L'intelligence artificielle va-t-elle signer l'arrêt de mort des artistes?

Alors que l’art était un espace que l’on pensait épargné par un débarquement massif de l’informatique, la création humaine n’est désormais plus assurée de sa supériorité et se trouve en situation de devoir composer avec la création d’ “oeuvre” par l’Intelligence Artificielle.

Richard Lloyd, l’un des responsables de la mise en vente d’une toile créée par IA, attribue à cette dernière une valeur historique: “J'ai pensé qu'on était d'une certaine façon à un tournant”. Selon lui cette mise en vente dans “ l’épicentre du monde de l’art traditionnel” pose deux questions collectives: “Qu'est ce que ça veut dire?” et “Quelles sont les implications pour le monde de l'art?"

Le monde des arts aurait pu rester éloigné de l’IA, mettant en avant l’importance de l’esprit humain, du génie auquel nous ont habitué les créateurs au fil des siècles. Au final ce sont trois français qui ont fait tomber le tabou. Depuis peu la création artistique peut dépendre en totalité ou partiellement de l’Intelligence Artificielle. Plus surprenant encore, aucun des trois n’est lié de près ou de loin au milieu des arts. Si l’IA avait déjà permis l’élaboration d’oeuvre artistique, le cap franchis en octobre dernier est celui de la mise en vente, c’est à dire de la reconnaissance de la “valeur” artistique de la production d’un certain “Min (G) max (D) Ex [log (D(x))] + Ez [log(1-D(G(z)))]”. Cette équation est en réalité la signature qui trône en bas du tableau répondant au nom “d’Edmond de Bellamy”. Cette toile est la première à avoir été mise en vente par Christie’s une célèbre enseigne de ventes aux enchères. Elle a été conçue dans un appartement, près de la gare du Nord à Paris. Ses créateurs sont trois amis d’enfance, Gauthier Vernier, Pierre Fautrel et Hugo Caselles-Dupré, respectivement mathématicien, informaticien et économiste de formation.

Un nouveau courant artistique?

Ces trois innovateurs se sont inspirés des travaux d’un certain Ian Goodfellow, surnommé “l’homme qui a offert un soupçon d’imagination aux machines” et qui a présenté en 2014 l’équation employée en lieu et place de signature par les trois français. Son nom peut se traduire par “bel ami” dans la langue de molière ce qui inspira le titre de l’oeuvre vendue chez Christie’s. “Edmond de Belamy" est le premier tableau du mouvement “ GAN-iste” à être mis en vente. Ce mouvement s’appuie sur l’important rôle de l’IA, l’humain n’ayant plus qu’un rôle secondaire dans la réalisation. Le GAN, est l’acronyme de Generative AdversarialEdmond de Belamy" Networks (réseaux antagonistes génératifs), une classe d’algorithmes qui a permis la réalisation d’Edmond de Belamy. Là où Obvious se démarque de ceux qui avant avaient déja pu utiliser l’IA pour des créations artistiques, c’est qu’ils l’ont imprimé, encadré, rendu physiquement et non plus virtuellement existante. “Nous pensons que cela permet à un plus grand public d’appréhender ce qu’il est possible de faire avec une IA", considère Gauthier Vernier.


Un prix de vente  surprenant


En acceptant la mise en vente, Christie’s a été à l’origine d’une polémique. Certaines sommités du milieu se sont déclarées inquiètes d’une éventuelle création “à la chaîne” d’oeuvre d’art par l’IA. “ La rareté, qui est l’un des éléments qui fait la valeur d’une œuvre d’art, risque de disparaître", déplore-t-on sur le site Wired, un magazine culturel américain. Autre problème, comment fixer le prix de ces oeuvres alors qu’habituellement c’est la notoriété de l’artiste qui joue un rôle important ? La salle de vente l’a estimé 7 000 ou 10 000 euros. Cette estimation satisfait Gauthier Vernier pour qui elle intègre "le prix de fabrication du tableau, le coût de la puissance de calcul nécessaire et aussi ce qu’il faut pour vivre". Au final, le tableau a été acheté pour 432.500 dollars soit 380.208 euros.

 

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