Arrière-mondes et médiations

La question n'est pas de savoir qui de Tartempion, Homais, Botul ou Molyneux “a raison” ou “est dans le vrai“, une seule question vaut quand on veut faire société, peut-on s'accorder? Si oui, ça suffira bien.

Brouillon daté du 03/07/2019 09:54

Un type que j'apprécie modérément, Michel Onfray, et pourtant je l'ai beaucoup écouté sur ma radio, France Culture, durant les nombreux étés où son cours donné dans le cadre de l'Université populaire de Caen, une supposée «contre-histoire de la philosophie», y fut diffusé, croit justement avoir raison tout seul et pour tout le monde, et détenir la Vérité Vraie. Du fait, il se révèle incapable de s'accorder avec quiconque a d'autres convictions, et tout aussi incapable, moins tant d'accepter que de comprendre toute critique. J'ai pu notamment le constater dans les séances dites de «questions du public» de ses cours, une sur cinq en moyenne, où il ne parvient jamais à prendre en compte les avis de ce public s'ils ne cadrent pas avec sa conception du monde et des choses. Un niveau improbable de solipsisme... En outre, je lui reproche un nette âpreté au gain et une certaine malhonnêteté. Enfin, pour la malhonnêteté je ne sais pas trop, de ce que j'en puis comprendre les personnes que j'estime malhonnêtes s'éprouvent rarement telles, pas de raisons de douter que Michel Onfray se voie comme plutôt honnête, et ce que je nomme âpreté au gain, il le nommera autrement, probablement la défense de ses droits, en ce cas, et malgré le peu d'originalité de sa pensée, ses droits d'auteur. Je l'ai beaucoup écouté mais très peu lu, ses bouquins me tombent des mains: on peut comprendre et excuser les redites et les fautes d'expression dans un cours oral, beaucoup moins dans un livre...  D'un sens c'est étrange cette apparente incapacité (et même, cette incapacité assez apparente) à comprendre ce qui n'est pas lui mais bon, on ne peut pas vraiment dire qu'il se singularise sur ce point...

Bon, pourquoi je cause de lui? Ah oui! Les arrière-mondes. C'est grâce à lui que j'ai découvert la notion. Là encore rien d'original, comme nombre de ses concepts et comme pas mal de ses idées il reprend ça de Nietzsche, ce qui en soi me semble tout ce qu'il y a de normal et d'acceptable, je reprends aussi beaucoup d'idées et de concepts de mes prédécesseurs ou de mes contemporains, c'est cette propension et même, cette compulsion à rabattre tout sur sa propre vision des choses qui m'agace vraiment avec lui, et cet acharnement à descendre en flammes et avec la plus grande mauvaise foi – ou peut-être la plus grand “bonne” foi mais une du genre foi aveugle, qui ne lui fait voir que le bon chez les auteurs qu'il apprécie, que le mauvais chez ceux qu'il déprécie, et à ne rien voir chez les personnes “pas à sa hauteur”, qui m'a un peu lui aura deviné que je le classe chez les salauds mais plutôt du genre “con salaud”, un gars à la comprenette difficile mais au bagout certain (même si assez plat et extrêmement répétitif) qui ne peut pas s'empêcher de rabaisser ce qu'il ne parvient pas à comprendre – ce qui fait beaucoup de choses. Enfin, comprendre, ne pas comprendre...  Qui m'a déjà lu sera tombé dans une page ou l'autre sur ma blague à propos du gars qui dit tout et le contraire de tout dans la même phrase ou le même discours: Onfray est du genre qui a «appris à faire la différence entre le blanc et le noir», du coup quand il lit un auteur qui dit “blanc” quand c'est bien de dire “blanc” et qui dit “noir” quand c'est bien de dire “noir”, il aura une nette tendance à croire le comprendre, et quand il tombe sur un auteur qui dit “noir” là où il attend “blanc” et “blanc” là où il attend “noir”, il aura une tendance tout aussi nette à ne pas le comprendre. Une sorte de blocage. Ou du pavlovisme, je suppose. Y a des gens comme ça. Dans un autre texte je cause d'une de mes tantes plutôt intelligente et assez intéressante mais qui a un défaut, dès qu'on utilise certains termes (entre autres les “gros mots” du genre cons et salauds), ou quand on se sert de concepts ou de textes “chrétiens”, ça l'empêche de comprendre ce qu'on raconte, elle “fait un blocage” comme on dit chez les “psys” (choisissez le type de “psy” qui vous conviendra, entre -chiatres, -chologues, -chanalystes et autres, on a le choix) – moi je vois ça plutôt “comportemental”, imprégnation ou conditionnement ou les deux.

Les arrière-mondes. Je ne connais pas trop Nietzsche, j'en ai lu un peu (en traduction française) et je dois dire, ça me plaisait bien dans l'ensemble mais je n'en ai pas retenu grand chose. Il me fait l'effet d'une sorte de prophète qui a eu la mauvaise idée d'écrire, sauf rares cas les prophètes ont intérêt à ne pas le faire: dans les discours oraux on peut se permettre de dire pas mal de conneries, elles seront vite oubliées et les “disciples” se contenteront de reprendre et de consigner les rares fulgurances, par contre si on le fait soi-même on y mettra tout, le métal pur et les scories. Des fois je me demande si je ne devrais pas me mettre prophète sur la place publique, puis je songe justement à toutes les conneries que j'ai pu écrire, et qu'en plus je balance sur Internet comme ça, en bloc, et je me dis que bon, vaut mieux pas que je me la joue “prophète”, toutes les scories remonteront et enseveliront la toujours possible mais à coup sûr rare part acceptable de mes propos. De l'autre bord, comme tout ce que j'écris je le publie sur le Net ça réduit les risques, si quelqu'un voulait exploiter ça pour me disqualifier je pourrai assez tranquillement dire, ce sont des scories, et s'il me conteste la chose et bien, on ira voir à la source et on y verra que je ne manque pas de préciser que j'écris beaucoup de conneries et qu'il faut soi-même être con pour croire que ce n'en est pas, ou bien salaud pour prétendre le croire. Cela dit, prophète c'est un sale boulot, en général on finit mal, genre folie furieuse ou mort prématurée...

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