De Nantes en février 2014 à Gênes en juillet 2001: une nécessaire réflexion de l'avocate parisienne Elodie Tuaillon-Hibon.

 Dans un article paru hier sur le site www.dormirajamais.org, Élodie Tuaillon-Hibon, avocate au barreau de Paris, ouvre une réflexion nécessaire sur ce qu'il s'est passé à Nantes samedi dernier:

 

Dans un article paru hier sur le site www.dormirajamais.org, Élodie Tuaillon-Hibon, avocate au barreau de Paris, ouvre une réflexion nécessaire sur ce qu'il s'est passé à Nantes samedi dernier:

"Il ne s’agit pas pour moi de comparer, stricto sensu, ce qu’il s’est passé à Nantes il y a quelques jours pendant la manifestation contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, et ce qu’il s’est passé à Gênes lors du sommet du G8 en Italie, en juillet 2001.

Fort heureusement, pour l’instant, les événements sont incomparables."

Elle ajoute cependant:

"Si je veux revenir à Gênes en 2001 aujourd’hui en regardant Nantes en 2014, le visage ensanglanté et l’orbite énucléée de Quentin (visage qui se superpose à ceux de Joachim, de Pierre, de Jiade, de Steve… à Clichy, à Montreuil, à Nantes, à Villiers-le-Bel…), en lisant le témoignage de ce journaliste (qui porte plainte), c’est parce que, à Gênes, la conception et l’utilisation « traditionnelles » de l’ « État » occidental bourgeois et de ses appareils, qui étaient jusqu’alors une objet d’une forme de statu quo ou de consensus depuis l’après-guerre (à l’exception notable des pays du bassin méditerranéen qui furent longtemps sous le joug d’une dictature – Portugal, Espagne, Grèce …), l’usage de la violence de masse contre les masses, y compris celles identifiables, dans un schéma volontairement simpliste et réducteur, comme « les siennes », la conception du « maintien de l’ordre », son usage, ses fins… ont changé, ont pris un autre tour, là-bas, durant ces jours de juillet 2001.

Une étape a été franchie, et une limite a été dépassée, qui, peut-être ne se reproduira jamais, mais peut-être pas. Une étape qui impose une vigilance, une réflexion collectives de chaque instant."

Hier aussi, est paru sur le site Citizen Nantes un témoignage du photographe Yves Monteil, illustré de ses propres images, qui donnent la juste mesure de la violence exercée samedi par les forces de l'ordre durant la manifestation contre le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Ce témoignage vient compléter, parmi d'autres, ceux de Quentin Torselli, grièvement blessé, et de Julien, un des manifestants qui lui ont porté secours.

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Photo d'Yves Monteil, Citizen Nantes. Julien écrit: "Je suis une des personnes qui ont secouru et emmené Quentin dans un garage souterrain après l’avoir porté, pendant que les CRS continuaient à nous tirer dessus avec des Flash-Ball, des grenades assourdissantes, des fumigènes. Ils étaient a trente mètres de nous, alors que nous étions seulement 5 ou 6 personnes dans cette rue, à essayer tant bien que mal de mettre Quentin à l’abri des tirs."

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