Grève éthique contre le management brutal au Collège-Lycée Notre Dame de Sion d’Evry

« Pour la première fois de son histoire, le lycée-collège Notre Dame de Sion à Evry est confronté à un mouvement social. (...) Un salarié sur trois, appartenant aussi bien au personnel enseignant qu'à l'encadrement éducatif a rejoint un mot d'ordre de grève pour le mardi 20 novembre."

Contre la détérioration des relations professionnelles, contre la déferlante des formes brutales de management, qui gagnent désormais les institutions dont la vocation même est de porter et de transmettre une éthique humaniste (santé et éducation), des équipes professionnelles se mobilisent. C’est ce qui se passe au Collège-Lycée Notre Dame de Sion d’Evry, un établissement qui est depuis les années quatre-vingt un lieu de dialogue et de rencontre entre les différentes communautés qui métissent cette agglomération nouvelle. De droite comme de gauche, croyants et non-croyants, de nombreux enseignants de cet établissement réputé ont su dire « non » ensemble, un « non » éthique, et trouver un accord sur un mot d’ordre de grève pour la journée du mardi 20 novembre 2018. La plupart d’entre eux faisant la grève pour la première fois. Voici le communiqué qui présente leur mouvement :

            « Pour la première fois de son histoire, le lycée-collège Notre Dame de Sion à Evry est confronté à un mouvement social. Celui-ci a pris forme en début d'année scolaire dans cet établissement privé sous contrat d'association avec l'État et sous tutelle congrégationniste, scolarisant 1515 élèves. Cet établissement compte parmi les plus importants de l’Essonne, son rayonnement éducatif lui a permis de fidéliser de nombreuses familles, génération après génération.

Le parc de Notre Dame de Sion en automne ... Le parc de Notre Dame de Sion en automne ...

            Un salarié sur trois, appartenant aussi bien au personnel enseignant qu'à l'encadrement éducatif a rejoint un mot d'ordre de grève pour le mardi 20 Novembre. Les griefs adressés à la direction sont nombreux : dégradation des relations humaines, manque de pertinence d'une politique de restructuration mal préparée, aux intentions parfois opaques. Dans cette école réputée pour son ouverture d'esprit et pour sa tradition d'accueil et de dialogue, on a vu s'installer ces derniers temps un déficit de communication ; au lieu de travailler dans l'interactivité avec les équipes pédagogiques, la cellule dirigeante s'est repliée dans le couloir de son administration, d'ailleurs entièrement rénové à grands frais.

            Climatisation, insonorisation, bureaux à commandes électriques, petits déjeuners servis à discrétion à l'équipe restreinte de la direction, ont fait leur apparition au détriment parfois d'investissements plus profitables au bon fonctionnement de la collectivité.

            Depuis le mois de janvier 2018, le chef d'établissement a laissé le champ libre à un nouveau directeur administratif et financier, aux méthodes expéditives. Afin de confier à une entreprise extérieure toute la gestion de l'informatique, on n’a pas hésité à invoquer une prétendue attitude d'entrave de la part de l'équipe-informatique en place depuis de nombreuses années et à engager une procédure de licenciement contre deux salariés de l’établissement. Malgré de nombreuses mises en garde, cette démarche a mis le feu aux poudres comme on aurait pu facilement s'y attendre.

            La communauté de travail reproche au chef d'établissement de rester de marbre devant la souffrance de nombreux salariés et de favoriser, par son silence, des pratiques brutales de gestion du personnel.

            S'en sont suivies, fin Octobre, des rencontres en interne entre les salariés et les diverses instances dépositaires de l'autorité. Ces dernières n’ont pas proposé de garanties précises et fiables pour contrer des méthodes d'administration peu compatibles avec l'intérêt de l'école, du personnel et des élèves. Dans ce domaine, les négociations engagées après le dépôt d'un préavis de grève n'ont pas eu plus de succès. Pourtant le président de l'Organisme de Gestion de l'Enseignement Catholique présent à la table de négociations, a plusieurs fois répété que les situations subies par les salariés au sein de l'école étaient « inacceptables ». Par ailleurs un document signé de la même présidence de l'Ogec a reconnu l'existence « d'erreurs de méthodes » et surtout « de comportements inappropriés qui méritent d'être corrigés » de la part du chef d'établissement et du directeur administratif. Pour autant aucune sanction n'est envisagée contre ces derniers. Bien au contraire, ce document public n’hésite pas à livrer en pâture les noms des deux ex-informaticiens de l'école et réaffirme la volonté de la direction de poursuivre une procédure de licenciement à leur encontre.

            Une direction, quelle que soit la collectivité qu'elle administre, est-elle crédible quand, en toute impunité, elle reconnaît de graves défaillances dans l'exercice de ses fonctions tout en sanctionnant ceux qui auraient eu la mauvaise idée d'alerter les esprits sur ces mêmes défaillances ? »

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