Dmitri Rybolovlev remporte une bataille face à Sotheby’s et Yves Bouvier

Dans le procès intenté par le milliardaire Dmitri Rybolovlev à Sotheby’s, le propriétaire de l’AS Monaco a remporté une victoire procédurale. Des documents rendus publics par la justice new-yorkaise valident en effet la thèse, défendue par le russe, d’une entente entre Samuel Valette de Sotheby’s et Yves Bouvier sur le prix d’œuvres d’art qui lui avaient été vendues.

« Plus grande fraude artistique de l’histoire »

L’homme d’affaires russe a déposé plainte contre la célèbre maison aux enchères le mardi 2 octobre 2018 devant la Cour fédérale de Manhattan. Il l’accuse de complicité d’escroquerie dans l’affaire que les avocats de Dmitri Rybolovlev ont qualifié de « plus grande fraude artistique de l’histoire ». Sotheby’s est en effet soupçonnée d’avoir fourni des estimations surévaluées aux clients du marchand d’art suisse Yves Bouvier, permettant à ce dernier d’empocher des plus-values importantes sur ses ventes. Féru d’art et collectionneur passionné, Rybolovlev estime avoir été victime de ce procédé et réclame 380 millions de dollars de dommages et intérêts.

Remise de documents confidentiels

Le préjudice subi dans le cadre de cette escroquerie avoisinerait le milliard d’euros et porterait sur 38 œuvres de maîtres. Sotheby’s pourrait être impliqué dans la vente de la moitié d’entre-elles.

Alors que l’affaire est également entre les mains de la justice suisse, la décision récente du juge new-yorkais pourrait se révéler déterminante pour la suite. Elle a en effet ouvert la voie à l’exploitation de correspondances entre Yves Bouvier et Samuel Valette, vice-président des ventes privées au sein de Sotheby’s. Les avocats de la maison d’enchères œuvraient jusqu’alors pour les maintenir secrètes, invoquant un risque pour la réputation de l’entreprise.

Selon le média américain Forbes, qui a eu accès aux documents judiciaires new-yorkais, tout porte à croire que les messages étaient « conçus pour inciter Rybolovlev à payer des prix gonflés et frauduleux » tandis que Sotheby’s jouait un rôle de tiers de confiance en fournissant « des évaluations gonflées à la demande ». De son côté, la maison d’enchères a reconnu qu’elle savait effectivement qu’Yves Bouvier pouvait parfois acheter des œuvres à titre personnel ou pour d'autres parties, mais qu’« [elle] n'avait pas connaissance de ce quil se passait entre lui et M. Rybolovlev. » Et d’ajouter que « Sotheby's n'avait pas non plus connaissance du prix auquel M. Bouvier espérait vendre les œuvres d'art qu'il avait acquises de Sotheby's, dans l’éventualité où il aurait décidé de les vendre. »

Des évaluations artificiellement gonflées

Les documents révélés apportent un éclairage précis sur les transactions qui ont été opérées. Le tableau « WASSERSCHLAGEN II » du peintre autrichien Gustav Klimt aurait par exemple été acheté par Yves Bouvier pour 126 millions de dollars par l’intermédiaire de Sotheby’s. Il l’aurait ensuite revendu à 183,8 millions de dollars à Rybolovlev. C’est plus tard, en lisant une revue d’art, que le milliardaire aurait découvert que l’œuvre avait été vendue 120 millions de dollars par son ancien propriétaire. Interrogé par Rybolovlev, le marchand d’art se serait procuré une évaluation auprès de Samuel Valette estimant la valeur de l’œuvre à 180 millions de dollars. Soit 54 millions de dollars au-dessus de son prix de vente antérieur. À aucun moment le prix de vente concédé à Bouvier n’aura été communiqué, selon les avocats de l’homme d’affaires russe.

Toujours selon les documents de la Cour, une sculpture de l’artiste italien Amedeo Modigliani aurait dans un premier temps été estimée « entre 70 et 90 millions d’euros ». Le contrat de vente envoyé par Valette à Bouvier indiquait quant à lui un tarif de 31,5 millions d’euros tandis que l’évaluation destinée à Rybolovlev était estimée « entre 80 et 100 millions d’euros ».

Alors que la justice suisse pourrait aussi dévoiler de nouveaux documents, la saga judiciaire qui se déroule de part et d’autre de l’Atlantique ne devrait pas prendre fin avant plusieurs mois. Les révélations de la justice new-yorkaise interviennent dans un contexte instable pour Sotheby’s. La maison de vente, dont le milliardaire Patrick Drahi devrait finaliser l’acquisition en fin d’année, a publié il y a quelques jours des résultats semestriels en léger repli.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.