problème d'acceptation de l'autre dans notre pays et que l'on subit par ses attaques démesurées et catastrophiques à travers le monde sans qu'on puisse montrer une religion ou une autre du doigt sans trahir l'histoire ;

- Celui d'un nationalisme et parfois d'un suprémacisme culturel ou ethnique qui s'oppose à tout ce qui lui semble différent et ne sait pas faire fi de sa colère portant de son discours les armes de la guerre ;

- Celui du libéralisme qui jouit de l'existence des deux premiers et en assoit son pouvoir et sa force partout sur le globe , profitant du chaos pour accroitre ses bénéfices et son pouvoir sur le peuple sans aucune distinction.

Ces trois là, fanatismes par définition, sont intimement liés et je suis scandalisé de voir tant de personnes, ô combien fortes de bon sens lorsque la passion ne les tient pas dans la camisole de cette guerre idéologique, dont ils sont les petits soldats malgré eux.

Toi, eux, vous, vous targuez les uns et les autres de bon sens et de cette volonté de paix, tout en montrant du doigt le puit ou se cachent les prochains criminels et assassins qui, si nous ne leur ouvrons pas les bras pour les assoir à notre table, viendront punir notre intolérance tout comme notre manque d'empathie et de combativité face à l'inégalité qui au fond, est la seule qui nous divise.

Alors, demain, à cause de ces discours, nous aurons encore au second tour de l'élection présidentielle le choix entre la cause et sa conséquence : entre le libéralisme et le nationalisme, pour diriger ce pays. C'est évidemment ce que je souhaite le moins. Car reviendront encore les discours qui salissent le mot République en appelant à s'unir derrière un fanatisme, pour en écraser un autre, au nom d'un pseudo front républicain.

Non, mon cher camarade, frère français, frère humain, je ne peux te laisser parler ainsi, car tu es sans honte malgré cela, dans les termes que tu choisis de promouvoir, le pourfendeur de ce qui nous à mené jusque là.

 

En espérant ne plus jamais te voir bercer ce qui nous divise.

Fraternellement

Olivier Crenn

 

*Pour situer le contexte voici le contenu auquel je répondais : 

PUBLICATION D'ORIGINE :

Horreur et consternation suite à l'assassinat d'un enseignant mort pour avoir montré des caricatures de Mahomet à ses élèves. Le fanatisme religieux tue. Pensées à cet homme, ses proches. Soutien aux professeurs qui font vivre la République, la laïcité et qui sont touchés ce soir."

COMMENTAIRE DE LA PUBLICATON AUQUEL JE REPOND  : 

'Le fanatisme religieux islamiste, cela va sans dire mais cela va encore mieux en le disant, n’est-ce pas ?'

 

+ Avant cela j'avais réagi à cet assassinat sur mon profil personnel Facebook :

Le fanatisme, de toutes religions et de toutes idéologies mène a la haine.

Mon soutien aux proches de ce monsieur assassiné, à ces élèves, à tous les enseignants , à tous les gens qui caricaturent avec sarcasme, à tous les gens qui se battent pour la liberté et aussi, parce qu'il ne faut pas les oublier, à tous les musulmans qui a cause de ce genre de fous vont continuer longtemps de subir l'oppression systémique de l'intolérance fanatique qui grandie dans ce pays.

VIVE LE MONDE LIBRE ET LA TOLÉRANCE

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PS : j'ai volontairement anonymisé les noms des protagonistes qui se reconnaitrons, sans quoi mon discours n'aurait aucun sens et ne servirait lui aussi qu'à stigmatiser une intolérance, que je crois pardonnable et corrigible. 

 

ET SURTOUT : INSCRIVEZ VOUS SUR LES LISTES ÉLECTORALES !

 

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