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Billet de blog 1 oct. 2022

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Afghanistan: rien de nouveau depuis trois décennies.

Il y a un peu plus d'un an on nous annonça “le retour des talibans” en Afghanistan. Problème, ils n'ont pas eu à revenir, pour la raison simple qu'ils ne sont jamais partis.

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Comme nul ne l'ignore désormais, en ce 1° octobre 2022,  l'aventure guerrière lancée par les États-Unis d'Amérique fin 2001 résulta vingt ans plus tard en un échec complet, ce qui soit dit en passant fut toujours le cas depuis la fin de la deuxième guerre mondiale: exception faite de quelques expéditions dans des États minuscules (Panama, Grenade...) les Étasuniens ont perdu toutes leurs guerres. Entendons-nous, je ne parle pas de la défaite “militaire” (même si une fois sur deux environ ce fut aussi un échec militaire) mais de la défaite en termes de buts de guerre, les deux principaux ayant été, entre 1945 et 2021, empêcher l'établissement d'un régime “communiste” et “(r)établir la démocratie”. Ils ont même réussi l'exploit, en Asie du Sud-Est, de susciter des régimes “communistes” dans des États jusque-là peu enclins à cela. Probablement parce que, dans le contexte des années 1970, «si “régime communiste” signifie “régime diamétralement différent d'un régime étasunien”, alors c'est ce qu'il nous faut». Donc, l'échec à terme plus ou moins long de l'expédition afghane était hautement probable dès 2001. Soit précisé, l'échec est patent dans ce cas non pas depuis 2021 mais depuis au plus tard le milieu de la décennie 2000. C'est que, dès 2002 et plus nettement à partir de 2003, dû le fait qu'une autre aventure guerrière encore plus grosse (et encore plus grosse d'un échec annoncé) commença d'occuper les États-Unis, ce qui remit à distance toute possibilité même vague de résoudre le problème afghan d'une manière un minimum correcte.

Donc, “le retour des talibans”. Problème, comme mentionné ils n'ont jamais disparu ni ne sont jamais partis. Nos médiateurs (groupe dans lequel j'inclus les politiciens) ont semble-t-il été surpris de leur “retour rapide au pouvoir”, mais l'ont-ils vraiment été? D'autant que l'occupant étasunien négociait les termes de son départ depuis plus d'un an avec lesdits talibans. Plus que prévisible, leur “retour” était programmé. Oh certes! Avec “engagement ferme” de leur part de “respecter l'État de droit” et bien sûr de “respecter les droits humains”, ceux de la Déclaration universelle onusienne. Bon mais, quelle valeur accorder à un engagement entre les défenseurs de Dieu et les défenseurs de Satan? Aucune: Dieu n'aime pas le mensonge, mais mentir aux menteurs, est-ce mentir? Les talibans ont tout accepté en paroles des conditions de retrait de l'occupant étasunien sans que ça ne les engage en rien puisque de leur point de vue il s'agissait avant tout de voir Satan quitter le pays.

Combien de temps entre la fin de la présence des troupes étasuniennes et de leurs marionnettes (vaguement) afghanes et la fin du respect des “accords de retrait”? De mémoire, trois ou quatre jours. Ce qui est assez logique, puisque l'Afghanistan de ce début d'année 2021 était dans sa plus grande partie aux mains, “au mieux”, des talibans, au pire, des seigneurs de guerre qui d'ailleurs s'accommodaient très bien des talibans tant qu'ils ne perturbaient pas leurs petites affaires criminelles (contrebande, trafics de drogues, trafics d'êtres humains, extorsions...). La situation en juin 2021 était en gros la même que celle ayant lieu à partir de mars-avril 2003: quelques rares centres urbains vaguement “sous contrôle” (de l'occupant et de ses marionnettes), mais surtout sous le contrôle du corrupteur étranger et des corrompus locaux ou étrangers protégés par le corrupteur étranger, le reste étant aussi sous contrôle, mais le contrôle de leurs opposants (pas vraiment moins corrompus ou corrupteurs, mais différemment).

Résultat? “On”(les États-Unis et vaguement leurs alliés “libres”) négocie de nouveau avec les talibans, pour leur permettre d'accéder aux fonds bloqués dans les banques “démocratiques” de nos “pays avancés” pour, censément, “résoudre la crise humanitaire afghane”. Réussite assurée, je vous le dis: les talibans ont compris la leçon et vont, c'est sûr, respecter l'État de droit et les droits humains. Dans trois ou quatre jours...

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