334.

C'est le titre d'un roman de Thomas M. Disch, et le numéro d'ordre de ce billet, premier surnuméraire de ce blog. Un excellent roman, comme le plus souvent avec cet auteur dans sa première période, de mon point de vue.

Qui n'est qu'un point de vue. Dans sa deuxième période Thomas Disch s'est orienté vers le fantastique, un type de littérature qui m'intéresse moins que ce qu'il pratiquait dans sa première période, de la science-fiction du genre qu'on nommait speculative fiction dans les années 1965 à 1985 en gros, pas moins “scientifique” que celle des années antérieures mais plus tournée vers les sciences humaines que celle exactes et que la techno-science. Non que c'eut été aussi nouveau que ça, beaucoup d'auteurs de la période dite classique (en gros, de 1930 à 1960), tels Bradbury, Van Vogt, Sturgeon, Dick, Silverberg, Farmer, Vance, etc., avaient une approche plutôt humaniste ou philosophique et la partie “hard science” était un décor plus qu'autre chose, si même elle faisait partie du décor (chez Bradbury et Sturgeon notamment, les sciences exactes et la techno-science apparaissent assez rarement).

J'ai tendance à considérer que la littérature dite de science-fiction est la meilleure mais là encore c'est un point de vue, une opinion, simplement celle ci me convient le mieux parmi les littératures de fiction, si je la considère objectivement il y a autant d'œuvres d'intérêt modéré ou nul dans ce domaine que dans tous les autres, beaucoup plus de tâcherons que d'inventeurs, mais de fait j'ai plus d'indulgence pour les tâcherons de la science-fiction que ceux d'autres genres, ceux du roman policier, psychologique, d'espionnage, d'aventure, réaliste, fantastique, etc. Je n'ai pas plus d'indulgence pour ce qui m'apparaît de piètre qualité dans ce domaine mais là encore c'est une opinion. Enfin, pas entièrement: dans ce domaine comme dans d'autres il existe des récits dont on peut dire que ni par leur sujet ni par leur forme il n'apportent quoi que ce soit à la littérature. Je peux comprendre qu'on apprécie ce genre de récits mais par le fait c'est de piètre qualité et pour mon compte je les évite. En tout cas, je vous conseille la lecture de 334, un excellent bouquin à mon avis. Assez étrangement dans l'article de la Wikipédia francophone il est classé parmi les «recueils et anthologies», alors qu'il figure bien parmi les romans dans celui anglophone. Pour avoir une idée de son thème et de sa structure, voir l'article anglophone «334 (novel)». Probablement le classement dans l'article francophone découle du fait que le roman comporte six récits, ce qui prouve simplement que les rédacteurs de l'article ne savent pas ce qu'est un roman choral, pratique déjà ancienne pourtant... Quoique, dans ce cas on parlerait plutôt de roman “multifocal”, dans chaque récit on a un narrateur omniscient mais la focalisation change, dans le tout dernier on a même une variation de focale au cours de la narration. Il y a aussi le fait que les divers récits furent publiés séparément dans des revues entre 1967 et 1973 mais c'est une pratique assez courante en science-fiction que de prépublier un roman par parties dans des revues, et pas nécessairement en feuilleton quand ces parties ont une certaine autonomie.

J'avais idée de parler de quelque chose en initiant ce billet mais je ne sais plus quoi. Du coup, ça ne sera rien de plus que le premier billet en surnombre, le premier au-delà du trois cent trente troisième billet. Rédaction achevée le 26 décembre 2019 vers 13h30, heure française d'hiver


Pour conclure sur cette question, mon intérêt envers la science-fiction, la SF, tient au fait que ce n'est pas proprement une littérature de genre, il y a de la SF mainstream, policière, de thriller, de la SF philosophique, poétique, fantastique, érotique, pornographique, épique, lyrique, même de la SF scientifique – je veux dire, des romans et nouvelles de science-fiction qui constituent une version romancée de considérations d'ordre scientifique. Comme toute œuvre de l'esprit la SF parle de la réalité mais dans un abord décalé, selon le schéma classique du conte on y propose une représentation abstraite de la réalité, spécialement sociale, des modèles de comportements plutôt qu'une tentative, souvent vaine, de description de la réalité effective.


J'avais dans l'idée de continuer cette discussion mais je remets à plus tard parce que je compte éditer incessamment le billet numéroté 338 et que celui-ci explique le pourquoi de ces numéros – ce qui laisse deviner qu'il y a au moins trois autres billets en cours...

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