Une pénurie d’oeuvres de grande valeur ?

Le marché de l’art accuse une baisse de volume de 17,4% sur un an au premier semestre 2019, alors que le nombre de pièces vendues a progressé de 0,1%.

Les dernières années - voire les derniers mois - nous ont habitué à une certaine exubérance au sein du marché de l’art. Les prix de vente record tombaient régulièrement dans les salles de ventes de Christie's ou de Sotheby's. Cette baisse est une conséquence d’un manque de pièces de très grande valeur (plusieurs dizaines de millions d’euros).

La première moitié de l’année a connu la vente de 63 œuvres pour des prix supérieurs ou égaux à 10 millions d’euros. À la même période de l’année 2018, on en comptait 106, soit une baisse de 41%. Les œuvres vendues à plus de 100 millions d’euros étaient deux l’an passé (La Fillette à la corbeille fleurie de Pablo Picasso et le Nu couché d’Amedeo Modigliani) contre une seule sur le premier semestre 2019 (Les Meules de Claude Monet).

Selon Artprice : « Tout au long du premier semestre, les chefs-d’œuvre de l’art moderne, au cœur du marché haut de gamme, ont clairement manqué en salles des ventes. La demande pour ces œuvres continue de croître tandis que l’offre ralentit ». La faute aux vendeurs qui préféreraient conserver les œuvres, car leur prix continue à progresser. Le président de l’organisme de cotations, Thierry Ehrmann, souligne que « C’est d’autant plus vrai qu’en cette période exceptionnelle où les taux de dépôt peuvent être négatifs, les vendeurs n’ont pas intérêt à avoir de gros montants à placer ».

Les maisons de vente sont contraintes de faire évoluer leur politique. Elles sont de plus en plus nombreuses à proposer de garantir un prix de vente pour rassurer les vendeurs. Thierry Ehrmann explique que « Sotheby’s, racheté tout récemment par Patrick Drahi pour 3,7 milliards de dollars, se retire de la Bourse notamment pour pouvoir lever des fonds qui lui permettront de verser des garanties à ses vendeurs. Les maisons de vente deviennent des banques », ce qui conduit à une réduction des marges.

Certaines œuvres peuvent être également garanties par des investisseurs. Cette pratique, qui se développe de plus en plus, concerne des pièces de grande valeur. Ce fut le cas de la toile de Peter Doig, The Architect’s Home in the Ravine, assurée ainsi par Abdallah Chatila, un businessman suisse, qui faute d’acheteurs a dû l’acheter 19,9 millions de dollars (1 million d’euros de réduction tout de même sur les frais d'acheteur).

Malgré ces chiffres faramineux, l’art est un placement dangereux. Sur les 6 premiers mois de l’année en cours, 51 % des oeuvres ont été vendues avec une plus-value alors que 48% ont été cédées avec une moins-value.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.