COVID-19: l'impossible vaccin?

Je suis comme vous, je n'ai pas la science infuse. Par contre je m'informe, et là je ne suis pas sûr que nous nous ressemblions.

J'ai pas mal de distance avec l'usage des nombres en tant qu'instruments de régulation sociale mais non en tant qu'instruments d'information, de ce fait je nous vois, nous autres humains, comme des objets statistiques. Et statistiquement il y a bien plus d'humains qui ne savent ou ne veulent pas s'informer que d'humains qui savent et veulent le faire, notamment en ce qui concerne le savoir scientifique, raison pourquoi je ne suis pas certain que vous ayez des informations fiables sur ce sujet, les coronavirus. Ceux qui nous intéressent le plus, les coronavirus susceptibles d'infecter les humains, ont tous des caractéristiques communes qui les rendent “ubiquistes”, comme on dit dans le jargon des spécialistes, c'est-à-dire qu'ils se diversifient beaucoup, ont un patrimoine génétique très variable, et en outre échangent du matériel génétique entre sous-groupes d"une espèce et entre espèces, bref, ce sont de très mauvais candidats pour développer un vaccin, lequel requiert une certaine stabilité des espèces pour être fonctionnel. Ce ne sont pas les seuls virus qui posent de tels problèmes, à un moindre niveau les virus causes de la grippe ont une certaine variabilité et pour certaines espèces une variabilité certaine, ce qui explique pourquoi on doit se vacciner tous les ans: chaque année, la nouvelle souche diffère de la précédente. Et bien sûr il y a le cas du VIH, cause du SIDA, dont l'ubiquité a jusqu'ici empêché le développement d'un vaccin.

Les coronavirus c'est plus simple, ils sont incroyablement mobiles au point de vue génétique, en tout cas ceux qui sont cause tous les ans d'une bonne part des rhumes saisonniers touchant les humains, et jusqu'ici on n'a jamais pu élaborer de vaccins contre eux. Ils sont même tellement mobiles qu'ils sont d'un rare opportunisme. Voici ce qu'on peut lire dans l'article consultable sur cette page:

«En dehors des civettes masquées et des chauves-souris, d’autres animaux ont été testés (29 espèces différentes, 13 familles, huit ordres, deux classes), et certains (sept espèces) ont été trouvés porteurs du virus dans certaines circonstances. Les essais d’infection expérimentales, en vue d’obtenir des modèles, notamment pour le développement de vaccins, ont montré que de nombreux mammifères supportaient la réplication du SARS-CoV (singes, chats, furets, souris, porcs, cobayes, hamsters), cependant, la transmission de virus à partir des animaux inoculés semble difficile» («Coronavirus humains (HCoV)», dans Pathologie Biologie, volume 57, n° 2, pp. 149-160, mars 2009).

Je dis juste ceci: pourquoi ce qui s'est révélé impossible pour des espèces de coronavirus ayant un mode infectieux similaire à ce COVID-19, causes des rhumes saisonniers, qui sont identifiés depuis plus d'un demi-siècle et sur lesquels on travaille depuis autant de temps, développer un vaccin, devrait être possible pour celui-ci? Qu'on puisse développer des antiviraux contre ce coronavirus, c'est assez probable, qu'on puisse développer un vaccin est plus que douteux. Pour reprendre le cas de cet autre virus ubiquiste bien connu, celui cité du VIH, ça fait plus de trente ans qu'on nous promet le vaccin “pour très bientôt”, et je crains qu'on nous le promette encore très longtemps. Par contre on a effectivement développé des antiviraux efficaces.

Bref, si vous espérez un vaccin incessamment sous peu pour ce COVID-19 (je devrais écrire SARS-Cov-2 mais bon, COVID-19 ça ira bien), m'est avis que votre attente sera déçue. Pour information, on fait des recherches sur son prédécesseur mentionné dans l'article cité, celui de 2003, depuis 2003 justement, et on attend encore les résultats. Et selon moi, on attendra encore longtemps, très longtemps...

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