Art, lobbying et (gros) sous

Le syndicat des commissaires-priseurs en France se démène pour gagner la suppression du Conseil des ventes volontaires. Un vaste jeu de lobbying auprès des parlementaires autour du marché de l’art hexagonal se déroule sur fond d’un marché à plus d’un milliard d’euros.

En 2018 le marché des enchères d’oeuvres d’art et objets de collection pesait 1.4 milliards d’euros. Les anglo-saxons Christie's et Sotheby's et le français Artcurial dominent de loin le secteur. Cette semaine, la fin de son mandat approchant, la conseillère d'Etat Catherine Chadelat et présidente du Conseil des ventes volontaires (CVV) présentait son dernier bilan annuel. a. Cependant, il est possible que ce soit également le dernier de l’institution. En effet, le Synev, le Syndicat National des Maisons de Volontaires (communément appelé le syndicat des commissaires-priseurs) a mené une longue campagne pour avoir sa peau.

Le Conseil des ventes volontaires a été créé en l’an 2000 en parallèle à la libéralisation du marché qui a mis fin au monopole en vigueur jusqu’alors. Le CVV est composé de 11 membres dont trois professionnels du secteur. Mais 2010, l’organe se fait remonter les bretelles par la Cour des comptes qui met en avant une gestion peu rigoureuse. Un an plus tard, une loi définit à nouveau le rôle du CVV le rapprochant de la forme de l'Autorité des marchés financiers. Depuis le scandale des “cols rouges” de l’hôtel Drouot un besoin d’autorité se faisait sentir à l’encontre de la profession.

Mais le CVV risque de bientôt disparaître, la profession l’ayant pris en grippe. La mise sous tutelle n’a jamais été acceptée, surtout par les maisons installées en région. Ces dernières reprochent au CVV de pas soutenir les “petits” du secteur alors que ce sont leurs cotisations qui le financent. Le président du Synev, Jean-Pierre Osenat, met en avant les sanctions imposées à la profession (“Nous n'avons pas besoin de père Fouettard mais d'un organe de représentation de la profession, chargé de défendre et d'aider les commissaires-priseurs dans leur mission ") alors que le CVV ne présente pas plus de dix sanctions par an. Ce n’est pas l’envie qui lui manque pourtant: " Les dossiers sont instruits par une magistrate à temps partiel, et par un officier de police, ils n'ont pas les moyens d'en faire plus ", explique un membre du conseil.

L’élection du Président de la République en 2017 est le signal de l’offensive pour la profession. C’est dorénavant au lobbyiste Leonidas Kalogeropoulos (du cabinet Médiation et Arguments) d'entamer un gros travail d’influence dans la sphère politique, Catherine Morin-Dessailly (UDI) de la commission de la culture du Sénat en tête. Deux députés En Marche (Jean-Michel Mis et Sylvain Maillard) seront invités et présents à la convention annuelle du Symev.

 

La première victoire est une baisse de 50% des cotisations payées pour le financement du CVV. Puis l’été dernier, la Garde des Sceaux, Nicole Belloubet, commande un rapport sur l’avenir du secteur et de ses acteurs. Si celui-ci s’oppose à la demande du Synev de la création d’un conseil de l’ordre permettant une autorégulation, il soutient le remplacement du CVV par un « Conseil des maisons de vente » dominé par les professionnels. Une « commission des différends et des sanctions » remplaçerait les sanctions du CVV. Sa présidente, Catherine Chadelat, a dénoncé le lobbyisme du Synev. “ Substituer à l’actuelle autorité de régulation un organisme quasi professionnel, est-ce de nature à améliorer la performance du secteur ? » s’est-elle interrogée. De son côté, la Synev a rapidement appelé sur son site à “une transposition législative rapide de ces recommandations”...

 

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