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Billet de blog 18 déc. 2021

Pourquoi “omicron”?

Ouais, pourquoi? Ordinairement, quand on décide de dénombrer une série on utilise les signes (chiffres ou lettres) dans leur ordre conventionnel de classement, par exemple les variants “grecs”: alpha, bêta, gamma, delta, epsilon, zêta, êta, egzetera...

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Bon mais, celui dont on cause en ce mois de décembre 2021, on l'a dénombré “omicron”. Ce qui me semble étrange voire bizarre. Rapport à l'ordre conventionnel de l'alphabet grec:

Jusqu'au variant oméga ça va, mais après?

Dans cet ordre conventionnel “omicron” est la quinzième lettre. Jusqu'ici je n'avais entendu causer que des noms de variants qui correspondent aux quatre premières lettres de la série. Bon que j'me dis, les médias sont ce qu'ils sont et ne causent que de ce dont tout le monde cause donc il me semble logique qu'on ait “oublié” d'autres variants dénombrés (soit une infime partie d'entre eux, si on devait les dénombrer tous l'ensemble des alphabets existants n'y suffirait pas, et de loin – ce qui au passage prouve la faible capacité d'anticipation des “communicants éthiques” de l'OMS: faire le choix de cet alphabet c'est supposer avec aucune chance que ça se vérifie qu'on n'aura pas plus que 24 variants à dénombrer...), les médias n'ont rien dit de ces variants parce qu'ils attendent que ça leur tombe tout cuit d'un fil de dépêches d'agence, et si ça ne se trouve pas dans ce fil, ça n'existe pas.

Je suis un gars idiot, doublement idiot: je tente de me soigner, ce qui démontre mon idiotie, et je fais l'erreur de vouloir me soigner, ce qui démontre que je suis encore plus idiot que je ne le suppose. Vraiment, vouloir se soigner de son idiotie? Quelle idiotie! Mais là désolé, je ne compte pas me soigner de cette compulsion dépassée, vouloir à chaque instant essayer d'être moins idiot que je ne l'étais l'instant d'avant. Donc je suis idiot et idiotement j'ai souhaité savoir pourquoi les médias sont passés de “delta” à “omicron” sans trop s'interroger, semble-t-il, sur l'absence dans leur propre discours des variants allant de “epsilon” à “xi”, si du moins ils existent. Du coup je vais à la pêche aux infos. Et je les trouve dans cette page du site du Figaro. Son dernier alinéa donne proprement l'explication, celle de l'OMS:

«Samedi 27 novembre, un porte-parole de l'OMS, Tarik Jasarevic, a justifié l'adoption d’Omicron auprès du New-York Times: “Nu se confond trop facilement avec nouveau (en anglais NDLR) et XI n'a pas été utilisé parce que c'est un nom de famille courant”. C'est notamment le nom de famille de l'actuel président chinois, Xi Jinping. Tarik Jasarevic a ajouté qu'utiliser l'alphabet grec permet d'éviter “d'offenser tout groupe culturel, social, national, régional, professionnel ou ethnique”».

Comme relevé plaisamment dans ce billet de blog de Mediapart, «Les variants et l'alphabet grec»:

«Le problème, c’est que cela stigmatise l’alphabet grec [ce qui] refile à la Grèce une fièvre de cheval de Troie».

Tiens ben? Un billet de l'Épistoléro! M'étonne pas que je le trouve plaisant. Se lancer à la chasse à tout ce qui peut fâcher, tout ce qui peut «offenser tout groupe culturel, social, national, régional, professionnel ou ethnique», c'est se condamne au mutisme ou aux déconvenues, car toute parole est susceptible d'offenser au moins un groupe de ce genre.

Bon, finalement je vous renvoie vers une autre page, sur le site de BFM TV (désolé, d'abord Le Figaro, ensuite BFM TV, je choisis mal mes sources...), en revenant vers la première citée j'ai eu un message me demandant de désactiver mon bloqueur de pub pour ce site, ce que je ne compte pas faire. Je conserve cependant la citation venant de la première page car, on peut s'en douter, ces deux articles signés par deux journalistes différents sont très similaires, des simples reprises de dépêches d'agences vaguement “réécrites” (on change un peu l'ordre des phrases et alinéas). Donc citer l'une ou l'autre page c'est citer la même chose, à quelques mots près.

Les propos de M. Jasarevic font apparaître qu'il existerait huit autres variants de la classe de ceux «désignés comme "à suivre" ou "préoccupants" par l'Organisation mondiale de la Santé». Je dois le dire, je ne me passionne guère pour ce qui se relie à “la crise du COVID” ou autre nom qu'on donne à ce sujet de propagande étatique de préoccupation sanitaire, mais force m'est de constater que la moindre bribe de plus ou moins information sur elle est répétée des dizaines de fois même sur l'assez sobre radio que j'écoute ordinairement, France Culture, donc sans m'y intéresser, par la simple écoute des journaux et des quelques “émissions d'actualité” qu'on y entend je n'aurais pas manqué de constater la mention répétée des variants étiquetés “epsilon” ou “iota” ou “lambda” – ces variants, si on les avait cités, je l'aurais remarqué, ces trois lettres étant en usage dans des expressions françaises pour le moins ironiques et souvent péjoratives, le “variant lambda” spécialement m'aurait fait sourire ou rire. Les médias ne s'étant pas préoccupés des variants “epsilon” à “mu”, rien ne me garantit que nulle autre lettre n'a été écartée auparavant, par exemple que la France ou l'Espagne a requis l'OMS de ne pas user de la septième car “êta” offense la République en France, les autorités en Espagne, et pourrait offenser la population dans ces deux pays; et dans de nombreux pays “lambda” risque d'offenser le citoyen, celui de base, le citoyen lambda...

Ces deux lettres omises le font aussi apparaître, M. Jarasevic se trouve confronté au problème mentionné plus haut: il n'existe aucun choix permettant d'obtenir ce que cette nomination alphabétique était censée réaliser,  ne pas «offenser tout groupe culturel, social, national, régional, professionnel ou ethnique». Les philosophes amateurs et professionnels réclameront-ils le retrait de la vingt-et-unième car son utilisation les offenserait, de même pour la vingt-troisième et les professionnels (ou amateurs) de l'exploration de la psyché?

Dans la deuxième page citée j'apprécie notamment cet alinéa:

«[L'attribution d'un nom] est le passage obligé pour tous les nouveaux variants désignés comme "à suivre" ou "préoccupants" par l'Organisation mondiale de la Santé: chacun reçoit un nom, lui-même choisi par l'OMS. Alors que "Nu" et "Xi" étaient les deux noms possibles attendus pour nommer le nouveau variant Sars-CoV-2 d'abord découvert en Afrique du Sud et dans un premier temps appelé B.1.1.529, l'organisation a surpris avec le nom Omicron. Mais cette décision ne doit rien au hasard».

On ne peut imaginer un étiquetage de tous les variants, avec un virus aussi variable que le SARS-COV-2 tous les individus sont des variants. Ceux “à suivre” et “préoccupants” sont à la fois ceux qui ont une variation estimée significative non parce qu'elle l'est assurément mais parce qu'elle se situe dans une des parties de son génome testées pour déterminer si on est contaminé, et dont on sait ou dont on suppose qu'ils sont particulièrement virulents ou contaminants. Si un variant n'appartient pas à la première classe il ne sera pas déterminé comme “à suivre” ni comme “préoccupant” puisque non identifié en tant que variant. Vous aurez j'espère relevé le caractère orwellien de cette omission de deux lettres du fait de leur nom, c'est de la pure novlangue: un mot devient indésirable? On élimine. Ça ne changera rien à la réalité effective mais au moins les “décideurs” s'assureront de ne pas être eux-mêmes offensés par la crudité de la réalité linguistique. C'est ainsi: quand on veut changer la réalité, celle effective, observable, on a peu de chances d'y réussir beaucoup ni longtemps, alors on change la langue en espérant que ça changera la réalité...

Vous aurez remarqué je suppose (enfin, j'espère) ce passage assez curieux:

«Alors que "Nu" et "Xi" étaient les deux noms possibles attendus pour nommer le nouveau variant [...]».

Mis en exergue par Ma Pomme. Il y avait un seul “nom possible” dans la logique de l'étiquetage alphabétique, “nu”, qui vient après “mu” et avant “xi”. Cela dit, le passage qui m'égaie le plus est la dernière phrase: «Mais cette décision ne doit rien au hasard». Bien sûr qu'elle doit tout au hasard, tenant compte de ce que le hasard n'existe pas en soi. Pour le redire, opter pour un étiquetage reprenant les noms des lettres de l'alphabet grec à partir de cette prémisse de très faible pertinence, ne pas offenser tout groupe susceptible de se considérer offensé, c'est faire un mauvais choix, mais n'importe quel autre choix aurait été mauvais si on prend cette prémisse au sérieux. Et c'est par pur hasard, la rencontre d'au moins une personne les estimant “susceptibles d'offenser” – elle-même en tant qu'anglophone et elle-même en tant que personne vigilante à n'offenser aucun dirigeant politique de poids – avec un de ces noms, puis un second, qu'ils sont sortis de la liste. Ma plaisanterie sur “êta” montre que les responsables de l'OMS, ou du moins de sa communication,  ne sont pas des francophones accomplis ni des connaisseurs de l'Histoire de l'Espagne, ou se fichent de prendre le risque d'offenser la France ou l'Espagne. Ou la Grèce bien sûr, cela dès le départ.

Pourquoi “omicron”? Aucune bonne raison évidente. En revanche son apparition permet à la fois de vérifier de nouveau qu'on n'est pas trop bien informés par les entreprises de médias – eh! Qu'en est-il du caractère “préoccupant” ou non de tous les variants omis par elles, de “epsilon” à “mu”? –, et que les anticipations sur une base purement verbale ont toutes chances d'être contredites par la réalité effective, qui se plie rarement à ces types d'anticipations.

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