Le coccyx du faux trône

un Président élu, mais "pas comme on l’entend"

Le premier mandat d’Ali Bongo a été ponctué par le sentiment d’un régime décalé de la réalité. Un régime hyperprésidentialiste déjeunant langoureusement en tête-à-tête avec soi-même et dialoguant à bâtons rompus avec son miroir, dans une sorte de monologue à huis-clos, transmettant une impression d’arrogance et d’indifférence à tout grognement social. Les tensions (post)électorales ne furent ainsi que la conséquence du malaise social qui, depuis des mois voire des années, traversait tout en rongeant le climat politique du pays…

En juin 2009, très affecté par le décès en mars de la même année de son épouse Edith Lucie Bongo, Bongo I rend l’âme à Barcelone après plusieurs mois de spéculation sur son état de santé. Afin de respecter la Constitution gabonaise, des élections présidentielles anticipées sont convoquées en août de la même année. Après constat de la vacance du pouvoir, selon la Constitution, le Président du Sénat, Rose Francine Rogombé devient Présidente de la transition en attendant l’organisation des élections présidentielles anticipées et le verdict des urnes…

Les tractations battent alors leur plein. Bongo I, grand architecte de ce système s’en est allé en laissant plusieurs dauphins qui n’arrivent manifestement pas à fédérer leurs factions au sein du parti-État devenu orphelin. C’est ainsi que les guéguerres d’égo et les ambitions personnelles intensifient une surenchère nauséabonde et macabre avant même l’inhumation du défunt Président. Sans gêne pour le deuil-national-plutôt-familial qui frappe le pays, les anciens colistiers et acolytes devenus adversaires du jour au lendemain s’entredéchirent pour succéder enfin à OBO[1]. En effet, tout le monde rêve de devenir président mais il n’y a hélas qu’un seul fauteuil au Palais du bord de mer de Libreville…

En France, la droite de Sarkozy est alors au pouvoir. Même si officiellement, le locataire de l’Elysée avait déclaré que « la France n’a pas de candidat »[2] lors des funérailles à Libreville, les Gabonais, incrédules, étaient partagés entre l’espoir d’une ère nouvelle (après un long règne d’une quarantaine d’années) et un futur qui ne serait que continuité, mais qui par ailleurs n’assurait aucune garantie de stabilité. Certains citoyens pensaient que le pays était fragile et qu’il pouvait être déstabilisé à tout moment, maintenant que Bongo I n’était plus.[3] D’ailleurs la rumeur ne tarda pas à parler de tentatives de déstabilisations de la part de pays voisins, sans pouvoir en citer aucun. Sur ce plan, l’extrapolation et l’imagination débordante sont des marques locales très prisées...

Malgré des élections entachées par des irrégularités ubuesques et rocambolesques, les instances de légitimation officielles donnent vainqueur, fin août 2009, le dernier ministre de la Défense pendant dix ans, de 1999 à 2009 sous le règne de son père, à savoir Ali Bongo Ondimba. Celui-ci avait eu pour principal adversaire André Mba Obame qui était, quant à lui, le dernier ministre de l’Intérieur de feu OBO. En somme, un match entre « les deux frères jumeaux » Ali Bongo, l’héritier biologique, et André Mba Obame qui se réclamait alors l’héritier spirituel de Feu L’Illustre Défunt. AMO[4] était également le propriétaire d’une chaine de télévision, TV+ et cumulativement actionnaire de plusieurs régies publicitaires. Il a été par ailleurs grand acolyte d’Ali Bongo pendant au moins une vingtaine d’années. Cette longue amitié connue de tous déconcerta d’ailleurs, dans les premiers moments, le citoyen lambda convaincu que les deux héritiers d’OBO, l’un biologique et l’autre spirituel, jouaient peut-être à un jeu politique, en se présentant à une élection d’une telle envergure, pour mieux se partager (ou conserver) le pouvoir. Mais la fin tragique d’AMO apportera une toute autre signification aux évènements…

À presqu’un an avant les dernières élections présidentielles au Gabon, le 12 avril 2015 à Yaoundé, le remuant et intrépide Mba Obame décède à l’âge de 57 ans. Son état de santé s’était considérablement dégradé depuis 2009. Une rumeur persistante parle d’une maladie qui serait la conséquence d’un empoisonnement par inhalation qui a eu lieu pendant la campagne lors d’une de ses interventions au micro. Il s’agirait d’un empoisonnement commis par des infiltrés corrompus de son équipe de campagne lors des présidentielles de 2009. Mais aucun communiqué officiel de la part de son nouveau parti politique, l’Union Nationale, ni de la part de sa famille biologique ne permet d’en avoir le cœur net. Son état de santé et les spéculations qui en découlent sont conjugués au conditionnel hypothétique selon la logique d’une omerta en usage sur la santé des personnalités politiques dans le pays, même lorsque la situation devient irréversible...

De mémoire nationale, jamais les funérailles d’une personnalité gabonaise n’auront autant cristallisé l’actualité, ni mobilisé autant de citoyens, tous bords confondus (sans achat de conscience pour fédérer les foules), ou encore moins paralysé le pays pendant autant de semaines. De nombreux citoyens, bravant les intimidations du gouvernement, s’étaient rendus à l’aéroport pour accueillir la dépouille de leur président élu comme un héros national avec un drapeau tricolore couché sur son cercueil. Il sera même enterré avec. Des dizaines de milliers de citoyens décidés avaient marché volontairement des dizaines de kilomètres durant, de l’aéroport de la capitale au stade de Nzeng Ayong, lieu du deuil national pour accompagner le cortège funèbre. Embarrassé et paniqué, le gouvernement, comme dans une énième arrogance maladroite et cynique, sortit des chars de guerre et des troupes comme si le pays était en état de siège. Malgré de nombreuses intimidations administratives pour boycotter la mobilisation nationale spontanée autour de ce deuil d’État, par le truchement de notes circulaires exigeant une justification formelle à tout fonctionnaire absent dans cette période de son lieu de travail, des journées furent déclarées fériées non récupérables de fait sans attendre le quitus des autorités. La mobilisation et la détermination des citoyens furent telles que son cercueil fut presque pris en otage, surveillé jour et nuit, (pour éviter, entre autres, qu’Ali Bongo, ancien ami du défunt, fût-il chef d’État, ne vienne s’incliner symboliquement sur la dépouille de cette personnalité gabonaise, du moins pas de façon officielle) par des gabonais assoiffés d’alternance et indignés par décès prématuré et jugé suspect de la part de ceux qui l’appelaient affectueusement « Moïse » …

Bien avant le décès d’André Mba Obame, en 2010, un autre poids lourd de la scène politique gabonaise, Pierre Claver Nzeng, évacué trop tard à Paris à la suite d’une opération chirurgicale, trouve la mort dans des circonstances bizarres. En octobre 2011, Pierre Mamboundou, 65 ans, président de l’Union du peuple gabonais (UPG), un des farouches opposants sous Bongo I, décède à Libreville dans des circonstances toutes aussi suspectes. Tous ces décès sont peut-être à mettre au crédit du désintérêt de la politique par nombre de Gabonais. Dans tous les cas, en décembre de la même année, une bonne partie de l’opposition boycotte les législatives du 17 décembre 2011 pour des raisons liées à l’absence de transparence en ce qui concerne le découpage des circonscriptions électorales, le nettoyage du fichier électoral et l’introduction de la biométrie dans les opérations électorales. La participation à ces législatives fut estimée à 10% par l’opposition contre 34% selon la version officielle…[5]

Un an avant le décès d’André Mba Obame, un dénommé Mboule Beka tombe le 20 décembre 2014. Il est l’unique victime identifiée lors de la répression d’un meeting de l’opposition au carrefour Rio, une place emblématique de la capitale située dans le 2ème arrondissement. Son décès est alors considéré comme un mort de trop. Dans les quartiers, les nerfs sont à vif et la tension est à son maximum. Et rien ne semble l’apaiser. Et pourtant, Mboule Beka est un parfait inconnu, un étudiant qui a eu le malheur d’être au mauvais endroit au mauvais moment. Son corps sera gardé dans des pompes funèbres pendant un an car sa famille exigeait une autopsie indépendante afin de déceler les causes réelles de sa mort tandis que le gouvernement maintenait, mordicus, que sa mort était liée à un objet obtus n’ayant rien à voir avec une balle. Ce que démentaient alors les images violentes qui circulaient sur les réseaux sociaux et qui montraient un visage si déchiqueté que seule une arme à feu aurait pu faire de pareils dégâts. Finalement aucune autopsie ne sera faite, sa dépouille sera presque discrètement inhumée dans son village natal situé dans le Woleu-Ntem au Nord du Gabon...

La liste continue. En novembre 2015, quelques mois après le décès d’André Mba Obame, Béranger Obame Ntoutoume, un étudiant de sociologie et commerçant à ses heures perdues pour payer ses études et subvenir à ses besoins, trouve la mort dans les geôles de la préfecture de police de Libreville. Ayant tenté de le racketter en vain, comme il est coutume, en toute impunité, chez certains fonctionnaires du pays, des agents ont confisqué sa marchandise de façon arbitraire et ont décidé, pour blâmer son refus d’obtempérer, de l’asperger à l’aide d’un combustible inflammable, lui et ses biens, selon le témoignage de sa mère[6]. Il décèdera quelques jours plus tard par négligence médicale des suites de profondes brûlures. Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un énième et inadmissible dérapage qui aurait dû interpeller les autorités pour écouter enfin le grondement de la rumeur sociale. Mais là encore silence radio, l’affaire est étouffée par des manigances habituelles. Le problème est réglé à la va-vite, voire à la sauvette, avec une légèreté pandémique où la victime, raillée et dénigrée par les voies officielles, devient presque son propre bourreau. Tout ceci pour que les autorités n’assument pas leurs responsabilités dans cette nouvelle tragédie !

Un mois auparavant, en octobre 2015, une scène humiliante fait le buzz sur les réseaux sociaux. Il s’agit d’une vidéo dégradante encore qui présente des mères de famille, gabonaises, commerçantes, dénudées, interpellées, menottées et filmées dans un commissariat par des agents des forces de police nationale. Indigné, le médiateur de la République, Laure Olga Gondjout, demande des sanctions contre les éléments des forces de l’ordre impliqués dans cette affaire, lors d’une audience que lui a accordée le 30 octobre, le ministre de l’Intérieur, Pacôme Moubelet Boubeya au motif que «le buzz ainsi créé par cet attentat à la pudeur a contribué à présenter une image affreuse des forces de police nationale et écorner l’image de marque du Gabon en matière du respect des droits de la femme, au moment où est lancée la décennie de la femme gabonaise»

Début août 2016, nous sommes à quelques semaines des présidentielles, Landry Amiang Washington, un gabonais naturalisé américain, cyberactiviste au ton virulent, pro-PING, est cueilli à l’aéroport de Libreville alors qu’il regagne le Gabon pour participer activement aux élections à venir. Il est accusé de « trouble à la paix sociale » et « outrage au président de la République ». Il devient l’un des premiers cyberactivistes emprisonnés officiellement pour des accusations dont la plupart des charges trouveraient leurs preuves et sources sur des supports numériques notamment sur des déclarations qu’il aurait faites sur des réseaux sociaux (via son compte Facebook et sa chaine YouTube principalement). Trois semaines plus tard, le 23 août 2016, à moins d’une semaine des présidentielles, l’honorable Bertrand Zibi Abeghe, un député PDG en exercice démissionne publiquement dans sa circonscription électorale située à Konoville (Minvoul, dans le Nord du Gabon) devant Ali Bongo au cours d’une tournée de campagne présidentielle, infligeant ainsi un camouflet inédit à son mentor. Ce fait aurait pu être considéré comme insolite mais au Gabon où il apparaît vite comme majeur car il apparaît comme le point extrême des nombreuses démissions-exclusions-collectives-en-cascade des « frondeurs » du parti-Etat qui ont eu lieu durant le dernier trimestre antérieur aux présidentielles.[7] Certains partisans du PDG à l’imagination débordante iront jusqu’à déclarer de façon goguenarde pour banaliser ce fiasco que ces démission ne prennent pas en compte les nouvelles adhésions qu’enregistre régulièrement le « parti des masses…

Dans l’hexagone, l’actualité du Gabon n’est pas en reste. Le 16 janvier 2016 sur France 2, acculé sur le plateau de l’émission « On n’est pas couché » pour avoir été interpellé à plusieurs reprises, non sans pointe d’ironie et un brin de sarcasme, par l’humoriste français Jérémy Ferrari sur la présence incongrue d’Ali Bongo dans le cortège de chefs d'Etat lors de la marche faisant suite aux attentats contre le journal Charlie Hebdo le 11 janvier 2015, le premier ministre français Manuel Valls laisse entendre que le président gabonais « n’a pas été élu comme on l’entend »[8]. Ce lapsus éloquent déclenche véritablement « un incident diplomatique à huit mois de l’élection présidentielle d’août 2016 au Gabon. La réponse du Premier ministre français sur le plateau de France 2 est assez courte voir anecdotique, d’aucuns auraient même dit superfétatoire, évasive, mais elle fait des choux gras à l’opposition gabonaise. Dans un contexte où à Libreville le pouvoir et l’opposition scrutent les réactions de l’Hexagone sur le climat politique dans le pays depuis 2009, pour l’opposition gabonaise, les propos de Valls sonnent le glas du désaveu de la France, un acte de contrition honteuse pouvant servir de pièce à conviction pour confirmer enfin ce que les opposants soupçonnaient…

Faut-il préciser que l’arrivée des socialistes au pouvoir avec François Hollande en 2012 (voire un peu avant cette date), a estompé un tant soit peu la surenchère médiatique au Gabon des bonnes relations entre la France et le pouvoir en place. Des dossiers fâcheux publiés pouvant plomber les rapports entre la France et le système en place affluent comme ce documentaire réalisé par Patrick Benquet sur la Françafrique, en décembre 2010 sur France 2 où un ancien conseiller Afrique de l’Élysée sous Jacques Chirac remettait en cause la crédibilité de l’élection d’Ali Bongo en 2009.[9] En avril 2012, Canal + diffusait dans le cadre de son émission « l’Effet Papillon », un reportage gênant (pour le système en place) intitulé « Les organes du pouvoir ». On y décortiquait la confection de supposés fétiches donnant une puissance surnaturelle à ceux qui pratiquent les crimes dits « rituels ». Et par ce biais, l’on levait le voile dans l’espace public sur un certain sentiment d’impunité (et un sentiment d’impunité certain) qui règne autour de ces actes crapuleux indignes et inadmissibles au vingtième siècle. Les présumés commanditaires incriminés étaient cités parmi les dirigeants en place. Le journaliste gabonais Jonas Moulenda, exfiltré du pays, aujourd’hui réfugié en France, fut en cela victime d’intimidations et de plusieurs tentatives d’assassinat, selon ses dires, à cause de ses investigations pointilleuses sur la question…

Plus récemment, début juillet 2017 sur France 2, dans sa livraison de 22h45, le magazine Complément d’enquête se penchait sur « Le clan Bongo, une histoire française ».[10] Un autre documentaire qui venait confirmer des vérités pas très bonnes à (re)dire en plombant de nouveau l’atmosphère déjà tendue entre le clan Bongo II et la France. Un autre élément visuel encore, de près d’une heure réalisée par Joel Soler, présentait en septembre 2017 toujours sur une chaine française des « Femmes de dictateurs » parmi lesquelles figurait Patience Nkama Dabany, ancienne épouse de feu Bongo I et mère officielle d’Ali Bongo.[11]

Je vous fais ici l’économie sur le flou (in)volontairement entretenu sur les origines d’Ali Bongo et les pièces constitutives de ses deux dossiers de candidature aux présidentielles de 2009 et de 2016. À ce titre, l’actualité (inter)nationale sur la politique au Gabon fut cristallisée tout un semestre en 2016 par un agenda médiatique autour des origines d’Ali pour n’accoucher que d’une souris. C’est ainsi que le Dr Daniel Mengara[12], le kilomètre zéro du cyberactivisme gabonais, accompagné par une délégation composée des membres influents de la diaspora, fit une descente au Registre Central d’Etat Civil de Nantes pour solliciter, sans succès, une copie de l’acte de naissance de Bongo II auprès des archives coloniales…

Je vous épargne également le bilan biaisé des victimes de la crise postélectorale de 2016 de la part du pouvoir en place. Et que dire de l’hommage solennel rendu au soldat tombé durant cette crise et de la visite que Bongo II fit à l’hôpital militaire de Libreville des semaines après l’assaut du QG de Ping pour s’enquérir uniquement de la santé des blessés de l’armée gabonaise alors que des familles de victimes civiles continu(ai)ent de vivre sous une psychose post-traumatique consécutive au deuil de proches portés disparus jusqu’à nos jours… Il s’agit là d’une concurrence mémorielle indécente dans un pays profondément fragilisé par une fracture sociale protéiforme et irrésolue…Une fracture sociale profonde dont l’une des conséquences directes et plausibles est traduite aujourd’hui par une agonie corrosive des institutions gabonaises au vu de leur évidente incapacité à organiser deux ans plus tard des élections législatives pour renouveler le Parlement et assurer ainsi la bonne marche véritable de la cité, loin des autosatisfactions démagogiques…

Nous ne comprîmes pas non plus l’empressement incongru, ouvertement audacieux, indiscutablement cynique et consternant le 27 septembre 2016 d’une prestation de serment, légitimée dare dare par la Cour Constitutionnelle et à guichet fermé tel un spectacle privé, tout juste après les toutes premières semaines de l’assaut ineffable du QG de Ping, dans une atmosphère macabre pendant que giclait encore le sang chaud des premières victimes et que résonnait en crescendo le sanglot strident des parents de « portés disparus à vie ». Mais il s’agit là d’une autre paire de manches…

 

 

[1] - Il s’agit ici des initiales de Omar BONGO ONDIMBA.

[2] La participation active de Sarkozy aux élections de 2009 lui vaudra les incursions inopinées de franco-gabonais dans plusieurs villes lors de sa tournée de campagne pour les primaires de la candidature de droite en 2016. En pleine primaire, le candi­dat multi­plie les dépla­ce­ments, et il est régu­liè­re­ment chahuté. Lors de ses passages à Marcq-en-Baroeul (Nord), à Fran­con­ville dans le Val d'Oise, à Lille, etc., des franco-gabo­nais résistants, hostiles au régime d’Ali Bongo, s’invitèrent régulièrement à ses meetings en criant « Sarko, viens cher­cher Ali ! ». Les mani­fes­tants gabo­nais dénonçaient ainsi l’implication de l’ancien chef d’État français dans l’élection d’Ali Bongo en 2009. Des articles sur Internet relaient ces incidents.

[3] Dans ces derniers moments, le grand amour entre la France et Omar Bongo n’était plus tout à fait au rendez-vous. C’est ce qui justifie sans doute le choix de son évacuation sanitaire vers un pays « neutre » comme l’Espagne plutôt que vers la France, son pays de prédilection.

[4] AMO sont les sigles d’André Mba Obame. Il était appelé ainsi par la majorité des Gabonais, surtout depuis 2009, lorsqu’il fut porté candidat à l’élection présidentielle anticipée.

[5] Début 2011, l’Union Nationale, parti-coalition d’André Mba Obame avait été dissoute par les instances de régulation au motif que ce dernier s’était autoproclamé président en décembre 2010 en totale violation de la Constitution.

[6]«Le récit complet de la mère de Bérenger Obame Ntoutoume» est disponible sur youtube: https://www.youtube.com/watch?v=DfKEdfEHYAg.

[7] Je ne vous mentionne pas ici la fracassante démission le 05 septembre 2016 de Séraphin Moundounga, actuellement réfugié en France ; ministre de la Justice, Garde des Sceaux jusqu’au moment des premières semaines de la crise postélectorale, ce qui lui a couté le saccage de sa résidence par des hommes cagoulés, suivi très peu de jours après de la mort suspecte dans la nuit du 22 au 23 septembre 2016 de l’un de ses proches collaborateurs, Robert Sonnet dont le corps fut trouvé pieds et mains ligotés, un chiffon dans la bouche, avec plusieurs impacts de balles tirées manifestement à bout portant en plein visage, entre les deux arcades sourcilières.

[8] Restitution du dialogue :

L’humoriste Jérémy Ferrari : « Comment vous expliquez qu’Ali Bongo se retrouve en tête d’une marche pour la liberté d’expression ? 

Manuel Valls : « Dans cette manifestation, il y avait des chefs d’Etat et de gouvernement. Vous retenez Ali Bongo, moi je retiens surtout un autre Africain, élu lui, Ibrahim Boubacar Keïta ».

L’humoriste rebondit : « Ah, parce qu’il n’est pas élu Ali Bongo finalement ? »

Réponse de Valls: « Non, pas comme on l’entend. »

[9] Le documentaire s’appuyait sur un article publié en janvier de la même année par “Le Monde” suite à une enquête de la police française.

[10] Dans ce portrait fort handicapant d’Ali Bongo, tout y va, des promesses démagogiques et électoralistes non tenues au cours du premier mandat, au contentieux postélectoral des dernières présidentielles, en passant par les caprices frivoles et dispendieux de sa femme Sylvia durant ses escapades à Londres et à Paris. Mais, chose surprenante, pour un documentaire presque biographique, rien n’est dit sur sa filiation ô combien controversée ni sur la référence à la discrète naturalisation française de Bongo II, entre 2007 et 2008 via le consulat français de Libreville.

[11] Elles révèlent au cours d’entrevues exclusives la vision qu’elles ont, de leur véritable rôle, par-delà les exactions commises par leurs maris.

[12] Fondateur du mouvement « Bongo Doit Partir » en abrégé BDP-Gabon Nouveau en décembre 1998 à Montclair dans le New Jersey, le Dr. Daniel Mengara fut initialement connu comme un cyberactiviste politique avant d’aller « sur le terrain ». Universitaire de formation, il est professeur d’études francophones à Montclair State University (États-Unis). Sa ligne idéologique prône une rupture radicale d’avec le bongoïsme (système autocratique né autour de Bongo I) à travers la démocratie de la rue, c’est-à-dire une insurrection populaire comme la seule voie d’alternance politique possible dans le pays.

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