Éric Piedoie Le Tiec : les confessions d’un faussaire assumé

Très peu connu du grand public, mais personnalité aussi célèbre que controversée du marché de l’art, Eric Piedoie Le Tiec a été, pendant longtemps, un faussaire professionnel.

Une profession parfaitement assumée. À tel point qu’il vient de publier un livre sur une carrière longue de quarante ans. Un ouvrage qui nous plonge dans les méandres du marché de l’art avec ses abus et ses dérives. Des écarts bien plus nombreux qu’on ne le pense. Pour en parler, après quelques années de prison, il a choisi d’écrire un livre en forme de témoignage. On y devine même une forme de fierté. Les Confessions d’un faussaire, aux éditions Max Milo, sorties en octobre dernier.

En quarante années d’exercice, Eric Piedoie Le Tiec a fait de la reproduction d’œuvres une spécialité. Et, comme il l’affirme, il est loin d’être un cas isolé dans ce petit monde. Bien au contraire, sur le marché de l’art, la contrefaçon ne serait pas l’œuvre de quelques marginaux particulièrement habiles et talentueux. Elle ferait système et mobiliserait une multitude d’acteurs, incluant certains ayant droit peu scrupuleux, les galeristes, voire même les maîtres et leur famille. Au cœur de ce système, le goût immodéré de l’argent et des bénéfices faciles. Bien au-delà d’un simple parcours individuel, Eric Piedoie Le Tiec nous invite aussi à découvrir un monde très sombre, où se mêlent fraude fiscale et blanchiment de capitaux. Certaines grandes banques d’affaires, aux réputations très malheureuses, sont d’ailleurs citées.

La spécialité d’Eric Piedoie Le Tiec était les reproductions des maîtres Chagall et Cesar. Miro et Toulouse-Lautrec, eux aussi, y sont passés. Eric Piedoie Le Tiec menait en effet une vie dissolue. Il a trouvé dans l’art de la contrefaçon un moyen de la financer. Son expertise dans les reproductions de Cesar l’a placé au cœur de l’actualité juridique dans le cadre du procès des faux César, qui durera huit ans et le conduira en prison pour quelques années.

Le certificat d’authenticité accordé par une œuvre est, pour le faussaire, le précieux sésame à obtenir pour en assurer une revente au meilleur prix. Là encore, un vaste système d’escroquerie se met en marche qui lui aura permis de revendre aux galeries les plus cotées certaines de ses « œuvres ». Les certificats sont distribués par des experts influents ou, même, les familles. Les marges réalisées sur les ventes et les reventes sont énormes et permettent de réaliser des gains conséquents.

Au-delà du parcours particulier d’un faussaire, que l’on pourrait penser parfaitement anecdotique, le brûlot de Piedoie Le Tiec nous plonge dans un monde où chacun est au courant des dérives, mais dans lequel, par intérêt financier, chacun participe ou, au mieux, ferme les yeux. À la lecture de cet essai, nous sommes en droit de nous interroger sur l’absence de voix discordantes au sein de ce marché. Comme si les dénonciations des scandales passés, présents et futurs devaient nécessairement passer par un faussaire, même pas repenti.

 

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