Zemmour, Houellebecq et la France musulmane.

Il y a peu naquit une brève polémique à propos du livre de Gérard Noiriel «Le Venin dans la plume. Édouard Drumont, Éric Zemmour et la part sombre de la République». Auparavant, on eut le cruel entrechoquement entre «Soumission» de Houellebecq et le massacre de «Charlie-Hebdo». La “France juive” d'hier, la “France musulmane” de ce temps...

Ma faible notoriété locale, et plus largement ma faible notoriété universelle, devraient me préserver d'une avalanche de querelles entre “pro” et “anti”. Oh! Pas tellement les pour et les contre le contenu de ce billet, ne requérons pas de ces éternels opposants des pages de commentaires une chose aussi compliquée que d'aller au-delà du titre ou au plus de l'introduction, mais de fait, prendre le risque de titrer comme je le fais c'est aussi se préparer à des détractions et des approbations pavloniennes.

Mmm... Bon ben, je remets le développement de ce billet à plus tard. Ou à jamais. Je vous conseille cette page, une excellente critique du livre de Noiriel, cette autre page, une très bonne critique mais moins excellente, qui explore particulièrement un des aspects du livre, l'interrogation sur le rôle de l'historien dans le débat public, enfin cette troisième page, où Noiriel explique son projet d'auteur. Ça sera plus intéressant que mes élucubrations.

Ah oui! Et aussi, pour mémoire, cette tribune de Schlomo Sand en 2015, «Je ne suis pas Charlie», merci à Gabas, qui le mentionne dans son tout premier billet sur Mediapart, «Je ne suis pas Macron». Un titre qui m'a permis de placer en commentaire une plaisanterie pas très subtile mais que j'espère amusante.


Pour précision, la deuxième critique du livre de Noiriel est “moins excellente” parce que son auteur y regrette de ne pas y lire quelque chose qui n'avait pas à s'y trouver, ce qu'explique Noiriel dans la troisième page, pourtant mise en lien dans la deuxième. Ça ne diminue pas la qualité de la critique mais un peu sa validité: pourquoi vouloir lire dans un texte ce qui ne s'y trouve pas, si cette absence ne réduit pas la pertinence du texte?


J'ai la tentation de poursuivre ce billet mais je ne sais pas trop comment. J'avais aussi idée d'un billet sur Polanski. J'ai même son titre: «Le Paradoxe Polanski». Mon problème ici est une réticence à traiter de questions de fond à partir de cas “dans l'actualité”. comme induit au début, placer dans le titre Zemmour, Houellebecq, la France et le mot “musulmane” c'est se préparer à recevoir une volée d'insultes ou de satisfecits, alors que mon seul but est de donner à réfléchir aux adhésions et aux rejets provoqués par les clochettes de “l'actualité” si propices à déclencher des réflexes conditionnels. De l'autre bord, une discussion abstraite à partir d'exemples ad hoc ou anciens “déréalise”, “met à distance”, ce qui n'est pas mon but. Comme vous je suis sensible aux clochettes de “l'actualité”, comme vous j'ai mes conditionnements, donc il vaut mieux puiser ses exemples “dans l'actualité”, mais précisément leur présence “dans l'actualité” a de bonne chances de provoquer des réflexes conditionnels. Le truc n'est pas d'être conditionné ou non, si on est humain, par nécessité on est conditionné; le truc est d'en avoir conscience.

Dans un autre billet... Bon bon bon, on laisse tomber, je vais faire dans l'abstraction: il m'arrive de débattre, dans la vie ordinaire ou sur Internet, avec des personnes qui sont ou se prétendent inconscientes de leurs conditionnements. Dans la vie ordinaire il est relativement aisé de “discerner le vrai du faux”, de déterminer si une personne est effectivement inconsciente de ses conditionnements ou non. Je ne vous l'expliquerai pas ici, j'en traite ailleurs et par écrit la description de la technique est longue et imprécise mais je vous le certifie, c'est vraiment assez aisé. Sur Internet non. Dans les débats médiats, pas facile de “discerner le vrai du faux”, et même quand on y arrive ça ne sert à rien, on peut à-peu-près déterminer si une personne est consciente ou non de ses conditionnements mais on ne peut, comme il arrive parfois dans la vie ordinaire, faire prendre conscience aux personnes inconscientes qu'elles le sont – conditionnées, non pas inconscientes. L'un va avec l'autre, je veux dire, quand on prend conscience qu'on l'est on prend en même temps conscience de ses conditionnements, mais compte avant tout qu'on prenne conscience qu'on est conditionné, que la seule manière possible de devenir humain est d'être conditionné, d'être conditionné à se comporter “comme un humain”, comme un humain socialisé.

Le sujet de ce billet quand j'ai décidé de le rédiger était proprement cela: constater qu'il est très difficile de faire prendre conscience à distance à des personnes inconscientes de leurs conditionnements, de comprendre que, 1) elles sont conditionnées, 2) c'est le cas général pour tout humain socialisé, 3) la seule manière de ne pas être dépendant de ses conditionnements est d'avoir la claire conscience qu'on est conditionné.

J'ai un projet. Un projet simple mais difficile à réaliser: réunir tous les contributeurs d'un fil de commentaires propice aux contributions pavloviennes pour discuter ensemble de ces commentaires et de ce qu'ils révèlent de nos conditionnements. Le but est de favoriser la capacité à “discerner le vrai du faux”, avec comme conséquence, et bien, de “discerner le vrai du faux”, c'est-à-dire de déterminer si une personne est consciente de ses conditionnements ou non, parce que les personnes qui posent problème dans une société sont celles qui en sont conscientes mais qui donnent l'impression qu'elles ne le sont pas. Je les appelle simulateurs, ou salauds, ou marionnettistes, ou illusionnistes, ou ventriloques, bref, je les nomme de noms qui indiquent qu'elles donnent l'impression d'être autres qu'elles ne sont. Je les nomme aussi corrupteurs ou diviseurs. Les personnes qui “sèment le trouble” dans la société.

Projet simple mais difficile à réaliser. C'est ainsi...

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