Le Président et le choix des bons gens.

Il y avait "ceux qui ne sont rien" et des mesures qui font ruisseler les acquis sociaux vers les poches des plus riches. Il y a, pour répondre à un buzz, les promesses de régularisation, d'emploi et de naturalisation faites à un héros, sauveur d'un enfant, dans une France inégalitaire qui applaudit lorsqu'il met le courage et la capacité physique, au devant des Droits de l'Homme..

Hier, dimanche 27 mai 2018, cela n'a pu échapper à quiconque a un compte sur les réseaux sociaux, ou à qui que ce soit ayant eu un temps d'intérêt pour les médias. Mamadou Gassama, un illustre inconnu jusqu'alors, a gravit plusieurs étages d'un immeuble parisien pour sauver la vie d'un enfant suspendu à un balcon à une bonne quinzaine de mètres de la chaussée. Un geste héroïque, spontané, humain,gratuit, beau. Qui ne ressent pas une admiration devant un tel courage et une telle détermination peut se demander ou est arrivé son niveau d'empathie.

Toute la France salue son geste. Anne Hidalgo, maire de Paris, comme un grand nombre de personnalités françaises, salue le courage de ce monsieur. Les messages de reconnaissance ne tardent pas, l'homme devient le symbole de l'héroïsme nationale et plus encore. Car Mamadou Gassama n'est pas français. Non. C'est un de ces hommes, ces femmes et ces enfants que l'on nomme "migrant", "sans papier", "clandestin". Il est né au Mali, qu'il a fuit pour les raisons politiques qui gangrènent un bonne partie du Monde : La guerre, la faim, la peur.

Son histoire est une histoire qui ressemble à celle de milliers de personnes. De millions à vrais dire. Une vie d'errance, de cache cache avec les polices de tant de pays traversés. Et puis, là, dans cette rue parisienne, un instant ou l'humanité prouve qu'elle n'a pas de couleur, pas de nationalité. Mamadou deviendrait même pour certains la preuve que "les migrants ne sont pas des sauvages violents qui viennent pour nous piller". J'ai du mal à citer ces mots tant cela parait ignoble de penser devoir le dire.

Sur le fait que la messe populaire eut été bien différente si l'enfant était tombé de ces mains, sous le regard d'une caméra devenu emprunte de voyeurisme et non plus témoin d'un acte héroïque, je n'ai aucun doute. Mais le sujet n'est pas là, car c'est l'heure de l'entré sur la scène de notre président, celui qui surfe sur le champ populaire et les émotions de notre temps.

Quand le choix du président devient perversion du droit commun.

L'homme qui se vante d'avoir un emploi du temps plus que chargé, pour répondre au besoin des français. L'homme qui surprend par son autoritarisme et son mépris pour les voix de l'opinion publique. L'homme qui se targue de ne faire qu'appliquer le programme pour lequel il a été élu par les voix démocratiques. Monsieur Emmanuel Macron, n'allait tout de même pas manquer une telle embellie d'enthousiasme dans les foyers français.

Mamadou Gassama est donc reçu à l'Élysée, avec promesses de régularisation, d'une embauche chez les pompiers de Paris. Macron nous sort son sourire de jeune premier, fait la pose, et ose une phrase déroutante : "la France est une volonté, et M. GASSAMA a démontré avec engagement qu’il l’avait". La parole divine a encore frappée. Le choix du maitre au dessus de nos lois.

Pourtant, qui n'a pas envie de lui donner reconnaissance. Cette engouement autour de son geste, il ne l'a pas volée. Dans la réalité de notre pays, cet homme mérite bien plus de recevoir une légion d'honneur que bon nombre d'évadés fiscaux... Enfin non certains optismisent, excusez moi, mon clavier à fourché. Il le mérite bien plus encore qu'une Mireille Matthieu, ou qu'un footballeur. Car oui, il a fait un geste d'honneur, et la retraite pécunière qu'offre ce titre à toute personne décorée, je me laisse supposé qu'il en a plus besoin que ceux là...

Mais avait il moins de capacités avant cet incident à devenir français? Cela change-t-il quoi que ce soit à son histoire ou à sa condition humaine ? Est il plus en danger dans son pays que les centaines de Maliens expulsés du territoire français ? NON.

Si on ne peut lui enlever son mérite, on ne peut pas non plus accepter que parce qu'il a eut le courage et surtout la capacité physique de sauver quelqu'un, il mérite plus que les autres sa place sur le sol français. La France ne se mérite pas. La France est historiquement un lieu de passage, une terre de métissage, ou les peuple se sont brassés et métissés. Personne ne devrait avoir le mérite d'être français. La France, colonisatrice, vendeuse d'arme, destructrice de territoire dans les pays de la planète entière... La France démocratique qui se targue de vouloir faire respecter l'état de droit. La France a un maitre, et il fait ce qu'il veut.

Emmanuel Macron nous a prouvé une fois de plus que, alors qu'il enferme chaque jour des familles entières avec jeunes enfants et des mineurs isolés contre l'avis de la cours européenne et avec l'inquiétude des Nations Unies, son pouvoir et son mépris des droits est tel qu'il peut à sa guise décidé et ce envers et contre le droit, de qui est mieux et de qui n'est pas de son choix.

Nous vivons dans une période ou le président et son entourage ont la main mise sur le droit, la liberté et décident sans se cacher de qui a le droit ou non de vivre, d'être libre ou d'être enfermé. Nous vivons une période ou un homme, monsieur Macron, a tant de pouvoir qu'il peut faire de la vie d'un homme, ce qu'il veut. Et cela ne s'appelle pas, la Démocratie.

Olivier Crenn

 

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