La fabrication de la réalité.

Cette histoire remonte à loin mais on partira de 1918. Allez, 1919 pour faire joli: 1919-2019.

Il y a trois acteurs: la gauche, la droite et le centre, ou l'ouest, l'est et le centre, ou le positif, le négatif, et le centre.

Le centre attire les deux autres mais les deux autres se repoussent l'un l'autre. Ou s'attirent. Et en ce cas le centre attire l'un et repousse l'autre, ou repousse les deux, ou attire les deux qui s'attirent ou se repoussent.

Voilà le cas: on ne sait pas. On ne sait s'il y a répulsion ou attraction et comment ça se répartit si vraiment il y a des attractions et des répulsions. Parce qu'il se pourrait qu'il n'y ait que le centre, ou non. Du trois-en-un OU du un-en-trois OU du un OU du trois OU autre chose.

La réalité? Il existe un ensemble culturel cohérent actuellement constitué par l'Union européenne. Comme il existe deux autres acteurs importants, les États-Unis et l'Union soviétique, on dira l'Europe unie et la Russie unie, on pourra ainsi nommer les membres de chaque ensemble les Étasuniens, les Europuniens et les Russuniens, ça simplifiera. Le centre est approximativement situable, quelque part dans le territoire actuel de la France métropolitaine, comme ça n'a pas tant d'importance de le situer exactement on peut prendre l'un des trois petits villages “gaulois” qui se disent être le centre de la France, désolé pour les deux autres, je choisis Bruère-Allichamps. Géographiquement et historiquement ça serait plutôt du côté de l'Alsace-Lorraine mais pour une raison sentimentale j'opte pour le Berry: Bruère-Allichamps est à une vingtaine de kilomètres de mon Petit Liré, et en plus juste à côté il y a l'Abbaye de Noirlac, un centre culturel fort intéressant. Enfin, le nom est sympa, les étymologies sont discutées mais je retiendrai celle de “bois, bosquet” pour Bruère, et aucune pour Allichamps, je m'en suis inventé une, “tous les champs”, ça tombe bien, le village est à la limite entre deux parties importantes du Berry, la Champagne berrichonne au nord, la “campagne”, partie assez plate et très agricole, et le Boischaut au sud, très boisé, avec du bocage et plus d'élevage que d'agriculture – les deux parties fonctionnent en synergie avec une troisième, la Brenne, assez marécageuse, très similaire au Marais poitevin.

En théorie ça n'est pas le sujet ici, en pratique j'écris comme je veux donc ça sera une partie du sujet, le Berry est très illustratif de ce qu'on peut nommer un territoire, une zone géographique qui fait système: la Champagne est la partie la plus méridionale de cette vaste plaine peu accidentée qui va des Flandres aux contreforts du Massif Central, limitée à l'ouest par la Bretagne, à l'est par les reliefs d'Alsace-Lorraine, et centrée sur l'Île-de-France; on ne peut pas trop la limiter vers le sud-ouest, il y a une certaine continuité jusqu'au Béarn, mais pour diverses raisons on peut considérer qu'il y a une délimitation pas très nette vers les départements charentais, qui participe à la fois d'une zone “aquitaine” et d'une zone “francienne”. Soit dit en passant, le redécoupage récent des régions françaises, que voici,

Capture d'écran, Wikipédia, article «Région française» Capture d'écran, Wikipédia, article «Région française»

ne doit pas grand chose au hasard, tout à une très ancienne division des provinces; on pourrait remonter à l'Empire romain mais en tout cas, ça reprend assez fidèlement la division alentour du milieu du XV° siècle, la “Nouvelle Aquitaine” par exemple est nouvelle par rapport à celle d'avant ce redécoupage, par contre elle ressemble beaucoup à l'ancienne Aquitaine, celle donc du XV° siècle, vraiment beaucoup...

Pour des raisons à la fois historiques récentes et démographiques, les découpages de l'Île-de-France, du Centre-Val-de-Loire et des Pays de la Loire sont approximatifs, l'Île-de-France aurait du intégrer la partie la plus septentrionale du Centre, jusqu'à l'Orléanais, et les Pays de la Loire aller un poil plus à l'est, du coup la région Centre-Val-de-Loire aurait été pu être baptisée Berry, puisqu'à quelque chose près elle couvre le territoire du Berry de ce temps, et pour le nord-est, le Grand-Est et la Bourgogne-Franche-Comté, c'est la Bourgogne de l'époque. L'occitanie est la partie dont la capitale était à cette époque Toulouse, assez proche dans ses limites de la Gaule narbonnaise, Auvergne-Rhones-Alpes aurait peut-être pu garder les anciennes régions, mais il y a une logique de territoire, deux ensembles, l'un “lyonnais”, l'autre “clermontois”, qui font synergie, les autres, et bien, c'est la Bretagne, les Flandres, la Normandie et la Provence. Je me demande encore pourquoi, d'ailleurs, avoir choisi ce nom ridicule de “Hauts-de-France”, alors que c'est avec la plus grande évidence les Flandres françaises. C'est comme ça, la novlanguisation est un tropisme puissant.

Ces propos n'ont pas un rapport direct avec le sujet de ce billet mais valent en ceci: rien ne meurt qui est dans la mémoire des humains. Ce découpage est donc très proche de la configuration des territoires “provinces” dotés d'une très large autonomie ou participant d'entité politiques autres que celle axée sur la royauté francienne de ce milieu du XV° siècle, au moment où se fonde effectivement l'entité politique qui deviendra la France telle qu'elle existe encore aujourd'hui pour sa partie métropolitaine, Corse exceptée (son intégration est très récente, vers 1765 il me semble. À un poil près Napoléon n'aurait pas été ”Français de souche” mais “Français naturalisé”, si l'annexion de la Corse avait eu lieu quelques années plus tard). Je ne sais pas si ce redécoupage est clairement apparu tel, apparu cette reconstitution d'un “état des forces” de ce moment fondateur, par les décisionnaires du gouvernement, mais je sais une chose, ceux qui ont travaillé à ce redécoupage savaient ce qu'ils faisaient, savaient qu'ils préparaient la réelle décentralisation, celle dite “girondine”, dont on parle depuis déjà assez longtemps sans jamais la voir réellement se faire. Je songeais à développer mais bon, vous avez la capacité de le faire, selon moi, donc si ça vous intéresse faites-le, pour moi c'est d"une telle évidence que je ne vois pas pourquoi en discuter plus.

Rien ne meurt de ce qui est dans la mémoire des humains. Mon histoire du début, le “centre”, “l'est”, “l'ouest”, et la “divagation” du trois-en-un ou on ne sait pas quoi, ça n'a rien de divagations justement. Le centre est sur le territoire français actuel pour une raison géographique: qu'on vienne du sud, du nord ou de l'est, tout converge vers cette zone délimitée par les Pyrénées, le Massif Central, les Alpes et les autre massifs (Jura, Vosges...), enfin par ce qu'on peut nommer la région rhénane, actuellement répartie entre l'Allemagne, la France et le Bénélux, et peut-être la Suisse mais là c'est un autre cas. Une part principale de cette zone est “tempérée”, les territoires sont variés, et il y a ce vaste ensemble de riches terres alluvionnaires, enfin il y a celle très grande façade océanique qui favorise une pluviométrie assez élevée. Le paradis sur Terre. Donc l'enfer sur Terre. La France dans cette partie est un finistère, elle est “au bout du monde”, en ce cas à l'extrême ouest de l'Eurasie. Les péninsules italique et ibérique sont intéressantes aussi mais l'Italie a le problème de n'avoir accès qu'à des mers fermées et la Péninsule ibérique est un poil trop au sud. On peut dire que tout ça est une question de pilosité: un poil plus à l'est, à l'ouest, au nord ou au sud, et c'est d'un coup vachement moins intéressant, trop chaud, trop froid, trop sec, trop humide, bref, trop. Et quand c'est trop c'est pas assez, je veux dire, ben, rien, je ne veux rien dire, quand c'est trop c'est pas assez, là aussi ça me semble évident. Question d'équilibre.

Les noms importent peu, importe la structure. Le seul nom stable ou valide car le moins problématique est “centre”, il est polysémique, comme tout mot, mais a une signification stable, un “centre” a nécessairement une “périphérie”. Pour un être vivant, certaines “périphéries” sont “répulsives”, d'autres “attractives”. Selon les milieux de vie, ces attractions et répulsions seront de différents ordres, par exemple un individu en milieu aqueux peut les éprouver par un gradient de température, de luminosité ou de pression, généralement par une combinaison des trois, il détermine ses limites en termes de trop ou de trop peu, et variera de position verticale (relativement au centre de la Terre: la gravitation détermine un axe vertical) dans une frange plus ou moins étroite de pression, température et luminosité. La position horizontale est libre dans toutes les directions, elle se situe sur un plan; selon les contextes on arrive plus ou moins rapidement à une limite et en cours de déplacement la frange verticale peut varier, dans certaines directions l'apport de lumière variera vite ce qui aura des conséquences sur la température et la pression en rapport inverse, plus de lumière induit plus de température et moins de pression; si on se déplace dans certaines directions l'apport de lumière reste indéfiniment constant, dans d'autres il varie en fonction de la distance, dans une direction vers plus, dans l'autre vers moins de lumière, ou une lumière chauffant plus ou moins, selon son spectre de longueurs d'ondes. Ces variations déterminent un autre axe mais contrairement à celui vertical, qu'on peut qualifier de réel, celui-ci est formel car dépendant du contexte: l'attraction terrestre s'exerce toujours dans la même direction, “le bas”, ce qui constitue son opposé, “le haut”; en-deçà d'une certaine profondeur il y aura une très faible variation de l'apport de lumière, non significative, qui fait qu'en toutes directions il n'y a pas de variation sensible de pression et de température; au-delà elles sont sensibles et détermineront plus significativement “le nord” où cet apport diminue et son opposé “le sud” où il augmente; selon sa position de départ, “le nord” sera vers l'arctique ou vers l'antarctique ou indifféremment vers les deux si on part de l'équateur; bien sûr, si on part d'un hémisphère et qu'on passe l'équateur “le nord” se déplacera vers le pôle de cet hémisphère. Quelle que soit la position géographique du nord, ou des nords si on part de l'équateur, un troisième axe est déterminé par celui-ci, l'axe où quelle que soit la distance parcourue il n'y a pas de variation d'apport de lumière. Puisqu'il n'y a pas de variation, subjectivement c'est “la même direction”. Leur désignation sera donc arbitraire, on dira que celle-ci est “l'est” et celle-là “l'ouest”. Cette longue description, pour comprendre que ça n'est pas si simple de savoir où sont le nord et le sud, l'est et l'ouest. Ça dépend d'où l'on est et de qui l'on est.

Pour un individu tel qu'un humain socialisé moyen, le haut est du côté de la tête, le point le plus opposé au centre de gravité terrestre dans sa position spatiale la plus étendue, “debout”, le bas du côté des pieds, le nord ou le sud du côté de la face, l'autre direction à l'opposé, dans le dos,et pour l"est et l"ouest, même problème, nous nous latéralisons à partir de la jonction entre le bras et l'épaule et ces jonctions sont peu différenciables, les jeunes humains ont une certaine difficulté et parfois une difficulté certaine à différencier leur main ouest et leur main est, une difficulté de latéralisation. Plus largement, ces déterminations par rapport à soi-même sont instables: un humain allongé ou faisant le poirier a tout de même la tête “au sommet” et les pieds “à la base”; si ma face est dirigée vers le sud ou l'ouest géographiques, elle reste à moi-même “le nord” (ou “le sud”, selon la convention adoptée), et si je mets ma main ouest sur mon épaule est, elle n'en reste pas moins ma main ouest.

J'ai utilisé ces déterminations “géographiques” pour deux raisons qui sont la même: quoi que l'on puisse en croire, toute description de la réalité est une convention, dire que mon côté face est “le nord” ou “devant” sont la même convention avec deux référentiels différents: si je tourne ma face pour regarder “derrière”, c'est une description inexacte car le devant est déterminé par la face donc quand je regarde c'est toujours “devant”, une fois un “devant” qui est “au nord”, la seconde fois un “devant” qui est “au sud”, vers où un instant avant mon “derrière” était tourné. Notre description de la réalité dérive de notre rapport au monde mais en retour notre rapport au monde est modifié par cette description. Pour un Allemand, la France est “à l'ouest”, elle est “à l'est” pour un Britannique. Lequel a une description exacte de la réalité? Pour tous les Européens, “le nord” est “vers l'arctique”, “le sud” est “vers l'équateur”. La raison profonde de la détermination des polarités magnétiques en “négatif” pour “le nord” et “positif” pour “le sud” est sentimentale: en Europe, plus on va vers le nord et plus il fait froid, et les humains n'apprécient pas le froid. Les Européens associent “le nord” à “la raison” parce qu'ils associent “la raison” à “la froideur” et que le nord est froid. Les Européens associent “l'ouest” et “le progrès” parce qu'ils sont venus depuis l'orient et dans leur expansion “la progression” c'était “vers l'ouest”. Les Européens associent “l'ouest” et “la matière” et “le corps” et “l'est” à “l'énergie” et “l'esprit” parce que leurs corps et la matière qu'ils constatent sont “à l'ouest”, que l'énergie les a poussé d'est en ouest et que leur mémoire du passé est tournée vers leur origine à l'est.


Je publie puis je poursuivrai peut-être, on verra.


Rien ne meurt de ce qui est dans la mémoire des humains.La source lointaine la plus évidente de la situation de 2019 se situe vers le début du II° siècle avant le début de l'ère commune, ou EC. Le moment où la République romaine commence à céder devant les menées des partisans d'un régime de type oligarchique et la démoralisation d'une part significative des membres de la société, ce qui conduira alentour du début de l'ère commune à l'établissement durable d'un régime oligarchique qui tiendra environ huit siècles même si les deux derniers furent une sorte de longue agonie.

À court et moyen termes les oligarques sont un désastre pour une société, et en même temps une nécessité. Leur tropisme profond vers l'accumulation les amène, en interne à “organiser la rareté”, en externe à mener une politique expansionniste pour étendre le territoire de la société, donc augmenter leurs capacités d'accumulation. La société, c'est-à-dire l'ensemble des humains qui la composent, a un projet, le même que celui de chacun de ses membres, se préserver et se perpétuer, “vivre et proliférer”, ne pas mourir et faire des enfants. À un certain niveau une société est un individu qui “pense” et “agit”. En tant qu'individu, elle n'a pas plus de sympathie ou d'antipathie envers ses membres que vous et moi n'en avons envers nos cellules: elle leur demande de se comporter de manière au minimum à ne pas mettre sa survie en péril, si possible contribuer à l'augmentation moyenne de son bien-être. Une société est un écosystème, elle n'a pas de volonté propre et en son sein les régulations se font de manière assez prédictible, les rapports entre individus d'un biotope, du plus infime virus au plus massif des organismes complexes animaux et végétaux sont des rapports de type proie-prédateur circulaire: tant qu'un individu est vivant, il est “un prédateur”, il survit en prélevant ses ressources dans le cadre de l'écosystème; une fois mort il est “une proie”, il devient une ressource qui sera source d'énergie et de matière pour les autres individus. Une société est un écosystème conscient de lui-même; une société humaine est en outre un écosystème conscient des autres écosystèmes semblables en tant que “pareils“, quelle que soit leur distance dans l'espace et dans le temps. Sans que ça ait été “conscient”, explicite, de longue date les sociétés humaines se savent insérées dans un système plus large, qu'on peut nommer “biosphère”. Ce n'est qu'assez récemment, environ un siècle et demi en cette année 2019, qu'une part significative des humains – à mon jugé, alentour de 10% de la population mondiale – a eu conscience de l'unicité de l'ensemble du vivant, actuellement étiqueté “biosphère”. Mais ces “conscients” n'ont pas tous tiré les mêmes conséquences de ce constat. Factuellement, cette conscience est bien plus ancienne mais difficilement communicable. N'ayant qu'assez peu de préjugés je lis avec agrément les “sagesses” en dehors de mes options idéologiques, notamment je suis agnostique à un tel point que je ne peux même pas être athée, le ne suis pas “contre la notion d'un dieu”, pour moi ça n'est pas une question, il m'indiffère de croire ou savoir qu'existe “un dieu” ou plusieurs, je suis tout simplement un incrédule, je ne crois en rien, je constate ou je ne constate pas. Je ne constate pas “un dieu” ou plusieurs, donc ça m'indiffère. Maintenant, dieu ou pas dieu ou dieux, tous les humains sont mes semblables, donc un discours sur lequel on a collé l'étiquette “parole du dieu” m'intéresse en soi, les étiquettes ne sont là que pour les personnes qui n'ouvrent la boîte a “la bonne étiquette”. Comme disait Chirac, inspiré par Pasqua, les promesses n'engagent que ceux qui y croient: si je vous promets la Paix Universelle et vous indique une voie pour y parvenir, ça n'est pas à moi de le croire mais à vous. Si vous ne croyez pas à la paix universelle ou à la voie, qu'est-ce que j'y peux?


Allez, un petit coup de publication. Il semble que je veuille continuer ce billet mais rien n'est certain qui ne soit advenu.


En toute probabilité – et bien, je ne sais plus quelle est cette “probabilité”, j'ai interrompu ma rédaction et n'ai aucune idée, mais alors, aucune, de ce que je comptais écrire. Bon ben je publie et souhaite sans le promettre que cette “probabilité” improbable émerge...


 

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