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Billet de blog 5 oct. 2022

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Réduire la consommation d'électricité: quel effet sur la production?

Réponse: ça dépend du mode de production. En France, presque aucun effet, dans ce pays on a une complète décorrélation entre les besoins et les moyens de production.

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En France on décida dans les décennies 1950 et 1960 de disposer, pour des raisons militaires avant tout, d'une filière de production d'énergie “nucléaire” et “civile”, mais ce n'est que vers le milieu de la décennie suivante qu'eut lieu la mise en place d'une politique d'augmentation très significative et, assez vite, prépondérante de la part des centrales “nucléaires” de production d'électricité. On peut discuter à l'infini de la validité technologique de ce choix à l'époque où on le fit, reste ceci: ce mode de production est extrêmement rigide et précaire; extrêmement rigide car on ne peut pas faire varier aisément le niveau de production, tant pour le réduire que l'augmenter; extrêmement précaire car avec un changement de contexte important et durable la capacité de faire fonctionner une centrale “nucléaire” devient au mieux incertaine, assez vite après nulle ou négative (un réacteur “nucléaire” à l'arrêt ne fournit plus d'électricité au système mais en consomme assez pour assurer son fonctionnement et surtout, son non dysfonctionnement). Le contexte actuel de “changement climatique” illustre la chose à merveille.

Une centrale de production d'électricité “nucléaire” nécessite bien plus d'eau pour assurer son fonctionnement que n'importe quel autre type de centrale parce qu'outre celle nécessaire pour faire tourner les turbines (eh! L'énergie “nucléaire” ne produit pas d'électricité! Ou du moins pas une électricité utilisable. Elle produit de la chaleur. Dans ces centrales comme dans toutes celles “thermiques” les turbines sont mues avec le mouvement généré par la gazéification de l'eau qui permet de transformer une partie de la chaleur en travail) on doit disposer d'une encore plus grande quantité d'eau pour simplement refroidir les réacteurs. Depuis le début du XXI° siècle des épisodes de déficit hydrique (de “sécheresse”) à répétition et, le temps passant, de plus en plus fréquents et longs, ont nécessité de mettre bien plus souvent que prévu des réacteurs “nucléaires” à l'arrêt faute de pouvoir les refroidir, par manque de disponibilité de cette eau de refroidissement.

Sans être la seule, la France est un cas typique, sur cette question de production d'électricité, d'un projet à long terme basé sur une analyse à court terme, une pratique que je nomme “méthode toutes choses égales”: on pose une équation avec une variable unique à l'évolution assez prédictible, «toutes choses égales par ailleurs». Les choses étant rarement “égales par ailleurs”, advient toujours le moment où trop de supposées constantes s'avèrent être des variables trop imprédictibles pour que le projet à long terme puisse se réaliser.

Cette décision déjà ancienne de “nucléarisation” de la production électrique suppose, pour une durée très significative (selon les prévisions du milieu de la décennie 1970, au-delà du demi-siècle et censément, au moins un siècle et demi, autant dire l'éternité...) de disposer presque continûment de la quantité et qualité d'eau pour faire tourner les turbines et pour refroidir les réacteurs. Et si ce n'est pas le cas? On arrête les réacteurs. Mais avant cela on mettra en œuvre des palliatifs, lesquels génèreront bien sûr, oui, bien sûr, inévitablement, d'autres carences, d'autres dysfonctions, d'autres “inégalités par ailleurs”. Par exemple accélérer le débit d'écoulement des réservoirs de barrages en amont pour obtenir un débit suffisant en aval, au minimum pour assurer le refroidissement des réacteurs “nucléaires”.

Premier problème, ce débit supplémentaire ne servira que très marginalement à une fonction qu'assurent presque tous les barrages, produire de l'électricité “hydraulique”. Deuxième problème, la baisse du niveau des réservoirs induira une moindre pression, donc une moindre puissance des turbines, donc une baisse dans la production d'électricité “hydraulique”. Troisième problème, une fois vidés tous les réservoirs d'un réseau fluvial on perdra toute capacité de produire à la fois de l'électricité “hydraulique”, faute de puissance de débit pour les turbines, et “nucléaire” faute de pouvoir refroidir les réacteurs. Un exemple parmi bien d'autres de “choses inégales” qui ont fait qu'une décision pour le long terme se révéla dysfonctionnelle à moyen terme avec une bonne option d'inapplicabilité à moyen long terme – selon moi, “la fin du nucléaire” aura lieu, en France, bien avant le terme prévu initialement (lequel a récemment été repoussé à la Saint-Glinglin ou aux calendes grecques avec l'idée très saugrenue de not' bon maît' de notre président, lancer un programme de construction de réacteurs “nucléaires” encore plus gros, donc encore plus consommateurs d'eau, et en outre encore plus dysfonctionnels que ceux actuels avant même leur mise en service...) par les projections “toutes choses égales” même les plus pessimistes, pour l'évidente raison que le “changement climatique” n'aura pas le bon goût ni la décence de bien vouloir cesser, encore moins de reculer. Ah oui! Au passage, il y a pire: les centrales de bord de mer. Quand les mers et océans auront subi une montée de vingt mètres et plus, ça sera compliqué de faire fonctionner des réacteurs sous-marins...

Vous pensiez que la situation actuelle est catastrophique? Vous étiez dans l'erreur, elle est très légèrement problématique, pour l'heure...

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