Un commando italien de lutte contre le trafic d’art

De l’autre côté des Alpes, nos voisins italiens ne sont pas en reste quand il s’agit de lutter contre les antiquités volées. En un demi-siècle, les autorités ont trouvé près de 2 millions d’objets aux origines controversées.

L’Italie s’est saisie à bras le corps du problème des artefacts antiques volés dès 1969. Il y a 50 ans, une structure dédiée à la lutte contre ces trafics a été créée sous la forme du Comando Carabinieri Tutela Patrimonio Culturale. Ce groupe, couramment appelé le TPC, composé de 300 agents, est placé sous la tutelle de trois ministères : Intérieur, Défense et Culture. Les agents sont répartis partout sur la péninsule, sur une quinzaine de villes. Ils ont tous suivi une formation spécifique sur le marché de l’art. De plus, une part de l’effectif choisit de suivre à titre personnel des formations en archéologie et en histoire de l’art.

Depuis la création de la TPC, les agents ont retrouvé 2 millions d’objets aux origines plus que douteuses. Cette expérience en fait « l’équipe la plus qualifiée au monde » selon Silvia Segnalini, avocate spécialiste du marché de l’art. L’an passé, la TPC a pu récupérer 12 096 objets d’une valeur supposée supérieure à 110 millions d’euros. La TPC a également mené 628 perquisitions en 2018 et a procédé à l’arrestation de 34 personnes.

Nicola Candido, lieutenant-colonel à la TPC est depuis deux ans en charge des opérations de cette unité. « La force de notre unité, affirme-t-il, a été de créer dès le début une banque de données des œuvres volées. On y trouve non seulement les objets volés, mais aussi, à la demande des propriétaires et même des assureurs, ceux qui pourraient y être insérés. »

Cette liste regroupe 1 200 000 entrées, correspondant chacune à un objet recherché. En comparaison, la banque de données française en compte 90 000, celle d’Interpol 50 000. De plus, les Italiens ont également inclus 600 000 images et 6 millions de descriptions d’objets.

Ce remarquable effort a abouti à la création d’une application qui permet à tous d’identifier un objet chez un vendeur, dans un musée ou sur internet. Si l'application détecte une origine suspecte, le bien est mis sous séquestre par un carabinier faisant ou non partie de la TPC. L’année dernière, l’application a été à l’origine de 1200 affaires.
Bien qu’en avance sur de nombreux pays en la matière, l’Italie poursuit ses efforts contre le trafic d’art en travaillant avec d’autres services nationaux. À cette échelle, son principal allié est le FBI, une grande partie des œuvres volées étant retrouvées chez l’Oncle Sam.

 

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