Le retour du refoulé.

Quel que soit l'endroit où l'on vit on y vit en étranger, car on vient toujours d'ailleurs. L’être vivant est toujours en étrange pays dans son pays lui-même, toujours en terre étrangère. L’être humain le sait, et toujours a la nostalgie du pays des origines et le regret du pays natal.

Toujours il a la conviction d'être un usurpateur et toujours le sentiment que quelque part existe un paradis, un vrai pays natal, celui des origines.


Mes lectrices et lecteurs habituels le savent, j'aime bien le titre intrigants et les débuts de billets à forme poétique. J'ai bien des motifs pour ce faire, en tout premier le souhait de ne pas être pris au sérieux et son corollaire, l'espoir de ne pas être compris trop vite, voire de ne l'être pas du tout. C'est ma méthode pour rendre mon discours hermétique. J'explique rapidement, avant d'en venir au vif du sujet.

Même s'ils ne se rattachent souvent pas directement à l'hermétisme antique, en rapport à l'être mythique Hermès Trismégiste, les courants “hermétiques” tous ont un même principe, les trois “niveaux de discours”, ésotérique, exotérique et profane. De fait, tout groupe formel a une structure hermétique, avec des “initiés”, des “fidèles” ou “novices”, et des “profanes”, ceux qu'on peut proprement nommer hermétiques sont ceux qui n'ont qu'un discours mais l'art de le présenter de telle manière qu'il ne soit proprement accessible qu'aux “initiés”, et interprétable par les seuls fidèles et novices. Un art assez simple: avoir un début de discours qui propose une “clé de lecture” qui ne faut pas pour la suite. Par exemple, commencer par une introduction de type “poétique” ou “prophétique” quand on veut développer un discours qu'on peut qualifier de pragmatique ou de réaliste; un initié (cela, de n'importe quel groupe) passera rapidement sur ce début, ou le considérera comme un discours autonome, et trouvera ses propres clés de lecture pour le discours principal ou pour les deux discours, celui introductif et celui consécutif.

Pour prendre ce discours-ci, son tout début, introduction et premier alinéa, parle de la réalité observable en laissant le soin à qui le lira d'en faire l'exégèse si besoin (pour qui sait lire, le sens général du propos est immédiat ou au moins assez vite accessible, interprétable). Je ne cherche pas volontairement à produire des textes hermétiques, de toute manière tout texte écrit l'est, l'initiation consiste simplement en l'exégèse d'un discours écrit ou oral, qui ne peut se réaliser, pour des non initiés, qu'en groupes restreints comportant au moins deux initiés, dont la principale fonction est d'apprendre aux novices à inventer leurs propres clés de lecture, cela avec l'aide d'autres novices. La principale différence entre un initié et un novice réside dans la capacité ou non à faire de l'exégèse par soi-même, en solitaire, la capacité ou non à susciter un “contradicteur” fictif qui ne soit pas un simple reflet de soi-même.

Comme je l'explique par ailleurs, beaucoup de personnes ne savent pas lire, elles savent “déchiffrer” mais moindrement ou nullement “interpréter”, alors ne parlons pas de la possibilité de faire de l'exégèse sans le secours de tiers. La méthode pour déchiffrer est précisément de baser son interprétation sur la clé fournie en début de discours. Je ne souhaite pas spécialement ne pas être lu de la bonne manière, celle exégétique, “se faire sa propre clé”, et comme dit il ne s'agit pas proprement pour moi de donner volontairement une fausse clé, j'ai appris à le faire et je fais comme on m'a appris. Pas systématiquement cela dit, notamment mes textes les plus courts et, disons, les plus “poétiques” et les plus “plaisants” (humoristiques, ironiques ou comiques) sont univoques et d'accès simple si on veut s'en donner la peine (spécialement ceux “poétiques”, qui réclament nécessairement une interprétation non immédiate, ceux qu'on peut dire plaisants sont censément d'accès immédiat). Considérez que je ne cherche donc pas à égarer mon possible lectorat, je fais confiance à qui me lira sans savoir lire pour s'égarer soi-même, en fait cette pratique de proposer une clé de lecture inadaptée au discours a un but presque inverse, qui sait lire constatera la rupture et ne tentera pas d'interpréter la suite à l'aide de la clé fournie, et qui sait comment faire de l'exégèse trouvera bien moyen, par soi-même ou avec l'aide de tiers, de trouver sa propre clé de lecture, ce qui est le plus souvent mon intention, dans les textes “plaisants” je fournis une clé qui convient mais c'est ma clé, donc elle oriente la lecture dans un seul sens, celui que je lui donne. Ce qui ne m'intéresse guère, le plus souvent.

L'intérêt de fournir une fausse clé est double: pour qui ne sait pas lire ça rend le texte “ésotérique”, “incompréhensible”, comme ici, induire une lecture de type poétique pour un discours qui n'a rien de poétique en soi; pour qui sait lire cette clé en est bien une, mais elle n'ouvre qu'elle-même, ce début est à la fois une clé et un discours, tout ce qui suit ne s'y relie pas nécessairement mais en tout cas elle n'en est pas la clé, tout au plus un commentaire. Non pas de cette partie, qui est simplement une leçon, quelque chose comme “apprendre à lire”, à faire de l'exégèse, par contre le discours qui va suivre, qualifié plus haut de “vif du sujet”, aura bien un rapport avec le début, sans que ce début en soit proprement la clé. C'est ainsi, le préfère laisser le soin à qui me lira de s'inventer sa propre clé, ce qui reste encore la manière la plus efficace de lire, de “donner du sens” plutôt que seulement déchiffrer.


Il y a une question à laquelle je m'intéresse d'assez longue date désormais, quatre ou cinq lustres, dans une certaine formulation: “le premier occupant”. Sauf à se croire né par génération spontanée, on ne peut jamais réellement se considérer comme “le premier occupant”, nécessairement il y eut avant soi au moins un occupant, celui dont on est issu. Et nécessairement, on est “déplacé”, “hors du pays natal”, puisque le premier occupant l'occupe...


(à suivre, peut-être...)

 

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