Olivier Hammam
Humain patenté mais non breveté.
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Billet de blog 30 nov. 2021

Écrire en réseau.

Organiser mes écrits? Pas mon genre. Quand je rédige un nouveau texte, parfois il poursuit une série mais les autres sont en général récents ou lui sont contemporains, ou je viens de relire un truc ancien qui m'incite à rédiger un truc nouveau plus ou moins dans sa continuité. Cependant j'ai une tendance certaine à écrire en réseau.

Olivier Hammam
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Et même en réseaux, car je n'ai pas un centre d'intérêt unique. Je suis désordonné mais je compense par le fait que j'ai de la mémoire, et même beaucoup de mémoire. J'en discute par ailleurs, si par chance j'ai une forte capacité de mémorisation, disons, innée, ça ne suffit pas et je la travaille pour la préserver et sinon l'augmenter du moins la diversifier, et cette capacité est de l'ordre de, disons, l'acquis. Mes lectrices et lecteurs habituels ont pu le constater, il m'arrive assez souvent de citer mes précédents écrits. Parce que je m'en souviens et non parce que je les classe et les mets en fiches. Du moins, je me souviens, écrivant un truc, que dans de précédents textes figure quelque chose en lien avec le propos en cours. Faut dire, mes centres d'intérêt principaux sont divers mais non pas infinis, donc ça n'a rien de surprenant qu'un écrit en cours fasse écho à des écrits antérieurs. Reste que je suis assez désordonné, savoir qu'il existe quelque chose qui me serait utile pour le texte en cours dans des textes parfois assez anciens ne m'est pas d'un grand secours si je veux retrouver et citer ou mettre en lien ces écrits antérieurs. À quoi s'ajoute que je n'ai aucun souhait d'organiser mes écrits. Autant ça ne me coûte rien de le faire pour les textes d'autres auteurs, autant ça m'est pénible pour mes propres textes. Alors je fais autrement, j'organise mon accès à ces écrits.

Les textes numériques ou numérisés ont cet avantage, il existe une multitude de “moteurs de recherche” permettant de retrouver des aiguilles dans des bottes de foin ou pire, dans des bottes d'aiguilles. Mais ils ne se valent pas tous. Si vous avez déjà essayé de retrouver quelque chose dans ce qui se publie sur Mediapart vous aurez constaté que le moteur de recherches du site est remarquablement peu efficace, on a plus de chances d'y parvenir en passant par celui de Google que par celui de Mediapart. C'est d'ailleurs une critique récurrente et une vieille requête des abonnés, l'amélioration de cet outil de recherche. Sans m"étaler sur le sujet, malgré les affirmations récentes de son président, la «nouvelle formule de Mediapart» n'apparaît pas si évidemment «mieux répondre aux attentes de son public», dans ce blog même, dans plusieurs autres, et dans la page de commentaires du billet cité une chose est pointée, cette “nouvelle formule” voit même une dégradation de l'accès aux articles et billets, c'est encore plus foutraque qu'auparavant. Et il semble que ça ne doive pas s'améliorer prochainement.

Sans vouloir paraître médire, je me demande jusqu'à quel point il n'y a pas une volonté délibérée des “responsables” de Mediapart de ne rien faire pour remédier à ce problème. C'est que, des sites comparables il y en a une multitude, je veux dire, des sites gérés en arrière-plan par le langage PHP ou par d'autres langages similaires, et s'appuyant sur un SGBD, un «système de gestion de base de données», le plus souvent le système MySQL. Or, rares sont ceux disposant d'un outil de recherche aussi indigent. Étant moi-même gestionnaire de sites de ce genre et ayant testé un grand nombre de CMS, de «systèmes de gestion de contenu», j'ai pu constater que même avec les pires de ces CMS, rares étaient ceux ne disposant pas d'un outil de recherche efficace. Comme mentionné dans un billet récent j'ai un a priori favorable à l'encontre de mes semblables, dire comme au début de cet alinéa que cette défaillance pourrait résulter d'une volonté délibérée n'induit pas que je soupçonne les responsables du site de vouloir ne pas disposer d'un bon outil, ça se rapporte plutôt à ce que je nomme leur “philosophie de l'information”, pour eux la partie vraiment importante du site est “la Rédaction”, la partie “le Club” étant secondaire et somme toute d'importance faible, sinon comme “vitrine”. Comme l'écrit son prédisent:

«Le Club participatif distingue Mediapart parmi toute la presse généraliste. Mais nous devons veiller à ce que sa spécificité de lieu sans équivalent de libre expression et débat ouvert à tous nos abonné·e·s soit clairement affirmée, afin que tout un chacun comprenne sa différence par rapport au Journal qui est produit par notre rédaction».

Bref, il y a une “différence de nature” entre les deux parties, d'un côté «[le] Journal qui est produit par notre rédaction», de l'autre, et bien, ce qui n'est pas produit par elle. Pour la partie “Rédaction” ce moteur de recherche déficient n'a pas la même incidence, contrairement à Ma Pomme, “la rédaction” organise ses écrits, il y a une hiérarchie de rubriques, sous-rubriques et sous-sous-rubriques, et à l'intérieur de ces ensembles les articles sont eux-mêmes regroupés par dates, par thèmes et par auteurs; la partie “Club” est au contraire sans ordre et sans hiérarchie. Sur mon site personnel j'utilise un CMS qui me permet une recherche fine et j'ai l'opportunité, si je le souhaite, de mettre mes articles en ordre, de les classer et classifier.

J'en cause moins tant pour faire la critique de Mediapart que pour mentionner ce fait: passé “un certain nombre” de billets il m'apparut que je ne pouvais plus y retrouver efficacement une référence avec l'outil de recherche. Du coup j'ai fait sur un site Internet ce qu'on fait avec une documentation papier, j'ai “cherché dans les étagères”, je parcourais la liste de mes billets pour repérer ceux susceptibles de comporter la référence recherchée. Assez vite cette méthode se révéla inefficace: avec quelques dizaines de billets ça peut aller, au-delà de quarante ou cinquante ça ne va plus, on passe un temps fini mais long à parcourir les étagères pour de plus en plus souvent ne plus y trouver ce qu'on y cherche. Eh quoi! Sur “le Blog de Ma Pomme” je ne suis pas plus organisé qu'ailleurs. Dans une réelle bibliothèque avec de réelles étagères ça ne pose pas trop de problèmes d'être foutraque, les humains ont des moyens de repérage dans un ensemble désordonné nettement plus efficaces que les ordinateurs; dans une documentation numérique, et bien, on est dépendant de son ordinateur, on doit avoir des moyens numériques de repérage, donc un outil de recherche efficient.

Justement, les humains ont des moyens de repérage beaucoup plus performants que ceux des ordinateurs. Comme mentionné, la partie “Rédaction” du site ne souffre pas de l'absence d'un outil de recherche efficace parce que des humains ont structuré formellement cette partie selon un schéma connu, celui élaboré par des archivistes, la hiérarchie décrite est celle que n'importe quel documentaliste, bibliothécaire ou gestionnaire de fonds d'archives utilise pour des documents papiers avec un système de fiches elles aussi en papier, la (relative) facilité de repérage d'un article de la “Rédaction” est très similaire à ce qui se fait dans une bibliothèque ou un fonds d'archives, la structure préexiste et chaque nouveau document sera placé dans une case ad hoc, il suffit alors de se rendre dans la bonne salle, dans la bonne allée et dans le bon rayonnage pour trouver la bonne étagère. Communiquer un document papier peut prendre beaucoup plus de temps que pour un document numérique, en revanche le repérer ne sera guère plus long même dans le cas d'une documentation abondante, quand cette documentation est bien organisée et bien référencée.

Pour les “blogs” de Mediapart, donc, il n'en va de même, ils sont disposés sans ordre, en vrac, comme dit, une botte d'aiguilles, et rien ne ressemble plus à une aiguille qu'une autre aiguille. Les articles de la “Rédaction” sont aussi des aiguilles, mais bien rangées et sous étuis de cellophane. Très vite je me suis dit, mon gars tu dois trouver une solution pour ne plus perdre beaucoup de temps dans des recherches au succès incertain. Et j'en ai trouvé une, puis une deuxième, puis une troisième. Des solutions pour auteurs désordonnés bien sûr. La solution fut mixte, la seconde une solution Internet, la troisième locale.

En premier j'ai opté pour un “aspirateur de site”, un logiciel qui récupère les pages et modifie les liens (feuilles de style, scripts,liens vers d'autres pages...) pour préserver l'aspect des pages et leurs liens avec les autres pages. Plus ou moins efficace, et en tout cas trop long et récupérant une quantité énorme de données, ou au contraire pas assez de pages et autres documents, selon les réglages. À un moment, le nombre de pages de mon blog fut trop important pour que, quels que soient les réglages, cette “aspiration” donne des résultats satisfaisants.

En second, par le fait que pendant un mois je fus interdit de participation sur le site, j'ai eu l'opportunité de consacrer le temps dont je disposais jusque-là pour contribuer sur le “Club” à créer un CMS dans lequel j'ai repris les billets du blog. Efficace mais contraignant, précisément parce qu'il faut disposer du temps pour le faire. Je le maintiens encore mais par intermittences. Mon but était autant, sinon plus, de me préserver du risque d'une interdiction définitive de participation avec possiblement la suppression de mon compte, donc du blog. En plus je n'étais pas certain de poursuivre mon abonnement.

J'ai réfléchi au fait que mon souci premier restait la possibilité de rechercher des aiguilles dans une botte d'aiguilles, et que ce soit rapide et efficace. La solution? Enregistrer les pages de mes billets sur mon disque dur, et certaines pages de commentaires, et de le faire sans plus d'ordre que sur le blog. Comme il existe certains billets qui ont l'apparence d'un certain ordre pour la raison qu'ils sont formellement les éléments d'une série (les tous premiers, les épisodes de la série «Le blog de Olivier Hammam», et les billets “numérotés”) je les ai classés dans des dossiers secondaires mais c'est une apparence d'ordre, sans plus, l'ensemble de ces pages est placé dans un même dossier de mon disque dur. La fonction de recherche de Windows est d'une efficiente limitée et d'une lenteur certaine, j'ai donc récupéré sur Internet un programme qui la remplace et qui est nettement plus efficace et rapide, «Agent Ransack» – sa version gratuite, qui suffit à mes besoins. Depuis, j'y enregistre mes billets et occasionnellement leurs commentaires, et quand je veux retrouver une référence, je fais ma recherche dans ce dossier et une fois la référence repérée je vais directement vers le billet du blog puisque dans ces pages enregistrées figure leur date de publication. Enfin presque directement, je sais à-peu-près quelles pages listent les billets de tel mois dans telle année, donc en trois ou quatre coups je retrouve la bonne. Non que ce soit proprement nécessaire pour faire des citations, c'est surtout dans le but de retrouver le lien vers le billet pour l'insérer dans le billet où je place la citation.

Bon ben, pourquoi je raconte ça, au fait? Ah oui! Écrire en réseau.

J'écris sans ordre mais non sans esprit de suite. Il y a parfois des redondances dans mes écrits, ce qui ne me gêne en rien, même dans les cas où je crois redire ce que j'avais dit dans un précédent texte, entretemps ma compréhension de la chose a évolué, s'est précisée, s'est éclairée de nouveaux points de vue, donc je parle à-peu-près de la même chose mais autrement. En fait, même dans les cas où je reprends tel quel dans un billet un texte déjà publié sur un de mes sites “personnels” (un de ceux dont je suis le mainteneur et principal voire unique rédacteur) ou sur d'autres sites, nécessairement ça en change la signification, car le sens d'un discours est autant sinon plus déterminé par son contexte que par son contenu: même sans y adjoindre un commentaire, le simple fait d'insérer un texte de 2004 entre deux billets de 2019 lui donne un autre statut que quand il figurait sur un site dont tous les textes furent publiés entre 2002 et 2007, donc une autre signification: sur le site d'origine c'est un document “historique”, entre deux écrits de 2019 il acquiert le statut de document “contemporain”; dans les deux c'est en quelque sorte une archive mais dans l'un une archive de 2004, dans l'autre, de 2019. Parfois il m'arrive de mentionner, en republiant un texte ancien, que de mon point de vue il est “actuel”, que ce qu'écrit en 2004 aurait pu l'être en 2019 car le propos est toujours aussi pertinent relativement au contexte actuel (celui de 2019), parfois non, il pourrait même m'arriver d'en republier un sans donner la moindre indication de son origine et de sa première date de publication (par honnêteté je ne le fais pas mais c'est envisageable), quel que soit le cas, un texte de 2004 publié dans un contexte estampillé 2019 devient un texte de 2019, donc change de signification.

Mais j'écris en réseau surtout parce que, à mon su ou à mon insu, mes écrits se constituent en réseau, en réseaux. Chacun est singulier, autonome, mais chacun est constitué de “briques de savoir” et de “briques de connaissance”. Les récents billets «Qu'est-ce qu'un sophiste?» et «De l'intérêt des pratiques ésotériques» sont constitués en large part de citations, de Ma Pomme ou de Sieyès ou de définitions de dictionnaires. Dans le premier les citations d'écrits de Ma Pomme sont là en tant qu'illustrations du discours contemporain, celui rédigé en 2021, dans le second elles sont intégrées en tant qu'éléments constitutifs du discours contemporain, dans les deux cas j'instaure une relation entre eux, je les constitue en réseau. Comme plusieurs de ces citations ou les billets dont elles proviennent comportent des liens vers d'autres billets, ces liens intègrent ces autres billets au réseau initié par ces billets de 2021.


Fin de l'histoire. Ou début de l'histoire. Ça dépend de ce que mon lectorat fera de cet écrit.

Pour anecdote, j'ai nommé le dossier où sont enregistrés mes billets «pom-pom-pom-pom» :-D

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