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Billet de blog 29 juin 2022

Une nouvelle étape politique

L’élection de Macron, suivie par celle d’une majorité relative de sa coalition au Parlement ouvre une situation politique nouvelle sur laquelle il serait dangereux de s’illusionner.

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Un revers pour Macron… 

Macron a échoué à remporter la majorité absolue dont il aurait tant souhaité disposer pour enchaîner un second quinquennat à l’image du premier, en pire. Sa morgue réactionnaire - microbe que la 5e République cultive sous serre à l’Elysée - l’aura empêché de voir venir ce véritable revers. On le sait, c’est la première fois depuis l’instauration du quinquennat qu’un Président élu ne dispose pas d’une Assemblée à sa main (mais cela n’excuse en rien Jospin). 
A cet égard la coalition électorale NUPES formée à l’initiative de la France Insoumise a joué un rôle essentiel dans ce résultat - pour s’en convaincre il n’y a qu’à mesurer les dégâts de Delga et ses candidats. 

… mais une prédominance des forces réactionnaires

Pour autant, si ce revers compliquera la tâche du Pouvoir, dans des circonstances qui pourtant exigeraient de lui qu’il mette les bouchées doubles, j’en dirai deux mots, il ne peut effacer le fait que ce sont les partis et forces réactionnaires qui dominent l’Assemblée, comme d’ailleurs ils avaient remporté s’en souvient-t’on les deux tiers des voix au premier tour de la Présidentielle. Sans oublier le fait politique de l’existence sur la scène politique d’un porte-parole d’une sorte de fascisme à la française, devançant tout de même la candidate des « Républicains ».

La théorie des « blocs » électoraux (1/3, 1/3, 1/3) avancée du côté de la France Insoumise, est sans doute pertinente arithmétiquement dans un scrutin marqué par une abstention majoritaire et où, donc, seuls deux de ces blocs électoraux pouvaient accéder au 2nd tour. 
Mais pas en terme de classe sociales, à moins de penser que les électeurs de Le Pen et sa bande ne sont pas profondément animés par un sentiment de déclassement profondément nationaliste et rétrograde. 

Et voici que l’élection des vice-présidents de l’Assemblée nationale de ce jour est venue confirmer ce que l’on pouvait deviner depuis, en particulier, l’entre deux tours des législatives. Non, il n’y a pas « trois  blocs » politiques étanches. Il n’y a pas de digue entre « Renaissance » (sic!) et le « Rassemblement National ». Et si, en effet, Macron n’a pas eu de majorité au Parlement sur son « projet » (que dans le détail personne ne connaît), ceux qui sont majoritaires dans les élections sinon dans le pays ce sont les réactionnaires. Concurrents, oui, différents, certainement, mais - ils ne se privent pas de le rappeler quotidiennement, partageant un certain « esprit de responsabilité » qu’ils dénient à notre camp. 

Et dans les circonstances actuelles, disons-le, aucune de ces forces n’a intérêt, ni envie, de dissoudre l’Assemblée nationale.

Une situation internationale particulièrement menaçante 

Mediapart publie aujourd’hui un article  assez complet sur la crise multiforme qui tenaille l’économie mondiale par tous les bouts, et qui souligne à juste titre qu’elle vient de loin, et que Covid et guerre précipitent des tendances à l’oeuvre depuis longtemps.   

Je n’aurai pas la prétention ici d’y ajouter quoi que ce soit, mais il faut mettre en relation les développements brutaux de la crise systémique du capitalisme avec ce qui se joue à l’Assemblée nationale et, plus généralement dans les cercles du pouvoir.

Par contre il faut tout de même mentionner deux autres facteurs d’inquiétude à l’Elysée ou au Quai d’Orsay : l’annonce par l’Allemagne qu’elle va se doter de la plus grande armée d’Europe, d’une part, et le glissement progressif des anciennes colonies africaines hors de la la poigne vermoulue de la Françafrique.

Une telle situation commande à quiconque entend défendre les « intérêts nationaux » (du Capital), déguisés dans les costumes élimés de la « République » ou de la « Nation », une très forte dose « d’esprit de responsabilité ». 

La NUPES : une alliance bienvenue mais une dynamique limitée

Autant il faut être reconnaissants à la France Insoumise d’avoir entrepris de recoudre ce qui avait été déchiré en particulier par le quinquennat Hollande-Valls, autant on ne pouvait trop attendre de miracle de l’alliance d’avec ceux qui avaient axé l’essentiel de leur campagne à tirer à boulets rouges ou verts sur le candidat de l’Union Populaire, Jean-Luc Mélenchon. 

Et quand bien même on ne peut être qu’admiratifs du travail de synthèse effectué en quelques jours pour aboutir à un programme partagé pour ces législatives, autant on ne peut pas penser que les gens n’ont pas de mémoire ni de réticences, ou que les attaques des derniers mois, bref, la division, se serait évaporée sans laisser de traces.

Je me permettrai, cela dit, de souligner que c’est grâce au score réalisé par JLM que cette alliance a été possible, ce qui donne raison à toutes celles et ceux qui, comme moi, ont fait campagne pour lui et pas pour le candidat soutenu par leur parti ou mouvement d’origine.

En tout état de cause il faut bien constater: si dynamique militante il y a eu, elle est restée assez limitée comme le montre le graphique qui suit. 


Certes, on peut à bon droit se féliciter du doublement du nombre de députés de Gauche au Parlement, nonobstant la question des investitures. Mais il faut raison garder  : il y a loin de l’alliance du moment à une situation où nous serions en mesure de conquérir le pouvoir (toutes choses égales par ailleurs s’entend). 

Une opportunité d’agir pour recomposer le champ politique

Sans jouer les Nostradamus sur les développements politiques à venir, deux choses paraissent certaines et peuvent aider à savoir comment se rendre utiles dans la séquence qui s’ouvre.

* La première -  on verra bien quelle forme prend l’ouverture toujours plus à droite de la Macronie après le vote en faveur des Vice Présidents RN aujourd’hui - c’est que le Pouvoir va devoir coûte que coûte mener une politique qui fasse payer (par l'inflation, par des « réformes ») à la majorité de la population la défense des intérêts des plus grands groupes industriels et bancaires du pays. Or il sort dévalorisé, délégitimé, des séquences électorales. C’est donc sur une perspective de conflictualité sociale que nous nous situons.

* La deuxième c’est qu’une génération militante s’est engagée autour de l’Union Populaire. 

Si la dynamique limitée de la Nupes n’augure pas d’un avenir radieux pour cette alliance au forceps (d’ailleurs il n’y a pas eu vraiment de Parlement pour la NUPES tandis que celui de l’Union Populaire ne s’est pas dissous), la combinaison de ces deux éléments doit pousser celles et ceux qui n’ont pas renoncé à faire reculer le capitalisme, le marché-roi, à pousser à la création de formes politiques permettant ce que la campagne électorale, de part sa nature même, n’aura pas permis :

- permettre à une génération de construire son programme en dépassant et en débattant de la base posée pour les législatives;

- pour cela, se doter - à partir de l’Union Populaire - d’un cadre réellement démocratique, lequel n’existe pas aujourd’hui, et sans lequel le débat, mais aussi les investitures aux élections, pourront avoir lieu avec du temps, et être tranchés par la pratique mais aussi par un fonctionnement qui soit une ébauche de la 6e République que nous voulons. On en est loin, et c'est précisément un obstacle qu'il faut travailler à surmonter. 

C’est en tout cas dans cette direction, qui est celle du Socialisme Démocratique (pas de la vieille social-démocratie!) , que tout particulièrement, celles et ceux qui s’étaient engagé-e-s ou parfois sont encore à Génération-s devraient s’orienter. 

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