Les antiquités volées de Daesh: de bien méthodiques pillages

Les organisations terroristes diversifient leurs sources de financement. Les conflits en Irak et en Syrie leur ont ouvert d’immenses possibilités de vol et de vente à grande échelle de patrimoine culturel.

L’Etat Islamique a allègrement pillé les territoires qu’il a envahis. Les sites de fouilles, les musés et les domiciles privés ont été vidés de leurs pièces historiques. Ces dernières ont été revendues, finançant ainsi l’organisation islamiste. Si la chasse aux trésors a débuté pour retrouver les rapines, elle pourrait durer des dizaines d’années.

La capture en 2014 d’un cadre de l’organisation, et la fouille de son domicile par les forces irakiennes, a permis de révéler le contenu de 160 clés USB contenant une immense source d’informations. Les clés révèlent aux enquêteurs de la CIA à qui elles sont transmises de précieuses et surprenantes informations sur les rentrées d’argent de l’EI liées à la vente des fruits de pillages. Le pillage du seul site d’Al-Nabuk, non loin des montagnes de Qalamoun situées à l’ouest de la capitale syrienne a rapporté 36 millions de dollars au groupe terroriste, soit de quoi financer pendant des mois une armée de 5000 hommes. Selon le président-directeur du Louvre, Jean-Luc Martinez, la vente d’antiquités volées a été le « deuxième mode de financement de cette organisation terroriste, après les ressources pétrolières ».

Au plus fort de ses conquêtes, l’EI imposait sa terreur sur un vaste territoire, partagé entre la Syrie à l’ouest et l’Irak à l’est. Sur ces terres se trouvent des ressources immenses de l’histoire de l’humanité. Les pièces couvrent les temps de la préhistoire, de la Mésopotamie, de la Grande Sumer, des Empires achéménide, séleucide, parthe, sassanide, de la présence romaine, de l’ère islamique,... Près de 12 000 ans d’histoire aux mains des barbares.

Corrado Catesi, à la tête de lutte contre le trafic d’œuvres d’art au sein d’Interpol, revient sur l’exploitation des oeuvres par l’EI: « Qu’il s’agisse de fouilles illicites sur des milliers de sites ou du pillage méthodique des musées, les vols d’objets antiques ont été systématiques et massifs, du jamais-vu. Le commerce illégal d’antiquités a toujours existé, mais Daech a fait évoluer les filières classiques, qui s’étendent dans le monde entier ».

L’EI a méthodiquement organisé le pillage du patrimoine des terrains conquis et ce jusqu’à créer “Diwan al-Rikaz”, un service administratif dédié à la remise de permis d’exploitation (de vol) en l’échange de fortes sommes d’argent. Cette organisation quasi-étatique a permis des vols de vaste ampleur, « Pour le seul musée d’Idlib, en Syrie, nous avons recensé 9 494 biens culturels d’une valeur inestimable qui ont été volés en mars 2015 », affirme Corrado Catesi. À Raqqa, dans la “capitale” du califat, le musée a été délesté de centaines d’éléments importants. À Mossoul, Interpol signale que 94 oeuvres sont encore portées disparues. Selon Edouard Planche du programme de lutte contre le trafic de biens culturels auprès de l’Unesco : « Un quart des sites archéologiques syriens ont été pillés ».
L’EI a acquis dans l’imaginaire collectif une image empreinte de folie destructrice. La destruction méthodique du site de Palmyre a profondément marqué les esprits. Cependant ces pillages sont des sources de financement, occultées, à l’opposé d’une destruction fanatique irréfléchie.

 

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