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Billet de blog 30 sept. 2022

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Déserts ou oasis médicaux? Ça dépend d'où et de comment on regarde...

Il y a peu, en ce jeudi 29 septembre 2022, Notre Président a proposé de repeupler les zones rurales désertées avec des... Avec des... Euh! Avec des gens pas de chez nous. Les “réfugiés” on suppose, et non pas les “migrants”. Très bonne idée, je trouve. Enfin non. Enfin si. Disons, une idée qui a son intérêt, mais non de cette manière-ci...

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

J'explique: si je suis Parisien (proprement Parisien, ça n'inclut pas la conurbation), ou Niçois, ou Nantais, ou... Bref, si je vis dans un lieu à la fois densément peuplé, avec une population importante (au moins trois ou quatre cent mille habitants) sur un territoire resserré, avec un PTB (un “produit territorial brut”) assez élevé, la disponibilité des professionnels de santé, et spécialement des médecins, est la norme, leur indisponibilité l'exception; plus je vis éloigné de ces zones, moins mon territoire est peuplé en densité et en nombre, et plus son PTB est bas, plus la disponibilité des ces personnels sera faible. Ça ne signifie bien sûr pas que les Parisiens ou les Nantais ont tous et toujours un accès facile à un médecin, ou un kiné, ou un infirmier, ni à une clinique ou un hôpital, mais ce qui dans les territoires “défavorisés” est la règle, c'est-à-dire un accès difficile, devient à Paris plutôt l'exception, tenant compte des trois ou quatre arrondissements qui rassemblent les traits urbains plutôt présents en moyenne et grande couronnes de la conurbation, population au revenu moyen assez bas, appartenant à des classes sociales “basses”, moindre présence d'entreprises à forte valeur, moindre valeur du foncier et de l'immobilier, etc., où l'accès aux personnels de soin n'est pas autant la règle. Pour Nice et quelques autres “ghettos de riches” c'est différent, dans ces zones le suréquipement en cliniques et hôpitaux et la sur-présence de libéraux fait que, du fait de l'universalité du système de soins français, même les plus démunis ont un accès aisé à ces personnels et établissements.

Si je suis Parisien, ou Nantais, ou Niçois, j'aurai la perception concrète, et non simplement déclarative, que l'accès assez ou très aisé au système de soins est plutôt la règle, l'indisponibilité de ces personnels et institutions plutôt l'exception; si je vis dans un territoire éloigné (selon tous les critères mentionnés, et bien sûr selon la distance aux zones en question les plus proches) de ces territoires “favorisées” j'aurai plutôt la perception inverse. Pour exemple, mon département, le Cher, que voici, en données démographiques par territoires:

Démographie du Cher: population, densité, zones urbaines © Ma Pomme - Source: DDT du Cher

Pour la commodité je présente ces trois cartes en format réduit, les sources (au format PDF) sont les cartes accessibles à partir de cette page; il vaut notamment de consulter la troisième,  «Population dans les unités urbaines» (situation en début de 2017) pour bien comprendre la disparité importante entre les diverses communautés de communes ou/et agglomérations. Je vous donne ici la liste de ces territoires et leur population, à gauche de celui le plus au nord à celui le plus au sud en balayage horizontal ouest-est, à droite par population décroissante, avec mention du nombre de fois que chaque territoire contient la population du plus petit d'entre eux:

Démographie des principales zones urbaines © Ma Pomme - Source: DDT du Cher

On le voit, entre le moindre (et le plus excentré à l'est) et le majeur, le rapport est immense, 1 à 172, et encore plus immense considérant que la superficie de ces deux zones est dans un rapport d'environ 1 à 5. Le simple énoncé de ces chiffres n'indique pas tout, il y a aussi les contextes, la plus petite “zone urbaine” (ZU) par exemple n'est pas la plus petite absolument et comme certaines autres ZU périphériques est plus en rapport avec le département voisin, la Nièvre, qu'avec le Cher (sa communauté de communes est d'ailleurs principalement située dans la Nièvre), ce qui n'en fait donc pas un territoire aussi “loin de tout” qu'il en semble dans le découpage par départements; à l'inverse les ZU les plus au sud sont limitrophes de départements moins bien dotés, des départements “pauvres” en population, densité, ressources financières, l'Indre et la Creuse. Clairement, il y a deux zones qui rassemblent beaucoup de traits favorables, spécialement la population et la densité de peuplement, Vierzon à l'ouest (62 fois La Charité) et Bourges au centre (172 fois La Charité), la troisième, St-Amand, comptant moins de la moitié de la population de la deuxième, les autres ZU (celles non indiquées sur la carte) limitrophes de la troisième étant en voie de dépeuplement, ce qui n'est pas le cas des ZU limitrophes de Vierzon, stables ou en augmentation. C'est ainsi: la richesse attire la richesse, la pauvreté attire la pauvreté...

Le Cher est une bonne illustration de la situation générale du pays: quelques zones, assez rares, “favorisées”, quelques zones, moins rares mais cependant minoritaires, “ni favorisées ni défavorisées”, et beaucoup de zones “défavorisées” ou “en voie de défavorisation”. Le Cher est donc un “désert médical avec quelques oasis”, certaines très rares étant en situation très favorable sur ce plan. Très favorable dans le contexte du Cher car même la zone la plus favorisée, celle de Bourges, est assez loin de la vraiment grande disponibilité du système de soins: ce qui dans le Cher représente un territoire à fort potentiel est dans un rapport de 1 à 6 avec la zone à fort potentiel du Puy-de-Dôme, Clermont-Ferrand, et une ZU de quatre-vingt-cinq mille habitant serait, dans la conurbation parisienne, une zone à potentiel plutôt faible. Mais du moins ça représente donc bien la situation générale, très peu d'oasis dans un grand désert. D'où ma proposition: déserts ou oasis médicaux? Et ma  réponse: oasis, le cas général étant l'indisponibilité, le cas particulier et rare, la disponibilité. Ceci pour exprimer que le discours général des médias, qui parlent toujours de “déserts médicaux”, et jamais d'“oasis médicaux” sauf (mais sous d'autres noms) pour les cas les plus extrêmes, comme celui de la ZU de Nice où la disponibilité du système de soins est très au-dessus de la norme même pour les oasis.

Clairement, les médias les plus visibles ont une appréciation de la réalité française au filtre des contextes “métropolitains” (au sens qu'a pris ce terme depuis que “métropole” est un des termes définissant des collectivités territoriales administratives) , donc une “disponibilité des personnels et institutions de soin” assez haute dans l'ensemble, avec des “bosses” (Nice, Fontainebleau et autres “ghettos de riches”) et des “creux” (les zones rurales en cours d'appauvrissement), la réalité observable étant plutôt: une situation moyenne pas très favorable, avec quelques zones assez ou très favorisées. Nice n'est pas tant une exception qu'un aboutissement de la tendance à créer des ZU favorisées limitées en extension territoriale dans un contexte global défavorable. La “crise du covid” en est d'ailleurs l'illustration: quand un problème sanitaire atteint l'ensemble de la population, même les ZU ordinairement “non désertiques” se révèlent nettement moins favorisées qu'en temps ordinaire, car la tendance profonde et durable des autorités centrales en France depuis plusieurs décennies (très nettement depuis le milieu des années 1980) est de réduire les dotations aux institutions qu'on peut qualifier de “démocratiques” (hôpitaux et cliniques publics, cliniques privées sans but lucratif...) pour les diriger vers les spécialités libérales les plus lucratives et les cliniques privées à but lucratif. Ayant été quelques années un Parisien “défavorisé“ j'ai pu constater que pour les pauvres Paris n'est pas autant un “oasis médical” que ça mais du fait que les populations les plus riches disposent de leur propre sous-système particulièrement riche, en temps ordinaire l'accès aux soins même des plus pauvres est bien plus élevé dans le X° arrondissement (une enclave “défavorisée” dans une zone “favorisée”) qu'il ne l'est dans la moitié sud du Cher même pour les plus riches; mais quand on a une crise sanitaire globale apparaît cruellement la défaillance globale du système à pouvoir y faire face, cela dans tous les zones, urbaines comme rurales, riches comme pauvres, car dans ces cas-là c'est bien la part “démocratique” du système, celle qui accueille indifféremment toute la population, qui doit prendre cette crise en charge. Dans le Cher toujours, on eut par exemple un scénario qui pour moi était assez prévisible: toutes les cliniques privées à but lucratif du département on cessé toute activité pendant plusieurs mois à partir de la fin mars 2020 parce qu'elles n'ont pas les capacités humaines et aussi, morales,et de prendre en charge de telles crises.

Je mets ceci en lien avec la proposition d'Emmanuel Macron, “repeupler les déserts avec des populations exogènes”, en ce cas, étrangères, des “non nationaux”, parce que ça ressort de la même logique. Il ne s'agit pas tant de, supposément, “aider les zones défavorisées”, que de retirer la charge de cette aide aux zones actuellement “les plus favorisées” (les “métropoles”), pour préserver artificiellement et illusoirement en large part,  cette “situation favorisée”. L'étrange (mais non! Rien d'étrange là-dedans!) étant que le même Macron était jusqu'à récemment (en gros, jusqu'à l'été 2022) un farouche opposant de cette localisation des “réfugiés” dans les zones rurales en cours d'appauvrissement, que durant son premier mandat son gouvernement, sa majorité, et la part la plus politique de sa haute administration (notamment le système préfectoral) furent des opposants acharnés de toutes les expérimentations locales allant dans cette direction de l'accueil des populations précaires, que ce soit celles étrangères (“migrants” autant que “réfugiés”) ou nationales (chômeurs, travailleurs pauvres, etc.). Pourquoi? Parce que quand ça se fait en local ça ne réduit pas significativement les problèmes que subissent les zones “favorisées”. Car il y a au moins trois sortes de populations précaires, celles “favorables”, celles “ni favorables ni défavorables”, celles “défavorables”.

Considérez par exemple les “étrangers en situation irrégulière”: il existe un certain nombre de règles définies par l'Exécutif, par le Législatif et par l'administration d'État, qui classent cette population en trois groupes, ceux “à expulser”, ceux “à régulariser” et ceux “à déterminer”; cette dernière catégorie devrait censément être la moindre en nombre d'individus, ce sont les personnes qui entrent ou n'entrent pas dans l'une des deux autres, qui ont peut-être ou n'ont peut-être pas tout-à-fait atteint les critères permettant la régularisation (résidence continue sur le territoire national depuis X années, X mois/années de travail, que celui-ci soit “légal” ou “illégal”, au noir, situation familiale, etc.); or on est arrivé à une situation où ce groupe des “à déterminer” est devenu majoritaire, ce qui va contre le sens commun mais non contre la rationalité administrative, qui obéit à d'autres logiques, entre autres celle qui commande l'organisation du territoire.

Il n'y a aucune fatalité à ce que la France se soit ainsi constituée en deux ensembles bien différenciés, le Grand Désert et les étroites oasis, cette orientation est ancienne est n'a rien de spontané, sans remonter à la racine du mouvement actuel, qu'on peut situer vers le XII° siècle en Europe, il y a le tournant notable du long processus qui conduisit à l'émergence de la mal nommée “révolution industrielle”, car ce fut bien plutôt une évolution lente, allant en gros du milieu du XVII° siècle au milieu du XIX° siècle, avec dans certaines zones un décalage (un peu plus ancien en Grande-Bretagne, un peu plus tardif en Europe centrale et orientale). Et donc, ce ne fut nullement une évolution spontanée, “naturelle”, mais le résultat de choix délibérés de groupes de pouvoir pour préserver puis renforcer leurs positions. Le cas le plus significatif est celui qui eut lieu en tout premier dans les Îles britanniques, le système du “mouvement des enclosures” qui

«abouti[t] à limiter l'usage de ces terres seigneuriales à quelques personnes choisies par le propriétaire : chaque champ étant désormais séparé du champ voisin par une barrière, voire une haie comme dans un bocage.
Les enclosures, décidées par une série de lois du Parlement, les Inclosure Acts, marquent la fin des droits d'usage, en particulier des communaux, dont un bon nombre de paysans dépendaient».

Le plus important dans cette citation est cette mention: «décidées par une série de lois du Parlement, les Inclosure Acts, [qui] marquent la fin des droits d'usage, en particulier des communaux». La raison objective qui fit que ce mouvement général de privatisation de l'espace social eut lieu de manière formelle, “légale”, en Grande-Bretagne, est le fait que plus qu'en toute autre partie de cette zone qui construisit, entre la fin du VII° siècle et le milieu du XII°, la “féodalité”, les “groupes de pouvoir” prépondérants furent des groupes exogènes qui mirent la main sur ces territoires, plaçant les populations plus anciennes en sujétion. Il n'est pas indifférent que le long processus de “privatisation des communs” eut lieu entre les XII° et XVI° siècles de manière d'abord informelle puis de plus en plus formelle, jusqu'aux premiers “Inclosure Acts” de 1604, soit la période où l'élite normande, puis anglo-normande, établit puis consolida sa mainmise d'abord en Angleterre et au Pays de Galles, cette privatisation renforçant et “naturalisant” sa position de pouvoir. Il ne faut bien sûr pas supposer une division nette entre “maîtres” et “sujets”, en fait une stratification s'établit, en haut les élites anglo-normandes, en-dessous, que dire? Les “collabos”? Quelque chose de ce genre, le groupe de personnes plus anciennement installées qui estiment plus intéressant pour elles de favoriser les nouveaux puissants que les membres de leur propre groupe global.

Rien de nouveau là-dedans bien sûr, dans tout processus d'acculturation de ce type (colonisation, invasion, “domination impériale” peut-on dire), la réussite dépend toujours de l'adhésion d'une part minoritaire mais significative des tenants de l'ordre ancien envers l'ordre nouveau, si on n'a plus les moyens de préserver sa position éminente acquise dans l'ordre ancien, et bien on s'aligne sur les puissants de l'ordre nouveau pour perdre le moins possible et si possible ne rien perdre voire gagner un peu ou beaucoup. Lisant l'article sur le “mouvement des enclosures” vous aurez relevé je suppose que les populations intermédiaires, celles ayant des positions locales éminentes mais secondaires dans l'ordre social global, furent partisanes de ce mouvement bien que n'en tirant apparemment pas profits, parce que très évidemment, s'y opposer c'était tout perdre et ne rien gagner. Plus récemment et ailleurs, on a pu voir par exemple que selon les régions la “petite paysannerie” de France tendait à se situer “du côté du manche”, donc des maîtres, ou “du côté de la cognée”, donc des sujets, selon son statut: dans les zones où elle était plutôt ouvrière ou fermière, elle tendait à se placer “côté cognée”, dans celles où l'on pratiquait surtout le métayage, elle était plutôt “côté manche”, parce que détenir une terre où ça ne coûte pas un apport initial et où on a droit à une part de la production donne le sentiment d'être “du côté des propriétaires”, donc ça incite à défendre l'ordre social et à ne surtout pas le voir évoluer en faveur des moins favorisés. C'est toujours ainsi, la logique sociale n'a pas grand chose à voir avec l'effectivité des choses...

Je ne discuterai donc pas ici des raisons anciennes qui conduisirent à la situation telle qu'elle s'est consolidée principalement en cours du XIX° siècle, d'abord parce que ce n'est pas le sujet ici, ensuite parce que j'en ai abondamment discuté dans d'autres billets, mais du moins avec ces quelques notations on peut comprendre qu'il n'y avait aucune évidence à ce que le monde (celui des sociétés humaines) suive cette voie qu'on peut décrire sommairement mais avec assez d'exactitude en “appauvrir les pauvres pour enrichir les riches”. Il ne s'agit pas absolument d'un tel mouvement, c'est un rapport relatif concernant la répartition des ressources sociales: quand une société “s'enrichit”, presque tous ses membres s'enrichissent, mais très inégalement et très différemment; quand elle s'appauvrit, les pauvres s'appauvrissent plus vite que les riches, quand elle stagne les riches s'enrichissent mais non les pauvres. En-dehors d'autres considérations plus idéologiques le “mouvement des enclosures” a pour moteur non négligeable la nécessité pour les groupes de pouvoir de disposer de beaucoup plus de ressources que dans la situation antérieure afin de tenir leur position en interne comme en externe. Et clairement, la “révolution industrielle” répond à la même logique, elle prolonge un autre mouvement, qui n'est pas sans lien avec celui de “l'enclosement” qui se répandit bien au-delà de la Grande-Bretagne, l'émergence des “États” en tant non plus que situations mais qu'entités autonomes, qui en France se fit par le moyen de l'absolutisme, dans d'autres endroits autrement mais avec un résultat similaire, la construction d'un “société État” superposée à une “société Nation” et la dominant.

Considérez par exemple la question qui turlupine tous les “puissants” de l'heure, celle de, hum!, “la gestion de l'énergie”: la logique, disons, une logique objective, voudrait que pour le résoudre on démantèle les grands réseaux (physiques et économiques) qui s'en occupent actuellement car ils consomment beaucoup plus d'énergie pour leur seule préservation qu'ils n'en diffusent dans la société, et sont très fragiles, la “crise” actuelle qui concerne directement l'UE, celle de l'accès aux ressources énergétiques (gaz, pétrole, charbon, électricité) le montre assez bien je crois, dès que l'ensemble d'un réseau devient dysfonctionnel tous ceux qui en tirent profit sont atteints. D'un sens, les grands réseaux de distribution d'énergie électrique sont “démocratiques” mais de la plus mauvaise manière qui soit: tant qu'ils ne dysfonctionnent pas trop les problèmes atteignent surtout les plus faibles car ils n'ont pas la ressource d'un alternative, pas de réseaux ou de robinets de secours, et n'ont guère moyen de peser sur les tenants du réseau pour se préserver de ces dysfonctions; quand le dysfonctionnement devient structurel, nous sommes alors tous égaux devant ce qu'entraîne le problème. Considérez le cas du gaz et du pétrole russes: la Russie produisait, en 2021, près de 13% du pétrole brut disponible mondialement, dont plus de 7,5% destinés à l'exportation, et plus de 17% du gaz naturel pour l'essentiel destiné à l'exportation; ses principaux clients étaient (et sont toujours) ses voisins, dont un bon nombre des États-membres de l'UE. Du fait, on se trouve dans la situation paradoxale où en tant qu'entité politique l'UE est censément en guerre contre la Russie, indirectement certes mais elle l'est, et dans le même temps beaucoup de ses États continuent de lui acheter leur gaz et leur pétrole, pour la raison assez simple que les autres producteurs sont dans l'incapacité de relayer rapidement le manque que créerait une rupture d'approvisionnement de la Russie. Censément ils ne doivent pas le faire, non pas de se fournir en gaz russe mais de le payer, reste que, et bien, quand la Russie dit à son “ennemi” polonais, «tu paies ou je coupe le robinet», la Pologne paie parce qu'elle n'a pas la possibilité de s'en passer. Et bien sûr, l'accident récent, en ce 29 septembre 2022, le la coupure de deux oléoducs ou gazoducs acheminant les hydrocarbures “politiquement acceptables” de Scandinavie vers l'UE montre que ça n'est pas très simple, dans les périodes critiques, d'assurer le maintien de son “niveau de dépense énergétique”, car toute celle disponible est utilisée, donc la moindre rupture d'approvisionnement met en péril l'ensemble du système.

Maintenant, pourquoi construire des réseaux de distribution des “énergies” aussi interconnectés avec des sites de production “oasis” au milieu d'un “désert productif”? Parce que l'époque est “yang”, et parce que les humains aiment accumuler et accaparer. Dire d'une époque qu'elle est “yang“ ou “yin” est ineffectif: il n'est pas de jour sans nuit, pas masculin sans féminin, pas d'activité sans passivité, pas d'énergie sans matière, le tàijítú l'exprime aussi simplement: il n'est pas de “yang” sans “yin”. Le taìjítú? Mais si, vous connaissez:

Le taìjítú, la figure du faîte suprême

Je n'expliquerai pas ici pourquoi ce symbole est dit “figure du faîte suprême”, c'est fait dans l'article de Wikipédia, et plus encore dans divers billets de ce blog, je ne dirai rien non plus sur la symbolique du yin et du yang, presque à coup sûr vous la connaissez, et si vous ne l'avez pas encore comprise je n'y changerai rien en l'expliquant ici, je dirai simplement ceci: personne n'a jamais vu d'énergie sans matière ni de matière sans énergie. Donc, dire d'une époque qu'elle est “yang” exprime simplement le fait que pour les humains d'une époque et d'un lieu où ils le prétendent, la partie de l'univers à laquelle ils donnent de la valeur est celle “énergique” et non celle “matérielle”. En notre époque comme en toute autre, accumuler et centraliser “de l'énergie” ne peut se faire sans accumuler et centraliser “de l'énergie”, la différence étant donc ce à quoi on donne de la valeur: accumuler pour dépenser “de la matière” sans considérer important son aspect “énergique” signe une époque “yang”, et donc, accumuler pour dépenser “de l'énergie” sans considérer important son aspect “matériel” signe une époque “yin”. Je sais, cela aussi peut paraître étrange: une époque “yang” est une époque “énergique”, et une époque “yin” une époque “matérielle”, d'où l'on pourrait supposer que “ce qui a de la valeur” est, en époque yin, l'énergie, en époque yang, la matière. mais la logique symbolique n'a rien, jamais, de concordant avec la logique objective, en ce moment j'ai des problèmes de santé qui m'ont amené à cette réflexion: une caméra peut tout observer de la réalité effective sauf une chose, elle-même. Si je me considère subjectivement un être “énergique”, alors j'accorderai de l'importance à la thésaurisation et la préservation pour mon usage de la matière non pour elle-même mais pour sa capacité à “générer de l'énergie”, qu'elle en génère ou non, et à l'inverse importe que j'accumule et accapare “de l'énergie” si je me considère un être “matériel”, pour sa capacité à “générer de la matière”.

On le sait de longue date mais avec la mécanique quantique cette notion a pris une consistance certaine, indubitable: “matière” est un autre nom pour “énergie”, et réciproquement. Un fragment de la réalité sera dit “de l'énergie” si on l'observe au filtre d'un fragment de la réalité sous son aspect “matière”, et “de la matière” si (etc.). La “matière” résulte de la transformation d'un fragment de réalité ayant un aspect d'onde en un fragment ayant l'aspect d'un corpuscule non pas en soi mais par la manière dont on l'observe, car tout fragment de la réalité est à la fois onde et corpuscule. Ce qu'exprime assez bien le concept de «dualité onde-corpuscule»,

«un principe selon lequel tous les objets physiques peuvent présenter parfois des propriétés d'ondes et parfois des propriétés de corpuscules. La manifestation de ces propriétés ne dépend pas seulement de l'objet étudié isolément, mais aussi de tout l'appareillage de mesure utilisé [...]. Le cas d'école est celui de la lumière, qui présente deux aspects complémentaires selon les conditions d'expérience: elle apparait soit ondulatoire, d’où le concept de longueur d’onde, soit corpusculaire, d'où le concept de photons».

L'article mentionne la lumière comme “cas d'école” non parce qu'il est particulièrement significatif mais parce que l'habitude très ancienne de séparer l'énergie et la matière, de les opposer, liée au fait qu'il est bien plus courant et aisé d'observer la transformation d'un fragment “matière” en fragment “énergie” que l'inverse, fait qu'il apparaît beaucoup plus surprenant que ce qui est perçu habituellement comme “énergie” soit aussi, soit toujours, “et en même temps” un fragment de réalité de la catégorie “matière”, or le correspondant “matériel” du phénomène “lumière”, les fragments qu'on nomme usuellement “électrons”, ont la même caractéristique, la même dualité. Pour l'opinion commune, et pour celle de pas mal de savants aussi, cela dit, il apparaît ordinairement “naturel” que “la matière” se transforme en “énergie”, donc les corpuscules en ondes, que l'inverse, alors qu'il s'agit avant tout d'une alternance liée à la manière dont on observe, et plus précisément dont on peut observer un fragment de réalité. La notion est ancienne mais la preuve empirique de cette dualité est récente. Mais oui, elle est ancienne et sans remonter aux temps lointains de la rédaction du livre de la Torah nommé habituellement L'Ecclésiaste ou aussi Qohélet (le mot hébreu de même sens) ou ceux (quasi-contemporains) de l'émergence de la philosophie taoïste, de celle bouddhique et de celle “grecque”, il suffit de considérer le propos déjà ancien et en tout cas très antérieur à l'émergence de la physique quantique qu'on attribue à Lavoisier (mort en 1794), «Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme», et considérée souvent comme une paraphrase du premier principe de la thermodynamique, qui contrairement à ce dont discutait Lavoisier (voir la citation non apocryphe dans l'article mis en lien) ne concerne pas les transformations de la matière seule mais bien les transformations successives de la “matière” en “énergie” et réciproquement. Si on a une conception consistante des choses on ne peut qu'inférer du fait que dans un système fermé, si rien ne se crée (rien ne vient de l'extérieur du système) ni ne se perd (ne sort du système), les variation de répartition entre “matière” et “énergie”, ou entre une forme donnée d'énergie (chaleur par exemple) en une autre forme (travail par exemple) ne peuvent que résulter de transformations, “la même chose sous un autre aspect”.

Je mentionnais l'électron comme un correspondant “matériel” de “la lumière”, ce qui n'est pas très exact, on peut plutôt dire que les électrons sont les particules non élémentaires où l'on peut le mieux observer les effets de la dualité onde-corpuscule, les réels correspondants “matériels” du phénomène dit “électromagnétique” dont “la lumière” n'est qu'un segment, la frange presque directement observable par vous et moi (sauf si vous êtes aveugle) sont plutôt les particules élémentaires les plus élémentaires de toutes, les neutrinos,. Intéressant de lire l'introduction de la partie «Vitesse des neutrinos» de cet article de Wikipédia:

«Selon la théorie de la relativité et le modèle standard qui en découle, tous deux basés sur l'invariance de Lorentz, une particule de masse non nulle ne peut avoir une vitesse supérieure ou égale à celle de la lumière dans le vide. De nombreux théoriciens ont cependant postulé que le neutrino pourrait être un tachyon, une particule imaginée par Gerald Feinberg en 1967, qui se déplace plus vite que la lumière tout en respectant les postulats de la relativité restreinte».

Faites comme moi, n'essayez pas de tout comprendre de ce passage si vous n'avez pas une connaissance de la physique “en spécialiste”, ou même si vous croyez en avoir une telle connaissance, cette citation met en évidence qu'on ne peut à un certain point que faire des hypothèses en ce qui concerne la masse, l'orientation (la “polarité”) et la mobilité de particules qu'on ne peut observer directement ou/et assurément – on ne peut observer directement les électrons mais on peut assurément les déterminer par leur effet directement observable –, possible que “la vitesse” d'un neutrino soit inférieure, ou égale, ou supérieure à “la vitesse” d'un photon, possible aussi et même, assez vraisemblable que tant les photons que les neutrinos soient “immobiles”, et que ce qu'on observe est non leur mouvement propre mais la vitesse de propagation de “l'onde” dans ce duo onde-corpuscule. J'ai une hypothèse là-dessus: une question d'angle. Je veux dire, il est assez vraisemblable que le phénomène “neutrino” soit orthogonal au phénomène “photon”, que nous-mêmes observions le phénomène “photon” depuis l'axe “neutrino”, raison pourquoi “la lumière” nous apparaît essentiellement “énergique” et accidentellement “matérielle”, inversement pour les “neutrinos”. J'aime ça la physique, surtout celle récente (mécanique dite classique et mécanique quantique), ça donne idée de la grande incertitude de nos capacités d'observation, plus on en sait sur la structure de l'univers, plus il apparaît qu'on ne peut guère avoir de certitude quand à sa structure autre justement que, tantôt un phénomène apparaît sous son aspect “onde”, tantôt sous celui “corpuscule”, sans qu'on puisse dire que son “état naturel” soit l'un ou l'autre cas, car dès qu'on va aux limites du très grand (relativité générale) ou du très petit (mécanique quantique) les deux qualités connaissables de cet univers, “espace” et “temps”, sont indivisible, “le temps” est un aspect de “l'espace”, et “l'espace” un aspect du “temps“, et on ne perçoit un des aspects qu'à partir de l'autre, il faut être “sans mouvement” pour constater le mouvement, “sans durée” pour constater la durée. Mon hypothèse vaut ce qu'elle vaut, autant dire pas grand chose comme toutes les hypothèses, je la propose ici juste pour ceci, on ne peut guère faire mieux que tenter de donner du sens à ce qui n'en a guère, faute de pouvoir faire une observation directe de ce qui nous est inaccessible.


Bon, bon, bon... Est-ce que je m'éloigne de mon sujet? Allez, une relecture rapide de ce qui précède...

Après relecture rapide (en fait, je ne me suis pas relu, c'était juste pour vous rassurer en “faisant le sérieux”, le gars qui se relit...) non, ça va, je ne m'en suis pas éloigné. Euh! C'est quoi déjà le sujet? Ah oui! Macron et le repeuplement des campagnes.

Macron est de son temps, mais du mauvais côté de l'époque, celle en cours de déliquescence.  Je le nomme simplement parce qu'il est, en ce début d'automne 2022, la figure la plus notable du groupe qu'il représente, celui qui ne souhaite surtout pas que les choses changent, celui qui souhaite qu'on fasse “la même chose en plus gros”: l'excès de “dépense énergétique” pose problème? Alors, dépensons plus d'énergie pour corriger le problème de la dépense d'énergie.

Les grands systèmes de “gestion de l'énergie” ont de l'intérêt mais pour des secteurs très limités; il se trouve que ces secteurs sont ceux qui intéressent le plus les groupes de pouvoir actuels, car les mieux à même, hors temps de crise, de leur permettre d'assurer une régulation sociale qui leur est favorable, qui leur permet d'assurer leur position éminente dans leur société. Aujourd'hui comme en tout autre temps une société se compose de trois ensembles, “le sommet”, “la base” et “le milieu”: dans une société, disons, “démocratique”, “le milieu” est au service de “la base” et contrôle “le sommet”; dans une société, disons, “oligarchique” ou au mieux “aristocratique”, “le milieu” est au service du “sommet” et contrôle “la base”. Dans l'un ou l'autre cas, une société sera fonctionnelle si chaque ensemble dispose d'à-peu-près la même quantité et qualité de ressources sociales, et sans donner de valeur exacte, “le sommet” doit compter un nombre de membres très restreinte, au grand maximum un dixième de la population globale, “le milieu” doit être au moins double, au plus quadruple en nombre de membres que “le sommet”, tout le reste, soit entre six et huit dixièmes, formant “la base”. En fait, la répartition de la population dans chaque ensemble est moins significative que la manière dont, en cas de fonctionnement “critique”, “anormal”, les ressources seront réparties et diffusées. La structure de chaque société étant similaire à celle de toute autre, son caractère “démocratique” ou “oligarchique” dépendra beaucoup de cela: quand “tout va”, peu importe le régime, d'un certain sens on peut dire que toute société fonctionnelle est “démocratique” car tous ses membres y trouvent leur place et gagnent à vivre en société; quand ça va moins bien le régime importe beaucoup plus, pour cette question centrale; comment modifier la répartition des ressources sociales, et vers qui?

Le groupe le plus minoritaire, “le sommet”, n'est censément pas détenteur mais dépositaire des ressources dont il dispose; celui intermédiaire n'en est pas non plus le détenteur mais du moins en est-il le destinataire, et pour “la base”, elle est entièrement la productrice et formellement la détentrice de toutes les ressources. Le système est simple; “le sommet” et “le milieu” sont des “inutiles sociaux”, ils dépensent, et même ils dépensent beaucoup, mais ne produisent rien, du moins directement. Censément, “le sommet” a pour fonction de déterminer l'organisation de la société et la manière dont circulent les ressources sociales, “le milieu” ayant en charge, d'une part de mettre en œuvre cela, de l'autre d'exercer un contrôle en amont (le respect des règles par “le sommet”) et en aval (une bonne répartition et circulation des ressources dans “la base”). En tout premier, bien sûr (enfin, “bien sûr”, pas si évident...), vérifier que les destinataires réels sont les destinataires formels et qu'ils usent des ressources sociales dont ils disposent selon les règles sociales en vigueur. Censément encore, la part de ressources qu'on peut réduire le plus est celle dévolue au “sommet”, parce que ce sont formellement des ressources “inutiles”, un excédent de production. Vous connaissez je suppose les formules «à chacun selon ses besoins» et «à chacun selon ses mérites», la part de ressources sociales dévolue à “la base” répond en premier à la première proposition, celle dévolu au “sommet” à la seconde, c'est-à-dire que “la base” (qui non plus formellement mais effectivement inclut l'ensemble des membres de la société, donc les trois ensembles secondaires) doit autant que possible s'ingénier à satisfaire les besoins essentiels de chacun et bien sûr ceux de tous (les ressources nécessaires pour assurer la cohésion de la société); du fait, les ressources dévolues au “sommet”, non essentielles, “excédentaires”, sont les premières à réduire car leur diminution voire leur annulation ne modifiera pas les équilibres vitaux pour la collectivité et pour chacun de ses membres; à l'inverse, réduire le niveau de ressources dévolues à “la base” aura un résultat délétère, celle-ci étant productrice de toutes les ressources disponibles, l'affaiblir, lui retirer une part de ressources vitales, induira assez vite un affaissement de la production globale donc un affaiblissement structurel et fonctionnel de la société.

Une autre cause non négligeable de dysfonctionnement est l'accaparement. Comme mentionné, “le sommet” est dépositaire et non détenteur des ressources dont il dispose; bien sûr en tant que groupe humain, il se voit appliquer la règle de base, à chacun selon ses besoins, donc une faible part de ces ressources lui est bien destinée, mais la même que celle destinée à tout autre membre ou groupe de membres, pour la raison évidente que les besoins de tout humain est à-peu-près équivalente, quel que soit l'ensemble secondaire auquel il se rattache Emmanuel Macron aussi bien que le dernier des clochards doit disposer d'une quantité à-peu-près équivalente de calories pour assurer sa subsistance, on dira même que dans l'ensemble un membre du groupe “le sommet“ a “moins de besoins” que le clochard moyen, parce que son confort de vie est plus haut et ses dépenses d'énergie plutôt moindres pour permettre sa subsistance; bien sûr, il y a aussi la question du “mérite” mais bon, quel individu peut prétendre avec raison que son mérite personnel est mille, dix mille, cent mille fois supérieur au “mérite moyen“? Aucun. Je ne sais si on peut déterminer fiablement un “écart maximal de mérite” mais beaucoup de sociétés considèrent, semble-t-il, qu'un écart acceptable est de l'ordre de trente à quarante pour un. Reprenons nos comptes, et disons, par exemple, que “le sommet” représente entre un et cinq pour cent de l'ensemble des membres de la société, et qu'en moyenne le “mérite” de chacun est environ dix fois celui de base, une fois retirées les ressources nécessaires pour les besoins, qui sont négligeables relativement aux ressources dont l'ensemble dispose, la part “pour le mérite” représentera entre un vingtième et au grand maximum la moitié des ressources qui lui sont allouées; on y ajoutera qu'en cas de dysfonctionnement “le sommet” aura démontré un bien moindre “mérite”, ce qui réduira de beaucoup ses “ressources pour mérite”; pour le groupe intermédiaire on aura un “mérite” possiblement un peu plus haut que la moyenne, mais pas significativement plus haut, de l'ordre de deux à quatre pour un tout au plus. Au fait, “le mérite”, mais quel mérite? Celui-ci:

«Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune» (Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789, modifiée en 1791, article 1).

La première phrase concerne “les besoins”, la seconde “le mérite”, lequel «ne [peut être fondé] que sur l'utilité commune». Il ne s'agit donc pas d'un mérite “personnel” mais d'un mérite mesuré selon “l'utilité sociale” de chacun. Pour le “mérite personnel” ça se réalise autrement, et ne vaut que pour les membres de “la base”, perso je ne rechigne pas à donner plus à un producteur de ressources de qualité qu'à un autre produisant les mêmes ressources mais de piètre qualité, et sans considérer la question de la qualité objective (celle d'un poulet fermier relativement à celle d'un poulet de batterie, d'une tomate de pleine terre ou hydroponique), je donnerai plus pour un produit subjectivement “de mon goût”, selon mon opinion “plus joli” ou “plus plaisant” ou “plus politiquement en accord avec mon idéologie”, bref, un mérite immédiatement mesurable dont je veux récompenser non le détenteur mais le producteur de la ressource, qui parfois mais pas toujours, est aussi le détenteur. Pour les membres du “sommet“ et moindrement mais encore assez ceux du “milieu” ce mérite-là n'intervient pas, ce sont des détenteurs non producteurs ou pour “le milieu”, faiblement ou/et indirectement producteurs – un enseignant par exemple, typiquement membre de l'ensemble “le milieu”, ne produit rien en tant que tel (il peut le faire en tant qu'intellectuel ou que chercheur) et ne fait que diffuser un savoir ou un savoir-faire élaboré et produit par ailleurs, mais cette transmission a bel et bien un effet “productif”, indirect cependant. Pour “le sommet” c'est plus complexe, d'un sens cet ensemble est “producteur” mais ce qu'il “produit” n'est socialement effectif que si “la base” est en accord avec cette production. Le cas le plus courant qui illustre la chose, ce sont toutes ces “sociétés” qui n'en sont pas vraiment, et où “le sommet” produit des règles d'organisation de la société et de diffusion des ressources n'ayant aucun lien effectif avec la réalité sociale locale. Vous le savez comme moi, dès qu'une entité politique se donne d'un cadre constitutionnel et législatif similaire à ceux en vigueur dans les réputées “démocraties avancées”, on le répute être “en voie de démocratisation”, ce qui n'a aucune validité si la population concernée ne dispose pas des moyens intellectuels et objectifs pour à la fois comprendre et contrôler la bonne application des règles produites par “le sommet”. Le problème d'un pays comme le Cameroun n'est pas, à la base, un cadre législatif défectueux, mais la corruption des élites; ont peut plaquer un “bon cadre” là-dessus, si ceux censés le diffuser et le faire appliquer sont les corrupteurs et corrompus du “sommet”, ça ne changera rien, la pseudo-société en question restera la même, avec un “sommet” corrompu et corrupteur, un “milieu” corrompu et inefficient, et une “base” mise en coupe réglée...

Emmanuel Macron est-il corrompu? Possible. Est-il corrupteur? Certain. Je le répète, Macron n'est ici que le nom provisoire du “groupe de pouvoir” français, hier son nom fut Nicolas Sarkozy puis François Hollande mais comme vous le savez le groupe “macroniste” de cette toute fin de septembre 2022 est constitué en très grande majorité, aux niveaux exécutif  et législatif, de transfuges antérieurement “sarkozistes“ ou “hollandistes“, et même encore assez de transfuges anciennement “chiraquiens“ ou “mitterrandiens”, ce qui compte n'est pas l'étiquette sur le bocal mais son contenu, et en toute objectivité un tel groupe est nécessairement du genre PPDM, “plus petit dénominateur commun”, ce qui les rassemble est la moindre convergence idéologique, «que surtout rien ne change». Comment ne rien changer? On s'en fout, tant que rien ne change. Tant que nous préservons nos positions de pouvoir. Pour le reste, et bien, attendons les calendes grecques. Lesquelles ne viendront jamais, rapport au fait que les calendes sont une invention romaine née bien après la mort des démocraties grecques de l'Antiquité...

Macron est corrupteur parce que Macron ment, toujours et partout; il ne fait pas ce qu'il dit et ne dit pas ce qu'il ne fait  Au cours de la décennie précédente il n'a cessé d'être, comme déjà mentionné, du côté des opposants à l'implantation des “réfugiés“ dans les supposés “déserts ruraux” dès lors que les initiatives venaient des instances locales (communes, cantons, communautés de communes, départements...) parce qu'il ne veut surtout pas que le choix de qui sera accueilli est laissé à ces instances, car nécessairement ce choix ne conviendra pas à son propre projet, qui se résume en: maintenir la disparité entre les “oasis” favorisées et “le reste du territoire”. Prévisiblement, les instances locales, “au mieux“ ne feront pas de tri et accueilleront des membres des trois groupes “non nationaux”, les “désirables”, les “indésirables” et les “ni désirables ni indésirables”, ce qui au plan global ne fera pas varier les proportions de ces trois groupes au sein des “oasis”, et “au pire” elles auront le même tropisme que le groupe Macron, choisir d'abord les “désirables”, secondairement les “nu désirables ni indésirables”, surtout pas les “indésirables“, ce qui mécaniquement fera progresser la proportion des “indésirables” dans les “oasis”.

Ce qui me désole le plus? Qu'une fraction certes minoritaire mais néanmoins significative d'électeurs des zones “défavorisées” vote pour les deux groupes politiques les plus anti-démocratiques de l'heure, les “macronistes” et les “lepénistes”...

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