Lutter contre l'islamophobie en France et contre l'islamophilie en Turquie.

La question n'est pas de savoir qui a raison ou tort, mais de savoir qui domine et qui est dominé.

Les “sang-mêlés” et les “multiculturels” connaissent tous la même expérience: “là-bas” on est “d'ici”, “ici” on est “de là-bas”. Pour les “blancs”, Barack Obama est “le premier président noir des États-Unis”, pour les “noirs” c'est un président “blanc foncé”, quasi un black face, un blanc grimé. Question de contraste. Même avec son bronzage au carotène Donald Trump ”fait pâle figure” quand il est au côté d'Obama, même bien bronzé de retour de vacances Barack “fait pâle figure” quand il est au côté de Michelle. Mes deux parents sont nés Français, mais ma mère est “de souche”, une métropolitaine, mon père “d'origine”, un “indigène” d'Algérie. En Algérie je suis le fils de ma mère, en France le fils de mon père. Quel que soit le côté de la Méditerranée où je me trouve, on m'y estime “de l'autre bord”. Cela dit, même l'enfant de deux parents “de la même origine / souche” qui réside dans un pays où la majorité n'est pas “de la même souche / origine” a cette expérience, l'enfant d'immigrés qui “revient au pays”, au pays d'origine de ses parents, est vu comme étranger, il a trop de traces en lui, en son comportement, de son pays de résidence, il ne fait pas “couleur locale” même s'il a “la bonne couleur”.

Je ne suis ni islamophobe, ni islamophile, l'islam m'indiffère assez en tant que phénomène culturel, social et politique, m'intéresse avec distance en tant que phénomène idéologique et anthropologique, et en tout cas ni je n'aime ni ne déteste en bloc cette religion et ceux qui s'en revendiquent, mes amis et mes, disons, adversaires, je ne leur demande pas s'ils sont islamophiles ou islamophobes pour déterminer si je dois m'en faire des alliés ou des adversaires, je ne leur demande que d'être mes semblables. Je suis, disons, “de gauche”, mais je me ferai plus facilement un ami d'une personne “de droite” ouverte et tolérante que d'une personne “de gauche” fermée et intolérante. Je suis athée et agnostique mais je préfèrerai toujours discuter avec des chrétiens profondément chrétiens, ceux qui suivent l'enseignement fondamental du christianisme, «aime ton prochain comme toi-même», qu'avec des agnostiques qui ne suivent pas l'enseignement fondamental de la laïcité, celui donné par les articles 1, 10 et 11 de la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789:

«Article premier - Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.
[...]

Article 10 - Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi.
Article 11 - La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi».

Dans toute communauté humaine, on a tendance à voir la personne qui n'adhère pas aux principes les plus admis comme “autre”, “différente”, “pas comme nous”. Ce qui n'est pas très important, importe que cette personne “pas comme nous” respecte les lois fondamentales du lieu où elle réside. La question principale est de savoir qui domine localement. Il y a des cons et des salauds chez les dominés? Et ils sont probablement majoritaires? Possible. Mais il y a des cons et des salauds chez les dominants, et ils sont probablement majoritaires. La question n'est donc pas de savoir s'il y a plus de cons et de salauds chez les uns que chez les autres mais qui domine. En France, soutenir les “islamophobes” au prétexte qu'il y a beaucoup de cons et de salauds chez les “islamophiles”, c'est se faire défenseur des cons et des salauds chez les dominants, en Turquie soutenir les “islamophiles” au prétexte qu'il y a beaucoup de cons et de salauds chez les “islamophobes”, c'est se faire défenseur des cons et des salauds chez les dominants, en Turquie je serai toujours avec les “islamophobes” non parce qu'ils sont dans le vrai mais parce qu'ils sont les dominés, en France je serai avec les “islamophiles” non parce qu'ils sont dans le vrai mais parce qu'ils sont dominés.

Comme l'a écrit Voltaire,

«Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous puissiez le dire».

Je ne suis pas spécialement d'accord avec les musulmans et à coup sûr en désaccord avec les supposés musulmans avérés sectaires, mais en France je me battrai jusqu'au bout pour qu'ils puissent s'exprimer, pas spécialement d'accord avec les anti-religieux et à coup sûr en désaccord avec les supposés anti-religieux avérés sectaires mais en Turquie je me battrais jusqu'au bout pour qu'ils puissent s'exprimer, car prime «la libre communication des pensées et des opinions [qui] est un des droits les plus précieux de l'homme». Les cons et salauds de la majorité disposent de cette liberté, pourquoi en priver les cons et les salauds de la minorité? «Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits», y compris en matière de connerie et de saloperie.

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