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Billet de blog 8 avr. 2019

Le Brexit à l’origine d’une grande migration d’oeuvres pour éviter les taxes

Les multiples formes que peut prendre le Brexit ne sont pas pour rassurer les amateurs d’art. Leur angoisse ? L’augmentation des taxes dues au titre du déplacement transfrontalier des oeuvres.

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Les grandes manoeuvres se poursuivent outre-Manche. Des milliers d’oeuvres d’art quittent l’île à l’approche de la sortie définitive du Royaume-Uni de l’Union européenne. Les grands propriétaires espèrent ainsi se défaire d’éventuelles taxes très élevées. Ce drôle de ballet se double de l’arrivée - à peine moins massive- d’oeuvres depuis le continent pour les mêmes raisons. Les professionnels et même les musées s’attendent à des taxes à l’importation de 5 à 10% en fonction des pays. Le retour des contrôles douaniers risque aussi d’exploser les délais de transport des oeuvres.

Selon le mensuel anglais The Art Newspaper, la Biennale d’art contemporain de Venise qui ouvrira ses portes à la mi-mai semble avoir stressé les Irlandais et les Britanniques. Les organisateurs des pavillons de ces pays ont en effet envoyé les éléments de leur exposition le plus tôt possible en cas de Brexit dur et rapide. Mary Cremin, en charge du pavillon d’Irlande durant l’événement explique cette décision: « Nous ne savons pas à quelle sauce nous serons mangés, si ce sera un Brexit soft ou hard, ou si finalement tout va être repoussé. Aussi, dès mai 2018, nous avons mis la question du transport sur la table, car on ne peut pas prendre le risque que les œuvres soient arrêtées en douane ». En effet, une partie des oeuvres exposées par les Irlandais viennent de Derry en Irlande du Nord. Eva Rothschild, artiste irlandaise, représentante de son pays durant l’événement mais installée à Londres a dû s’imposer un nouveau rythme de travail pour achever ses oeuvres et les faire partir pour l’Italie le 20 mars (la date initiale du Brexit étant le 29 mars). Les oeuvres de l’artiste auront donc rejoint la cité des Doges 50 jours avant le début de l’exposition, 11 jours avant de pouvoir débuter l'installation, des délais extrêmes.

La situation se tend du côté du marché. Le galeriste Thaddaeus Ropac installé partiellement en Angleterre depuis deux ans confie que “Les transporteurs sont surbookés et les collectionneurs qui n’ont pas pris les devants pour sortir leurs œuvres de Grande-Bretagne sont en panique “. Il est impossible d’évaluer le montant total de ces transports en urgence et du manque à gagner pour les finances publiques des pays de l’UE si ces transports avaient eu lieu après le Brexit. Ropac a pris les devant. Il a bloqué dès le mois de janvier un camion pour faire partir de Londres ses pièces les plus coûteuses, celles dont les taxes seraient les plus importantes.
Un de ses collèges, Michele Casamonti de la galerie Tornabuoni, ne souhaitant vraisemblablement pas payer d’éventuelles taxes a décidé d’écourter de plusieurs semaines une exposition pour faire passer des oeuvres de Lucio Fontana et Alberto Burri en Italie. Michele Casamonti ne cache pas ses motivations, “Le risque de devoir payer des taxes à l’importation est trop grand” confie-t-il. Estimées à 70 millions d’euros, ses oeuvres lui auraient couté 7 millions d’euros après un Hard Brexit auprès de l’Etat italien. Ces manoeuvres sont aussi celles de Kate MacGarry, également galeriste à Londres. Cette dernière a fait transiter en janvier des oeuvres pour une exposition … en octobre 2019 !


Les musées aussi s’affolent. Ainsi le tabloïd Evening Standart a révélé en octobre 2018 que le musée Victoria and Albert Museum de Londres redoute des frais d’importations de 25 millions de livres par an. Pour faire face à cette éventualité, le musée qui expose près de 90% d’oeuvres étrangères, va devoir s’adapter et retrouver le goût des productions locales.

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