Le prix de l’art, une valeur bien obscure

Les prix s’envolent tous les ans. Les oeuvres vendues à plusieurs millions de dollars ne sont plus si rares que ça. Ces sommes folles qui s’échangent dans une opacité certaine ne sont pas justifiées, ni justifiable par ailleurs. Qui fixe donc ces prix déstabilisants ?

Quand on lui demande comment les vendeurs peuvent fixer les prix d’oeuvres d’art contemporain, Olav Velthuis, auteur de Talking Prices, affirme qu’il existe un déterminant culturel en lien avec l’évolution des volumes du marché. Selon lui, les prix annoncés ont un sens, une justification. Le marché de l’art ne serait pas si différent des autres marchés, modulé par l’influence de “constellations culturelles”. Les prix sont fixés par ce que l’auteur nomme les « star intermediaries » (les acteurs visibles comme les galeristes, les marchands et les commissaires-priseurs) mais aussi les « dark intermediaries » (les intermédiaires invisibles comme les assistants, les espaces de création artistique, les techniciens et consultants en art mais aussi les fournisseurs de services logistiques et les entreprises).

L’organisation chargée de la vente est bien évidemment la première responsable de la détermination du prix. Il faut garder à l’esprit que les galeries d’art et les maisons de ventes aux enchères n’ont pas la même culture de fixation des prix. Les galeries sont des centres de commerce de pièces artistiques alors que les maisons de ventes aux enchères sont des centres de ventes de marchandises et ce malgré une quelconque spécialisation dans un domaine. Deuxièmement, la formation du prix - en galerie - est déterminée par des critères techniques : taille de l’oeuvre, support, format, matériaux, … Donc en galerie, hors cas particulier, un objet de grande taille sera plus cher qu’un petit, une toile peinte plus qu’un dessin au fuseau sur papier, …  Il existe également des schémas tarifaires (pricing scripts) employés par les commerçants. Selon Velthuis, ces schémas  « fonctionnent à la manière d’un guide cognitif à l’usage des marchands au cours des diverses décisions qu’ils sont amenés à prendre » afin d’attribuer un prix à l’oeuvre.

Dans les maisons de ventes aux enchères l’évaluation d’un prix de vente ne se déroule pas ainsi. Si la vente est privée (sur invitation, en petit comité, …) les prix pratiqués peuvent ne pas être communiqués afin de permettre fraude fiscale et blanchiment d’argent. Dans les enchères “ouvertes”, les prix vont dépendre des oeuvres évidemment mais aussi des campagnes de publicités autour de la vente. Une vente de Banksy peu médiatisée (si tant est que cela puisse encore en exister) ne verra pas les prix s’envoler de la même façon qu’après une intense communication.

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