Tracfin, seul face au blanchiment d’argent sale?

Tracfin, acronyme de “ Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins ”, dénonce dans son dernier rapport l’inaction des professionnels dans la lutte contre le blanchiment d’argent sale.

Cet organisme de Bercy, le ministère de l’Économie et des Finances, habitué à la lutte contre les trafics de drogue et d’armes a dû se résoudre à plonger les mains dans un marché à la fois plus ouvert, mais tellement opaque. Les mutations de ce marché de gentlemen ont incité l’institution à se détourner de la pègre de nos grands-parents. France Desmarais, experte de la protection du patrimoine revient sur cette évolution : " Avant, le trafic illicite d'œuvres d'art était vu comme un crime de cols blancs. Il y avait peu de ressources sur le sujet, et on s'y intéressait peu, alors même que certains disaient que le trafic d'œuvres d'art et d'objets archéologiques était le troisième trafic le plus important après ceux de la drogue et des armes ". 

L’augmentation du volume des échanges du secteur et la diversification des utilisations entraînent une évolution du cadre législatif. Catherine Chadelat, présidente du Conseil des ventes volontaires, en charge de la régulation des maisons de ventes, confirme que “ La législation sur la lutte contre le blanchiment d'argent, qui est une législation européenne, ne cesse de se durcir et de s'élargir. Elle est aujourd'hui étendue à la totalité du marché de l'art ".  Par exemple, depuis 2018 et la mise en place de la cinquième directive européenne antiblanchiment, l’identité des clients doit être impérativement vérifiée pour chaque transaction supérieure à 10 000 euros. 

En France, le Code monétaire et financier s’applique aux antiquaires, galeristes, brocanteurs, mais aussi commissaires-priseurs. Ils doivent depuis une quinzaine d’années mettre en place des dispositifs pour lutter contrer les opérations douteuses. Cependant, ces consignes ne sont pas ou peu suivies. En 2017 il n’y a eu que 67 déclarations de soupçon et 40 seulement en 2018.  


L'inaction, ou la complicité passive des grands du secteur, est dénoncé par Tracfin qui souligne que " l'implication des professionnels en matière de lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme apparaît à la lumière des statistiques inversement proportionnelle à leur chiffre d'affaires ".

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