Empreinte écologique à la Zazie.

Pour éviter de me faire dire dès le titre de ce billet que je suis vulgaire. Les personnes qui auront songé non à la chanteuse mais au personnage de roman puis de film auront compris je suppose: empreinte écologique, mon cul! Ça ne concerne pas la notion même mais son usage public.

C'est à discuter, cet usage, à discuter beaucoup, vraiment beaucoup. Il m'arrive souvent de le préciser, presque tout ce que j'écris constitue de simples bases de réflexion, il n'y a que quelques rares textes d'humeurs ou d'humour qui sont parfois des “réponses”, le reste pose des questions sur lesquelles j'ai parfois quelques pistes mais pas de réponse. Donc, deux pistes sur cette question d'empreinte écologique, précisément sur celle de sa réduction. Je viens d'entendre sur ma radio – France Culture, quand je dis “ma” radio, c'est toujours celle-là – une émission qui m'a donné ces deux pistes.

Vers la fin de l'émission, un intervenant explique que les “GAFAM” investissent massivement dans “l'énergie verte” et localisent leurs “data center” très gros consommateurs d'énergie électrique et conséquemment, très gros émetteurs d'énergie sous sa forme calorifique, près des pôles, ce qui les refroidirait “naturellement”, pour «réduire leur empreinte écologique». Déplacer le problème ne le réduit pas: réduire son empreinte écologique ce n'est pas utiliser une énergie “propre” et avoir un refroidissement “naturel” mais réduire sa consommation d'énergie et réduire l'échauffement consécutif. La fonte de la banquise indique assez clairement je pense que “déplacer le problème vers les pôles” n'est pas vraiment ce qu'on peut nommer une solution...

Vers la fin aussi, le même intervenant ou un autre, question voix et question discours je les distinguais mal, expliquait une chose vraie: si on pose de plus en plus de câbles intercontinentaux de transfert d'énergie électrique ou électromagnétique (de ”lumière”) pour le transport d'information c'est parce que les utilisateurs d'Internet ont de plus en plus “besoin” (en réalité, de plus en plus envie) de “bande passante“ (une manière aimable de dire, de consommation d'énergie) parce qu'ils accèdent à des données massives – des films notamment – de plus en plus souvent et longtemps. Deux aspects, celui de la consommation collective d'un bien collectif de manière “solitaire”, dit autrement, faire la même chose en même temps avec le même objet mais chacun chez soi, regarder “librement” tous la même série au même moment, et celui de la “surconsommation”, non au sens de consommer toujours plus de choses mais de consommer une chose de manière disproportionnée. Les films justement sont un bon exemple: quel que soit le terminal utilisé, un épisode de telle série qu'il faut AB-SO-LU-MENT visualiser (“voir” serait un mot exagéré ici) occupe la même bande passante, consomme la même énergie; la visualiser sur sa tablette ou son smartphone réduit sa qualité visuelle au quart ou au dixième de celle initiale; conclusion, la plupart des visualiseurs se font livrer un livre au format A1 ou A2 pour le réduire au format A5 et jeter le reste.

Je ne veux pas faire de morale, chacun est libre de ses choix, je me demande simplement si en ces cas ce sont des choix libres, ou si même ce sont des choix: quand on fait sans savoir, fait-on des choix et du moins en est-on libre? J'ai ma réponse, qui ne vaut que pour moi.

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