Les faussaires d’art promis à un bel avenir

Alors que le boom du marché de l’art se poursuit, falsificateurs et autres escrocs pourraient continuer à briller autant que les artistes.

« Tout le marché de l’art au niveau local est gangrené. Du vendeur à la sauvette qui démarche les collectionneurs privés jusqu’aux antiquaires, en passant par les salles des ventes », se désespère Eric Forcada, historien de l’art et commissaire d’expositions.

Appelé à se pencher sur les œuvres d’Etienne Terrus, peintre « méditerranéiste » né en 1857 à Elne (Pyrénées-Orientales), l’expert émet, en avril 2018, quelques doutes sur l’authenticité de certains tableaux. Un comité d’experts appelé à l’aide a finalement jugé que 82 toiles attribuées au peintre étaient des contrefaçons. Cela représentait plus de la moitié de la collection du musée communal.

« C’est une catastrophe pour la municipalité. Etienne Terrus est le grand peintre d’Elne, il fait partie de la commune, c’est le peintre de chez nous. De savoir que des gens sont venus dans ce musée et ont vu plus de la majorité de faux, je le vis très mal », confiait à l’AFP Yves Barniol, le maire de la commune.

Il n’est pas le seul, le marché de l’art étant gangrené par les faussaires bien au-delà de cette petite commune du sud de la France. Environ 40 % des œuvres du Metroplitan Museum de New York seraient des faux, selon son ancien directeur Thomas Hoving. Une estimation qui pourrait cependant être « en-deçà de la réalité », selon Harry Bellet, journaliste au service culturel du journal Le Monde et auteur de Faussaires illustres, un ouvrage paru en 2018 chez Actes Sud.

Un marché de l’art de plus en plus tentant

Dans son ouvrage, le journaliste raconte l’histoire de huit faussaires parmi les plus célèbres de l’histoire. On y apprend par exemple qu’un certain Han van Meegeren, peintre néerlandais né en 1889, a réussi à obtenir jusqu’à 30 millions de dollars pour ses faux Vermeer. Le faussaire prétendait avoir retrouvé des œuvres que le célèbre peintre baroque avait réalisées dans sa jeunesse et qui avaient mystérieusement disparu.

Le cas de Wolfgang Beltracchi, faussaire allemand ayant réussi à écouler pendant plus de trente ans des tableaux de grands maîtres, n’est pas moins troublant. Sans oublier les trois faux Mondrian que le Centre Pompidou a failli acheter à une certaine Mme Verdet moyennant six millions de francs. Ne possédant qu’un seul tableau du maître de l’abstraction, le musée parisien s’était jeté sur une occasion qui s’est révélée trop belle pour être vraie…

Bel avenir

Innombrables, ces histoires ne concernent pas que la peinture. Selon Harry Bellet, il y aurait dans le monde « 15 ou 16 prépuces du Christ, dont 2 à Rome ». Or, il faudrait que les 15 ou 16 reliques accomplissent des miracles pour être sûr qu’elles sont authentiques, ironise le journaliste.

En octobre dernier, le musée de la Bible à Washington a reconnu que les cinq fragments des manuscrits de Qumrân (aussi appelés manuscrits de la mer Morte) qu’il exposait depuis son ouverture étaient des faux. Ils ont été retirés immédiatement et remplacés par d’autres fragments « qui ne montrent pas les mêmes anomalies », selon le site d’information Réformés.ch. Peut-on pour autant dire que les nouveaux fragments sont des vrais ?

La question semble devoir rester ouverte. « En matière des faussaires, la vérité est la chose la plus impossible à trouver. Ils mentent tous », résume Harry Bellet. Désabusé, l’expert prédit un bel avenir aux falsificateurs, toujours prêts à nous donner ce que nous voulons.

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