Une banane pour dénoncer les abus du marché de l’art ?

Déclinée en cinq versions, Comedian, la banane scotchée au mur a finalement été vendue 120 000 dollars à Miami, puis fut mangée par un autre artiste. Le scandale a été immédiat et, reconnaissons-le, fort justifié. Mais, peut-être suffirait-il de changer l’angle de son regard pour mieux percevoir le message transmis par Maurizio Cattelan.

En 2018, le marché de l’art contemporain a généré un chiffre d’affaires de 1,9 milliards d’euros, en hausse de 19 % par rapport à l’année précédente et un indice des prix en progression de 18,5 %. La période 2017 – 2018 avait déjà favorable à quelques crispations. Rappellons la sculpture Play-Doh, vendue aux enchères pour près de 23 millions d’euros, dans laquelle l’inénarrable Jeff Koons s’est attaché à amonceler de la pâte à modelée en un tas de deux mètres de haut. Un empilement informe de couleurs criardes. La plus grosse vente de la période, de Jean-Michel Basquiat, a grimpé à plus de 45 millions d’euros. Rappelons que la côte de Basquiat a été multipliée par 5 300 entre 1982 et 2017 du fait du jeu de l’offre et de la demande. En mai dernier, Jeff Koons a vendu son fameux lapin pour la somme de 91,1 millions de dollars, battant tous les records pour un artiste vivant. L’œuvre se limite à un simple moulage en acier d’un lapin gonflable et dépasse à peine le simple mètre.

Au vu des prix en vigueur sur le marché de l’art contemporain, la banane de Maurizio Cattelan, vendue pour seulement 120 000 dollars, fait finalement figure de pièce très bon marché, notamment au vu de la côte de l’artiste. Les débats sur la valeur marchande des artistes et la valeur réelle des œuvres ont été maintes fois posés. Personne n’a, pour le moment, apporté une réponse convaincante.

Mais, cette banane négligemment apposée contre un mur et tenue par un simple bout de scotch, pourrait n’être que la dénonciation d’un système totalement aberrant qui, grâce à un acheteur ayant visiblement de l’argent à perdre, témoigne de ses abus aux yeux de tous.

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