Une minute de silence pour un délinquant, condamné à deux ans de prison avec sursis.

Vos enfants seront très bien éduqués par d'aimables enseignants qui leur apprendront la base essentielle de la vie en société: coupable un jour, coupable toujours.

Le titre sort tout droit du billet «On ne commémore pas la mémoire d'un délinquant dans les écoles» de Patchanka, dont on peut supposer qu'il ou elle est membre du corps professoral ou à tout le moins de l'Éducation nationale, puisque l'introduction évoque «notre collègue directrice d'école». Bien sûr ça ne certifie rien, je peux très bien parler, Moi, Ma Pomme, de «notre collègue directrice d'école» sans que vous ayez moyen de déterminer si elle est ma collègue en un sens très large, «on fait le même boulot» ou «on exerce dans la même boîte à succursales multiples». Admettons. Donc, la ou le “collègue” de cette enseignante nous parle d'«une minute de silence pour un délinquant, condamné à deux ans de prison avec sursis». Le même ou là même déclare ceci à la fin du billet, «vous comprendrez aisément, face à nos élèves métissés et le plus souvent pauvres, Messieurs Blanquer et Macron, que notre devoir d'exemplarité ne nous permet pas de respecter la mémoire d'un tel homme». Est-ce à dire que devant les élèves “non métissés“ et/ou “non pauvres” le “devoir d'exemplarité” n'a pas lieu ou autorise à «respecter la mémoire d'un tel homme»? Patchanka ne veut pas de «minute de silence pour un délinquant, condamné à deux ans de prison avec sursis». et propose à la place d'«honorer celle d'une honnête citoyenne, d'une travailleuse exemplaire au service du peuple, en toute modestie, Madame Christine Renon».

Premier problème, si ce que Patchanka écrit est exact, si donc Jacques Chirac fut «un délinquant, condamné à deux ans de prison avec sursis», ça implique qu'il ne l'est plus puisque sa faute a été sanctionnée par la société et qu'il a purgé sa peine. Patchanka aurait donc si peu de respect pour la société, ses lois et son institution judiciaire qu'elle ou il suppose qu'une personne même sanctionnée par la justice n'en reste pas moins “un délinquant”? Il semble que ce soit le cas. Deuxième problème, «honorer [la mémoire] d'une honnête citoyenne, d'une travailleuse exemplaire au service du peuple»: en quoi cela justifie-t-il une minute de silence dans le cadre d'une institution de la République? Si on devait honorer la mémoire de tous les honnêtes citoyens et travailleurs exemplaires au service du peuple, autant fermer nos écoles, vu le nombre des honnête citoyens, des travailleurs exemplaires au service du peuple qui meurent en France chaque année, ça ne serait plus des minutes mais des semaines, des mois de silence. Troisième problème, Mme Redon, si ce que dit le billet sur les circonstances de sa mort est exact, «Christine Renon, directrice de l'école maternelle Méhul de Pantin a été retrouvée morte sur son lieu de travail. Elle s'était jetée de cinq mètres après avoir [etc.]», alors elle n'était ni honnête, ni exemplaire, ni au service du peuple: vous imaginez le choc des gamins qui voient dans la cour d'école le cadavre ensanglanté de leur enseignante, et en tout cas le choc éprouvé par ses collègues, ses vrais collègues, ceux qui travaillent dans cette école? En matière d'exemplarité et de respect des autres, on fait mieux.

J'aurais bien des chose à dire sur ce billet qui s'habille du voile de la Probité Candide pour dévaloriser toutes nos communes valeurs constituant le socle du respect mutuel entre membres de la société mais à quoi bon tenter d'épuiser ce puits sans fond de la malhonnêteté, de ces ferments de la division qui corrompent profondément le lien social, qui corrompent la société en se protégeant du masque de la vertu? Oui, à quoi bon?

J'ajoute simplement ceci: on comprendra que nos enfants puissent librement condamner sans appel et sans rémission les “délinquants” et dans le même temps être “délinquants” sans remords: si on punit ou récompense non pour ce que les personnes font mais pour ce qu'elles sont pourquoi respecter les lois, la Loi? Je serais Juif, je me dirais, pourvu que Patchanka et celles et ceux qui ont la même philosophie politique ne viennent pas au pouvoir. Je ne le serais pas que je me dirais la même chose, on sait avec qui ça commence, mais on ne sait jamais avec qui sa finit. De l'autre bord, les Patchanka y sont, au pouvoir, simplement ils n'ont pas les mêmes critères en matière de délinquance et d'exemplarité. Je crois bien que tout Français a matière à se considérer Juif, par les temps qui courent, ça lui permettra d'anticiper et de faire les valises quand il verra la tourmente s'approcher de chez lui...

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