Le Doigt de Dieu.

Un court extrait du long texte en cours de rédaction «Communautés». Extrait qui risque fort de ne pas me faire que des amis chez les cul-bénits et les militants de la «théorie du genre» – je veux dire, ceux qui racontent qu'il existe une telle théorie, ce en quoi ils n'ont pas tort, puisqu'ils ont une théorie concernant “le genre”. Pas que des amis...

Le premier paragraphe et le début du second n'ont qu'un rapport indirect au propos principal, je les publie ici pour donner le contexte, ils expliquent le pourquoi de la toute fin de ce passage. Bonne lecture!


Donc, un homme nommé Kevin. Ou Brian. Ou Jésus. Je ne vais pas détailler, s'il est un sujet bateau c'est bien celui de la Vie de Kevin, ou Brian, ou Jésus, et une question bateau, celle-là, un homme? Nommé Kevin? C'était pas de lui mais Jésus aussi aurait pu dire, «Mon nom est personne». D'un sens il l'a dit ou on lui prête cette parole: en se présentant à la fois comme fils de Dieu et fils de l'homme il se disait fils de personne et fils de tout le monde. La réponse à la question qui torture depuis des siècles les méninges des propagandistes de Dieu, ceux de César, ceux de Dieu-César, ceux de César-Dieu et ceux de Monsieur-Tout-Le-Monde est assez évidente si on considère le texte du Nouveau Testament comme un seul message, et un message non contradictoire, si je suis fils de Dieu et fils de l'homme et si nous sommes tous frères et sommes tous fils de Dieu alors nous sommes tous et chacun Dieu. Et hommes.

Les temps ont changé, remplacez homme par humain, frère par adelphe (je le rappelle, les adelphes sont tous les enfants d'un même parent), fils par enfant et Dieu par ce que vous voulez qui correspond dans votre propre dogmatique à “ce qui nous fait adelphes”, genre la Démocratie ou l'Humanité ou la Pacha Mama, ou Le Petit Lutin Vert, ou l'Inconnaissable, ça marche aussi bien et c'est nettement plus fédérateur, «nous ne sommes plus ni hommes ni femmes» disait l'autre, donc nous sommes adelphes. Genre, le genre c'est has been. Genre, c'est quoi un homme? Une femme avec un godemiché qui se dope à la testostérone. Je développerais bien ce dernier point, auquel je réfléchis de longue date, de manière moins truculente et plus argumentée cela dit, rapport à une émission récente de France Culture (vous l'auriez deviné je pense...) qui discute entre autres du mode de reproduction des fourmis. Je vous conseille l'écoute de cette émission où l'on apprend beaucoup de choses pas banales. Pour faire bref sur cet aspect de la reproduction, toutes les fourmis disposent du même patrimoine génétique; celles les plus ordinaires sont diploïdes, non ailées et non reproductrices, genre “neutres”; les deux ensembles de gènes sont exactement les mêmes; certaines, rares, sont ailées; les unes sont diploïdes, les autres haploïdes (disposent d'une seule copie des gènes); celles diploïdes ont un organe sexuel interne, celles haploïdes un organe sexuel externe; les unes et les autres portent des cellules germinatives haploïdes, les fourmis haploïdes transfèrent leurs cellules germinatives à l'intérieur de l'organe sexuel des diploïdes au moyen de leur organe sexuel; la fusion d'une des cellules haploïdes germinatives issues de la fourmi haploïde avec l'une des cellules haploïdes de celle diploïde forment la cellule diploïde initiale d'une future fourmi diploïde, sinon que de loin en loin l'une des copies de gènes de l'une de ces cellules, que dire? Est supprimée, disons ça – que la cellule est in fine haploïde mais fut à un moment diploïde et “germinera” pour donner une fourmi ailée haploïde à organe sexuel externe. Vu que toutes sont nées d'un même individu, toutes ont strictement le même patrimoine, et quand je dis toutes c'est toutes: la première haploïde mentionnée a strictement le même patrimoine que la diploïde chez qui elle transfère ses cellules germinatives. Bon, c'est moins bref qu'escompté. Je conclus rapidement.

Si vous écoutez cette émission, ce que de nouveau je vous conseille, vous constaterez qu'on y use abondamment, et pas seulement dans la partie sur cette curieuse méthode de reproduction, de deux termes que j'ai pris soin de ne pas utiliser, ceux de “mâles” et de “femelles”, mais qu'en revanche on n'utilise pas celui dont j'use, “neutres”: les fourmis diploïdes non ailées sont non reproductrices non parce qu'elles ne le veulent pas mais parce qu'elles ne le peuvent pas, ce ne sont pas des nonnes, des “femelles qui font vœu de chasteté”, ce sont des “eunuques”, incapables de reproduction; pas des eunuques à la papa, des à la moderne, on “coupe les voies” mais on préserve les organes, du fait, chez certaines espèces de fourmis on peut, quand les circonstances le veulent (manque de les reproductrices diploïdes et indisponibilité de larves potentiellement reproductrices), réactiver la capacité reproductrice de certaines diploïdes non reproductrices. En un sens elles sont “femelles” puisque diploïdes: si on manque de fourmis haploïdes ça ne sert à rien de réactiver celles diploïdes parce qu'on n'en fera jamais des individus à organe sexuel externe. Mais réputer “femelle” un individu “reproductivement neutre” c'est curieux. Tout ça donne à penser: une fourmi “mâle” ça ressemble beaucoup à quelque chose comme une fourmi “femelle” mal finie avec des cellules germinatives peu développées, pourvue d'un godemiché et dopée à l'hormone qui correspond à la testostérone chez les fourmis.

Ma réflexion ancienne portait sur deux cas, les humains et les pucerons. Qu'est-ce qu'un homme? Un individu qui a le même patrimoine génétique qu'une femme à l'exception d'un des gènes légèrement atrophié. Une sorte de femelle pas bien finie. Les pucerons, ou les punaises, je ne sais plus, les punaises il me semble – celles des bois, pas celles des lits –, oui c'est ça, les punaises... Donc, les punaises se répartissent en deux classes, les punaises “mâles” et “femelles”; là aussi la différence se fait sur la conformation de l'organe sexuel, externes chez les “mâles”, interne chez les“femelles”; les punaises “mâles” sont des baiseuses folles, elles baisent tout ce qui ressemble à une punaise sans s'interroger sur son sexe et sans chercher un orifice “genre organe sexuel interne”, elles ont un sexe perforant et perforent n'importe qui n'importe où; si elles perforent une punaise “mâle” dans le dos (pas manière de dire, strictement dans le dos), elle va développer quelque chose comme un organe reproducteur “femelle” à cet endroit, autour des cellules germinatives “mâles”, et quelques temps plus tard fabriquer des œufs.

Je cause de ça pour deux raisons. Si les détracteurs de ce qu'ils nomment la “théorie du genre” (soit précisé, les seuls théoriciens du genre que je connais sont les extrémistes des deux bords, les acharnés de la subdivision des comportements sexuels en “genres” hypothétiquement déterminés par les gènes, et les acharnés de la détermination du genre par le “sexe biologique”, «on ne devient pas femme, on le naît», les généralistes des études de genre ont des hypothèses mais non des théories, ils s'interrogent) s'intéressaient un peu plus aux multiples cas où les schémas reproductifs s'affranchissent des distinctions de genre, y compris parmi les espèces “sexuellement déterminées” et y compris parmi les vertébrés, peut-être seraient-ils moins tranchants. Et parmi les vertébrés, il y a des cas d'Immaculée Conception mais dans tous les cas ce sont des femelles qui sont engendrées, parce que chez les vertébrés comme chez les fourmis, tous les individus diploïdes disposant de deux copies semblables sont des femelles. Pour être clair, si l'Immaculée Conception est un fait, alors Jésus était une femme, et si Jésus était un homme, alors “le Doigt de Dieu” est un euphémisme.



En complément de l'introduction, je ne suis pas plus certain de ne me faire que des amis chez les bouffeurs de curés et les détracteurs des détracteurs de la supposée théorie du genre, ma fréquentation assidue des humains me fait considérer que sur certains sujets on a plus vite fait de se trouver des ennemis que des amis...

Et au fait! Si nous sommes tous enfants d'un même parent, on peut supposer que quelque part dans le coin devait traîner un truc genre “mâle”, mais comme le savent les Juifs, on a un seul parent de certain, donc si nous avons tous un même parent, alors Dieu est une femme.

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