Processus et structures.

Censément, quinze abonnés “me suivent”, factuellement je sais être “suivi” par plus de participants à Mediapart Pas beaucoup plus mais du moins je sais avoir suscité un intérêt même distant auprès de quelques dizaines de participants au “Club de Mediapart”. Mais...

...je me demande ce qu'ils “suivent” en me suivant... Bon, j'explique.

Étant assez réaliste je m'intéresse assez peu au matériel et à l'idéal, je ne suppose pas que mes suiveurs (abonnés ou non) me suivent comme la cordée suit le premier de cordée, ni ne suppose que mes suiveurs me suivent comme on suit un “guide spirituel” et que, conquis par la Puissance de la Pensée, ils en approuvent tous les développements, en fait je ne suppose rien, je constate que quinze abonnés ou rédacteurs professionnels (probablement plutôt des abonnés mais comme il n'y a pas moyen de savoir qui vous “suit” c'est pure hypothèse) de Mediapart ont coché la case «Suivre» de ce blog, c'est marqué quand on y accède: «Blog suivi par 15 abonnés». Je n'ai même pas moyen de savoir si le 11 décembre 2019 ces quinze sont les mêmes que ceux du 11 novembre 2019, probablement non puisque sur cette période le nombre est monté à 16 puis redescendu à quatorze pour revenir à quinze. Comme je ne passe pas mon temps à scruter ce nombre, je ne sais pas s'il fut occasionnellement en-deçà de quatorze ou au-delà de seize. Disons que je peux faire cette hypothèse assez consistante, les abonnés de ce blog sont pour une large part, environ une douzaine, les mêmes d'assez longue date. Étant assez réaliste je conçois que tout ça est pure hypothèse, étant assez réaliste je suppose que c'est assez exact, qu'en effet j'ai une douzaine de suiveurs fidèles (non que je les suppose lire tous mes billets, mais je les suppose être constamment abonnés à ce blog depuis plusieurs mois).

J'en parle à cause d'un billet récent, «Conclusion définitive: deux recommandations». Sans certitude, je peux supposer qu'une de ces recommandations a eu un effet puisque le blog «Pôle emploi : le droit de savoir» a connu une forte progression d'abonnés depuis, passant rapidement de sept à onze juste après cette recommandation. C'est encore une fois pure hypothèse mais il se trouve que je suis avec attention ce blog, et qu'il avait ses sept abonnés depuis un moment (pour l'essentiel, depuis le moment où je l'ai recommandé une première fois, et où il passa très vite de trois à sept: je ne certifie pas avoir suscité toutes ces adhésions mais il y a cependant une forte corrélation dans les deux cas, qui fait supposer une certaine causalité). Avec certitude je constate que ma seconde recommandation a eu un effet nul ou quasi nul. Il se trouve que cette recommandation renvoie vers une dépendance d'un site dont je suis, que dire? Le locataire? Le propriétaire? On dira que je suis locataire des murs et propriétaire de tout ce qui se trouve en ces murs, le site physique est la propriété d'une petite entreprise, Monarobase, j'en loue un petit espace logique, une “partition”, plus ou moins l'équivalent d'un appartement dans un bâtiment, j'ai ma plaque en façade, avec mon nom inscrit dessus, et je l'ai meublé. Quelle était mon intention en recommandant ce site? Une intention on ne peut plus claire. Je me cite:

«Ce lien comporte un segment qui correspond à mon nom d'état-civil non parce que c'est ma chose, mon objet, mais parce que je m'engage, parce que je prends mes responsabilités. Je suis l'initiateur de ce site et l'initiateur du projet qui m'a motivé à le créer, et en tant que tel en assume la responsabilité. Ce projet? Simple: soyez responsable si vous voulez être libre. Donc toute personne qui se rend sur ce site et adhère à ce projet doit savoir qu'elle sera entièrement responsable de ce qu'elle y fera. Car la seule manière d'être libre est d'être responsable de soi et de ses actes. Je ne suis responsable que d'une chose, mais une chose qui m'engage entièrement: initier ce projet».

Je suis locataire du bâtiment mais propriétaire des meubles, du fait j'ai moyen de déterminer si des visiteurs ont tiré les tiroirs de ces meubles, ont consulté les pages qui s'y trouvent, et bien sûr moyen de savoir si certains y ont pris un siège ou un bureau, se sont inscrits sur le site pour participer au projet ou au moins exprimer leur soutien. Une page est non significative, celle signalée, la page d'accueil du site nommé «Passage en décembre», spécifiée ainsi: https://passage.olivierhammam.fr/passage/. Je veux dire, toute page d'accueil de tout site reçoit des visites – les parties plus anciennes de ce site ont beaucoup de visites qui à plus de 95% sont celles de “bots”, principalement ceux de moteurs de recherche. Google est capable certains jours de venir vérifier deux ou trois fois que le contenu de ce site n'a pas évolué. Leur algorithme est clairement mal conçu, il devrait tenir compte de la variabilité de chaque site et constater que sur le mien, assez peu mis à jour ou complété, une visite hebdomadaire suffirait, mais il en fait la revue tous les jours...

Par chance (en fait, par choix) je dispose d'un outil plus fiable, l'outil de statistiques du SGC / CMS (système de gestion de contenu) qui me permet de savoir qui, Ma Pomme exceptée, consulte les pages de mon site dédiées au projet mentionné. Résultat: personne. Aucune visite. Apparemment, on veut bien me “suivre” quand le cadre est claire et qu'on ne s'engage à rien mais au-delà, faut pas trop en demander!

Je trouve ça intéressant. Pas très surprenant mais intéressant. Ça ne fait que confirmer une chose que je sais de longue date: même si vous affirmez qu'une boîte qui porte votre nom ni n'est vous ni ne vous appartient, on ne vous croit pas. Si en plus vous spécifiez que «toute personne qui se rend sur ce site et adhère à ce projet doit savoir qu'elle sera entièrement responsable de ce qu'elle y fera», là c'est rédhibitoire: être responsable? Trop c'est trop! Plutôt ne pas y aller voir que de prendre le risque d'être responsable de ce qu'on fait!


Ah oui! Le titre de ce billet. Il n'est pas de liberté sans contrainte, la structure est la contrainte, le processus la liberté. Mediapart est une structure, «Passage en décembre» un processus. Il est beaucoup plus difficile d'initier un processus qu'une structure, mais si la structure vient avant le processus on aura la contrainte avant la liberté. La question est alors: préfère-t-on la structure au processus, la contrainte à la liberté? Pour mon compte la réponse est claire: je préfère les processus aux structures.

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