À l'écoute du monde et des faits (partiel).

Republication partielle, donc, d'une page où je commentais des “brèves” entre décembre 2002 et juillet 2006. En rapport (partiel aussi) au «tract de crise» rédigé par Claire Chazal.

 Pour référence: «Tracts de crise: Information de crise (Claire Chazal)».


  • Devancé par l'actualité…
    11/03/2005

    Ce matin, lisant des articles et écoutant des informations sur le thème fédérateur et prévisible «un an déjà !» (mais oui ! Cette brève est en date du 11 mars 2005), je me dis tiens, tu devrais faire un petit texte sur cette question cruciale: pour le 11 mars, combien de minutes ? En bavassant sur le fait qu'au rythme où vont les choses, vers 2012 on aurait droit à l'heure de silence. Et ça n'a pas manqué: le 11 septembre 2002, on avait eu droit aux deux minutes; l'an dernier déjà, le Parlement européen requérait trois minutes de silence; cette année, plus que de ne pouvoir faire moins, on se devait de faire plus; ça ne manqua pas: cinq minutes, et en outre, obligatoires en Espagne (décidées par arrêtés municipaux). Je ne puis croire que les États-Unis en resteront là, c'est une question d'honneur ! Pour le quatrième anniversaire du onze-neuf, j'escompte les dix minutes… Ou non: plutôt que dix minutes de silence, cinq minutes de pleurs et de cris déchirants !

  • L'information va de plus en plus vite…
    01/10/2005

    En son temps, j'avais écrit quelque chose là-dessus, dans la critique d'une «chronique du médiateur» (celui du journal Le Monde) où il expliquait que de temps à autres se glissaient des erreurs dans son journal «parce que les pages d’actualité du quotidien se fabriquent de plus en plus vite, [et] les correcteurs n’ont pas le temps de relire l’ensemble des articles»[1]. Factuellement, «l'actualité» va à la même vitesse en ce samedi 1° octobre 2005 qu'il y a dix, trente ou cent ans: à la vitesse de 24 heures par jour. En revanche, le traitement de cette «actualité» a beaucoup changé: il y a trente ou quarante ans de ça, quand deux parties en conflit se mettaient autour d'une table pour tenter de trouver une solution, nul n'envisageait qu'un résultat concret et durable ne sorte de ces pourparlers avant plusieurs mois, sinon plusieurs années; au mieux, on escomptait un cessez-le-feu assez rapide et peut-être durable, prélude à de vraies négociations, avec plusieurs phases de discussions, avec quelques petites avancées entrecoupées par des reculs… Or, avec les années, il y eut ceci de curieux: sur le terrain les choses se passent toujours de la même manière, mais les médias ont pris l'habitude de considérer qu'une réunion «de paix» doit immanquablement déboucher sur une solution quand les négociateurs auront quitté la table. Et bien sûr, ça n'arrive jamais. Du coup, trois ou quatre semaines après, ils en tirent la conclusion que «la négociation a échoué» et que «la situation est inchangée». Ce qui est généralement faux: il y a eu des petites avancées et, le plus souvent, les choses sont, sinon mieux, en tous les cas moins pires après qu'avant.
    Pourquoi je vous raconte cela? Parce que ça se relie aux «brèves» numérotées 3, 7, 11 et 13. La dernière peut sembler déceptive, car dans le dernier alinéa j'y écris: «Pas un mois qui ne nous apprenne qu'incessamment sous peu la paix va régner ici ou là, et quinze jours ou un mois après, on apprend que finalement, au mieux rien n'a changé, souvent ça s'est dégradé». Mais ce n'est pas mon opinion, c'est celle qu'on lit ou entend de la part des médiateurs. Bien sûr, je constate que dans certains cas il y a effectivement aggravation, mais le plus souvent, il y a une amélioration par rapport à la situation avant les négociations.
    Voici comment se constitue la perception déceptive des médiateurs: lorsque les parties au conflit décident de négocier la crise est généralement au plus haut; alentour de ces premiers pourpalers il y a une nette amélioration sur le terrain, justement liée au fait de la négociation; assez vite après, la situation se dégrade de nouveau. On a donc ce schéma: à «négo - 1 semaine», on en est à 8 sur l'échelle de gravité des conflits; de «négo» à «négo + 3 semaines» on retombe à 3 sur cette échelle; à «négo + 9 semaines» on remonte à 5. Relativement à «négo+3» la situation est pire, à «négo+9»; mais relativement à «négo-1» elle est meilleure. Mais, de même que l'information «va de plus en plus vite», la mémoire «va de moins en moins loin»: le commentateur pressé ne prend pas en compte l'ensemble de la situation, des prémisses du conflit jusqu'à la situation actuelle, mais la seule part qui va depuis le dernier «pic», le dernier fait saillant. En l'occurence, ce pic se situe à la période des négociations, ce qui masque, pour notre commentateur pressé, que loin d'être passé de 3 à 5 sur l'échelle de gravité des conflits, on est passé de 8 à 5 relativement au pire moment… Et en outre, on n'alla jamais au-delà de ce degré 5 depuis.
    Les «brèves» 3, 7 et 11 concernent deux événements plus un «non-événement» dont on peut avoir deux perceptions: celle au jour le jour et à court terme (celle de «l'actualité») est: «ça ne s'arrange pas», voire «ça empire»; celle en extension et à long terme est: en ce 01/10/2005, la situation dans ces trois conflits est moins pire, voire (Moyen-Orient) meilleure qu'au pire moment, et même moins pire que lors du dernier «pic négatif» (e.g.: lors du dernier «plus haut» de l'échelle de gravité des conflits).
    Bref, la question pertinente, celle dont devraient nous informer les médias, n'est pas de savoir si, occasionnellement, il se passe dez choses «graves» ici ou là – à coup sûr, il y a des conflits dans les zones de conflits… – mais si, sur le long terme, les choses semblent s'orienter vers une solution admissible pour les diverses parties. Or, dans ma perception, si en Côte-d'Ivoire ça ne progresse guère, au Soudan et surtout au Moyen-Orient, ça va plutôt dans le bon sens. Mais ne faites pas comme nos médiateurs et n'espérez pas d'un conflit qui a sa source des années, des décennies ou des siècles en arrière qu'il se règlera dès demain matin…

    [1] Incidemment, j'y faisais cette remarque: Le Monde a 23 correcteurs (du moins en avait-il ce nombre lors de cette «médiation»); si au heures de travail le tiers est en action, le quotidien comportant en général de 32 à 48 pages, chacun doit s'occuper d'entre 4 et 6 pages; plus de la moitié du journal comporte des pages «non actuelles» (rubriques, articles de fond, chroniques, publicité, etc.), donc au pire quatre pages par correcteur actif sur environ 12 heures, ou une page à corriger sur trois heures. Bref, «la vitesse de l'actualité» a bon dos. Je faisais aussi cette remarque, partant d'ailleurs de ce que rappelait Robert Solé dans sa chronique: aux temps de l'offset, Le Monde avait trois éditions par jour et bien moins de coquilles, cuirs et incorrections. Ça laisse à penser quant à la «vitesse de l'actualité» et à son incidence sur la qualité de la correction…

  • À force de courir après l'information on finit par la dépasser…
    23/10/2005 - 20:59

    Je le disais juste avant, le médiateur du Monde écrivit un jour que «les pages d’actualité du quotidien se fabriquent de plus en plus vite […]»; et comme il ne l'écrivit pas, les journalistes sont si occupés à lui courir après qu'ils finissent par dépasser “l'actualité” sans s'en rendre compte. Lisant l'accroche de la page http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3212,36-702558@51-702559,0.html publiée sur son site par le quotidien, j'ai pensé: elle va disparaître, remplacée par un titre plus réaliste. Cette accroche était à-peu-près: «Crash d'un avion nigérian: au moins la moitié des passagers aurait survécu». Si ce n'était cela terme à terme du moins je suis certain des mots “au moins la moitié” et “survécu”. Je dois être idiot car je ne crois pas aux miracles: je n'imaginais pas qu'il y aurait des survivants dans ce “crash”. Et il n'y en eut pas. Voici donc, pour mémoire, les deux versions de cet article qui subit une «révision historique» (façon stalinienne) expresse. Ce qui fera de cette «brève» une «brève» exceptionnellement longue…

    Le Monde / International
    Crash d'un avion nigérian avec 114 personnes à bord
    Inespéré, plus de la moitié des 116 passagers du vol Lagos-Abuja écrasé samedi peu après son décollage auraient survécu à la catastrophe. C'est ce qu'a annoncéle porte-parole du gouvernement de l'Etat d'Oyo, où les débris de l'avion ont été retrouvés. "Les services d'urgence dans l'Etat ont été mobilisés", a ajouté la même source. Selon a porte-parole de l'organisation régionale, Adrienne Diop, des responsables de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'ouest (CEDEAO) se trouvaient à bord de l'avion mais elle ne précise pas s'il font partie des rescapés.
    SANS NOUVELLE DEPUIS SAMEDI SOIR
    L'appareil, un Boeing 737 de la compagnie privée Bellview Airlines assurant la liaison de Lagos, la capitale économique du pays, à Abuja, sa capitale administrative, avait décollé à 22 h 50 (heure française) samedi et on était sans nouvelle depuis.
    Selon les autorités aéroportuaires, l'avion avait disparu des radars au dessus de l'Atlantique peu après avoir décollé et avoir effectué une courbe au sud de la ville portuaire de Lagos pour prendre la direction du nord au dessus des terres. Dans un premier temps, les responsables ont suggéré que l'appareil avait pu s'abîmer en mer.
    Des hélicoptères ont été envoyés à la recherche de l'avion et des passagers dans les zones maritimes puis vers la terre ferme. Un officiel de l'administration maritime nigériane Tidjani Bako a indiqué à l'AFP que les recherches se concentraient dimanche dans un secteur entre les villes d'Ibadan et d'Ilorin, à 100 km au nord-est de Lagos. "Je ne pense pas que quiconque ait pu survivre si l'avion s'est écrasé sur la terre ferme", a-t-il souligné.
    BELLVIEW UNE COMPAGNIE PROFESSIONNELLE
    Des diplomates ont indiqué avoir été mis au courant de la disparition de l'avion mais étaient incapables de dire si des étrangers se trouvaient à bord. Le Nigéria a été le théâtre de nombreuses catastrophes aériennes, dont une en mai 2002 qui avait vu un avion de ligne s'écraser sur l'aéroport de Kano (nord) faisant 149 morts, dont les 115 personnes se trouvant à bord.
    Le 6 juillet 2005, un Airbus A330 de la compagnie Air France s'était trouvé au moment de son atterrissage à Port-Harcourt (sud) au-dessus d'un troupeau de vaches sur la piste et avait heurté l'un des ruminants. Bellview Airlines est une compagnie aérienne privée assurant des vols à l'intérieur du Nigeria et en Afrique de l'Ouest. De nombreux hommes d'affaires internationaux et des diplomates empruntent la ligne entre Lagos et Abuja.
    Plusieurs compagnies privées aériennes du Nigeria sont considérées comme peu sûres par les voyageurs étrangers. Bellview Airlines avait cependant la réputation d'être dirigée professionnellement et d'offrir des conditions de sécurité satisfaisantes.
    Avec AFP, Reuters
    LEMONDE.FR | 23.10.05 | 09h35 ♦ Mis à jour le 23.10.05 | 13h06

    Le Monde / International
    Aucun survivant dans le crash d'un Boeing 737 au Nigeria
     L es 111 passagers et six membres d'équipage du vol 210 de la compagnie nigériane Bellview Airlines ont tous péri samedi soir dans l'accident du Boeing 737 qui s'est écrasé près de Lagos peu après son décollage, a indiqué dimanche un porte-parole de l'Agence fédérale nigériane pour la gestion des urgence (NEMA).
    "Nous nous sommes rendus sur les lieux de la catastrophe. C'est un terrible accident", a déclaré à l'AFP le secrétaire général de la Croix Rouge du Nigeria, Abiodun Orebiyi. "L'avion est en miettes. Il y a des morceaux de corps partout. Il est très difficile d'identifier les morts. C'est terrible, très tragique", a-t-il ajouté. Selon lui "des maisons ont été soufflées par l'explosion causée par la chute de l'appareil" et des habitants ont été très légèrement blessés.
    Selon le porte-parole de la NEMA, Ibrahim Farinloye, l'impact au sol a dû être à grande vitesse car l'épave de l'avion "était complètement enterrée".
    ANNONCES CONTRADICTOIRES
    Une certaine confusion a entouré toute la journée de dimanche le lieu et le bilan de l'accident du Boeing 737 qui avait décollé de Lagos samedi soir pour Abuja, la capitale.
    Des sources officielles avaient d'abord situé l'épave de l'avion à 400 km au nord de Lagos, mais M. Orebiyi a finalement indiqué que le Boeing 737 s'était écrasé près de la ville d'Otta, juste au nord de Lagos.
    Le vol 210 de la Bell view Airlines avait décollé samedi à 19 h 50 heure locales(20 h 50 à Paris) de Lagos, capitale économique du pays, pour Abuja, la capitale administrative avec 117 personnes à bord dont six membres d'équipage. Quelques minutes plus tard, il avait disparu des écrans radar. "Nous avons perdu contact trois minutes après le décollage", a précisé dimanche un responsable de Bellview à l'aéroport de Lagos. Les raisons de la chute de l'appareil sont encore inconnues.
    Selon les autorités aéroportuaires, l'avion a disparu des radars au dessus de l'Atlantique peu après avoir décollé et effectué un virage au sud du port de Lagos pour prendre la direction du nord au dessus des terres. La porte-parole de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cedeao), Adrienne Diop, a de son côté indiqué que des responsables de l'organisation régionale se trouvaient à bord : "Nous sommes en train de prévenir les familles.", a-t-elle déclaré.
    Des premières informations avaient fait croire que l'appareil avait pu s'abîmer en mer et du coup les autorités avaient envoyé des hélicoptères au dessus de l'océan pour entamer des recherches.Ce n'est que de longues heures plus tard que l'appareil a été localisé sur la terre ferme.Dans un communiqué le président nigérian Olusegun Obasanjo a indiqué avoir appris la nouvelle de la catastrophe avec "une immense tristesse".
    Bellview Airlines est une compagnie aérienne privée assurant des vols à l'intérieur du Nigeria et en Afrique de l'Ouest. De nombreux hommes d'affaires internationaux et des diplomates empruntent régulièrement la ligne entre Lagos et Abuja. Plusieurs compagnies privées aériennes du Nigeria sont considérées comme peu sûres par les voyageurs étrangers. Bellview Airlines est en revanche considérée comme offrant des conditions de sécurité satisfaisantes.
    Le Nigeria a été le théâtre de nombreuses catastrophes aériennes, dont une en mai 2002 qui avait vu un avion de ligne s'écraser sur l'aéroport de Kano faisant 149 morts, dont les 115 personnes se trouvant à bord.
    Avec AFP
    LEMONDE.FR | 23.10.05 | 09h35 ♦ Mis à jour le 23.10.05 | 19h13

 

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