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Billet de blog 30 sept. 2022

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Aide au diagnostic: ce qu'il ne faut pas faire.

J'ai depuis peu un problème de santé assez spectaculaire; inquiet de la chose je demande une admission aux urgences, et j'y croise trois médecins qui chacun son tour tentent un diagnostic. Gros ratage, les trois ont plus ou moins réussi à déterminer ce dont je ne souffre pas, mais pour ce dont je souffre, zéro pointé.

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Jusque-là tout va bien, sans vouloir être méchant, au cours de mes soixante-trois ans de vie j'ai rarement croisé de médecin capable de nommer, et donc de curer, un mal dont je souffrais sans cause simple et extérieure (infection virale ou bactérienne, parasitose, accident). Ça ressemble à ceci ou cela donc je vais vous prescrire ceci et cela et si ça ne va pas mieux, revenez me voir! C'est en gros ce que j'obtiens, le plus souvent. Et le plus souvent ça ne va ni mieux ni pire. Comme j'ai une bonne nature ça finit toujours par aller mieux mais sans que le traitement donné y soit pour grand chose – il est même arrivé quelques fois que le traitement empire les choses, ce qui m'induisait à cesser de l'appliquer. La médecine, je le constate, a beaucoup progressé au cours du dernier siècle, et très significativement au cours du dernier demi-siècle, mais sous un aspect il y a du moins bien: en se technicisant considérablement elle a réduit à presque rien le dialogue singulier entre le praticien et son patient, lors de mes premières rencontres avec la profession j'avais le sentiment d'être un sujet d'étude, une personne, désormais j'ai le plus souvent le sentiment d'être un objet d'étude, un “symptôme” ou un “syndrome”. Fascinant entre autres choses de constater que sauf certaines spécialités où a palpation est la règle, les médecins qui vous touchent sont l'exception, ils vous regardent d'un côté, de l'autre, de face, de dos, prennent une feuille avec un questionnaire à choix simple, cochent les cases et selon le résultat du questionnaire vont prescrire un “examen technique”, y compris quand n'importe qui peut comprendre que ça ne servira à rien – le troisième médecin de mon histoire a par exemple prescrit un “scanner” alors que j'en avais déjà subi un le premier jour, avec le même résultat que la première fois, aucun: il n'a rien “révélé”.

Tout ça est de l'ordinaire, ce qui m'a plus ennuyé c'est autre chose, j'ai eu le malheur de donner deux réponses qui, je le crains, ont largement contribué à orienter mes praticiens vers des investigations techniques non en fonction de leurs propres observations ou de mes déclarations sur mon malaise mais en fonction de deux réponses simples à deux questions simples: sur les symptômes, le mot “étourdissements”, et sur ma vie ordinaire, la réponse “alcool”. C'est grâce au troisième que j'ai compris l'erreur: “alcool” + “étourdissements”? Alors, étourdissements parce qu'alcool. C'est tout juste s'il ne m'a pas prescrit une “cure de désintoxication”. Or, depuis les débuts de mon malaise, je n'ai subi aucun étourdissement, sauf le jour où j'ai vu le troisième praticien mais bon, après plus de 24h sans m'alimenter et presque sans boire, c'est sûr que ça commençait à tourner, et de fait en buvant bien (de l'eau ou du café, je précise) et en mangeant un peu, ce symptôme-là cessa immédiatement. Et pour l'alcool, et bien, il m'arrive parfois de boire de la bière, genre un verre, parfois deux, dans la journée, et de loin en loin un verre de vin, dans les périodes où je bois “beaucoup”. Mon principal problème, ce sont des pertes d'équilibre mais, je le précise de nouveau, sans étourdissements ni évanouissements. Le second praticien, devant le constat que le “scanner” ne “révélait” rien et face à la case cochée “étourdissements”, a supposé un possible trouble ORL. Le lendemain j'ai consulté un médecin ORL justement, qui m'a précisé que si ça avait été le cas, j'aurais eu des étourdissements, des troubles de la vision, et bien sûr un trouble de l'audition, trois symptômes absents.

Conclusion de l'histoire: si vous buvez un verre de bière de loin en loin ne dites pas le mot “alcool”, et si vous n'avez pas un certain symptôme, ne faites surtout pas l'erreur de prononcer son nom, vous pourrez faire ce que vous voulez pour expliquer l'erreur que ça ne changera rien au fait que chaque nouveau praticien, consultant votre dossier, verra très vite deux mots, “alcool” et “étourdissements”, ce qui orientera ses hypothèses de diagnostic dans une impasse en les basant sur une information non significative et sur une information fausse...


Ah oui! Une réflexion que je m'étais faite: si vous guérissez d'un mal après une consultation médicale, quand cette guérison n'a clairement pas été favorisée par la prescription qu'on aura faite ne manquez pas de le signaler aux praticiens, ça pourrait leur éviter de croire que, ne revenant pas les voir, vous iriez mieux du fait de leur prescription...

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