Guido Picelli: héros de l'antifascisme, victime du stalinisme. Un documentaire de Giancarlo Bocchi

Documentariste de renom, habitué des zones les plus difficiles du globe, Giancarlo Bocchi a consacré en 2011 à la figure de Guido Picelli un film entièrement réalisé à partir d'images d'archives. Il sort en avant-première à Paris ce dimanche 8 décembre 2013 à 11h au cinéma le Balzac, en présence du réalisateur.

Plus qu'un signe des temps, c'est un symptôme parmi d'autres d'une époque encore à relire, et de mémoires à revisiter. Guido Picelli (1889-1937), dont le parcours exemplaire est de ceux qui devrait inspirer des romans ou des films, est aujourd'hui méconnu hors de Parme, sa ville natale, alors même qu'il a parcouru et œuvré sur la majeure partie du continent européen.

Apprenti horloger devenu acteur de théâtre, il s'engage comme volontaire dans la Croix Rouge en 1916 pour ne pas trahir ses convictions pacifistes. Vers la fin de la guerre, il est envoyé à l'École d'officiers de Modène, formation qu'il met à profit pour fonder les "Gardes rouges" en 1920 -il a adhéré au Parti socialiste italien en 1919.

En 1921, il est brièvement incarcéré pour avoir empêché le départ d'un train militaire vers l'Albanie. Il est libéré après avoir été élu député lors d'un véritable plébiscite des quartiers populaires où il a grandi. En juillet 1922 il entre dans la légende, lorsqu'à la tête de quelques centaines d'"Arditi del Popolo" -une organisation d'autodéfense contre les bandes armées fascistes- il tient tête et repousse une dizaine de milliers de chemise noires lancées dans une expédition punitive contre la seule ville émilienne qui ne leur a pas cédé. Ce succès est dû en partie à une large union des forces démocratiques, des anarchistes aux "populaires" catholiques, qu'il parvient à réaliser contre l'ennemi commun. Son génie militaire fait le reste.

Le 1er mai 1924, alors que Mussolini, au pouvoir depuis octobre 1922, fait basculer le pays vers la dictature -nous sommes à quelques semaines de l'assassinat du député socialiste Matteotti- il parvient à hisser un drapeau rouge pendant un quart d'heure au balcon du Parlement. Il vient d'être réélu député, comme indépendant cette fois sur les listes du Parti Communiste d'Italie.

En novembre 1926, déchu de son mandat parlementaire, il est arrêté, incarcéré puis placé en résidence surveillée. Après sa libération en 1931, il parvient à quitter l'Italie pour la France, d'où il est rapidement expulsé. Il poursuit son travail militant dans le Borinage en Belgique avant de traverser l'Allemagne et de rejoindre l'URSS. Il n'y est pas mieux accueilli, en particulier par Palmiro Togliatti, en pleine ascension vers les sommets du Komintern et qui sera bientôt le bras droit de Staline -ministre de la justice dans l'immédiat après-guerre, il restera dans l'Histoire pour son amnistie des criminels fascistes.

En 1936, Guido Picelli quitte spontanément l'URSS pour la France et l'Espagne qu'il peut rejoindre grâce aux réseaux du POUM. Engagé dans les Brigades internationales, ce pacifiste convaincu montre de nouveau des talents hors du commun pour l'action militaire. Il meurt tué d'une balle dans le dos, en janvier 1937, alors que les agents de Staline ont commencé leur travail de terreur et de liquidation.

"L'histoire ne s'arrête pas, avait-il écrit, elle s'accomplit malgré tout, que ce qui doit tomber tombe, et que naisse ce qui doit naître, barrez le cours d'un fleuve et vous aurez l'inondation, barrez l'avenir et vous aurez la révolution."

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Le film est disponible en DVD en Italie, accompagné d'un livre illustré. On peut lire sur mon site un entretien avec le réalisateur en italien ou en français.

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