La faille de sécurité, un fait ontologique.

Y a-t-il une “intelligence artificielle”? La chose est discutable. En tout cas, si elle existe, nécessairement elle est faillible, intrinsèquement, alors que l'inintelligence artificielle ne le devient que par l"usure.

Brouillon daté du 20/06/2019 16:30

Je suis parfois très affirmatif, très tranchant même, sans avoir autant de certitude que je le donne à croire. Pour exemple, il m'est arrivé de postuler que l'intelligence artificielle “ça n'existe pas”, ou alors il faudrait considérer que toute intelligence l'est. Or, on peut le considérer ainsi. Je pointais avec cette affirmation non strictement le concept mais le sentiment associé à ce syntagme, celui de “l'autonomie intellectuelle” des “machines intelligentes”. Il peut y avoir, et en général il y a “de l'intelligence” dans un outil, dans n'importe quel outil, au moins celle de son concepteur, souvent mais pas toujours celle de son utilisateur – on ne sollicite pas l'intelligence d'un utilisateur passif d'outil, nul besoin que le détenteur d'un système automatique autonome mobilise une partie de son intelligence pour qu'il fonctionne, par contre son créateur et son installateur y auront mis “de l'intelligence”, la leur. Il ne s'agit pas bien sûr de l'intelligence spéculative, la capacité de réflexion et d'imagination, mais de l'intelligence effective, la capacité de discernement et d'action. Une machine dite intelligente comporte aussi de l'intelligence spéculative mais limitée et importée, non la sienne propre mais celle de ses concepteurs, la plus grande part de ce type d'intelligence qui s'y intègre est produite par ses utilisateurs: si presque tout le monde peut utiliser un ordinateur (il y a des limites physiologiques et, disons, intellectuelles, en-deçà desquelles ça devient impossible, on ne cesse de les réduire mais elles existeront toujours) mais avec un niveau variable d'efficacité, de ce fait il sera plus ou moins “intelligent” selon son utilisateur – à considérer que le “niveau d'intelligence” de l'ordinateur ne dépend pas du “niveau d'intelligence” de ses utilisateurs mais de leur familiarité avec le substrat informatique qui permet de lui en transférer, même le plus intelligent des humains aura un ordinateur de peu d'intelligence s'il est peu familier avec ces instruments et en a une faible utilisation. Pour exemple, quelqu'un comme Alain Finkielkraut perçoit les ordinateurs comme “inintelligents” parce qu'il est lui-même, et il l'admet, assez peu en capacité de les utiliser, par réticence envers le travail à entreprendre pour en devenir un usager efficace. Sans poursuivre sur son cas, il a aussi tendance à croire que les utilisateurs réguliers des ordinateurs ont peu d'intelligence, parce qu'il a tendance à croire à la “convergence intellectuelle” entre les objets et les êtres: de son point de vue, “il y a de l'intelligence dans les livres”, ce qui n'est pas faux, mais il est comme vous et moi, assez animiste, et semble croire que les livres ont une intelligence intrinsèque, et active, qu'ils transfèrent à leurs utilisateurs – pour l'avoir constaté, je puis certifier que l'intelligence des livres réside dans l'utilisateur, non dans l'objet. Comme Finkielkraut se méfie des ordinateurs, il n'a jamais été en situation de constater qu'avec eux il en va de même.

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