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Billet de blog 5 mai 2011

Xavier Bertrand, anti-syndical chez lui

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Article publié dans la Nouvelle Vie Ouvrière

 Quelque soit le lieu, la ville ou le bassin d’emploi, le décor possède toujours les mêmes caractéristiques. C’est austère, certes, mais avant tout utile. Chaque union locale ou départementale aux couleurs de n’importe quel syndicat, cherche d’abord au travers de ses militants à être efficace. Pour la décoration on n’a pas vraiment le temps. Pourtant, l’attachement de ces maisons communes est viscéral ou affectif, comme un lieu appartenant profondément aux militants. Alors, lorsqu’un élu local ne cherche pas à découvrir la réalité de la vie syndicale, de ce qui fait et structure cet engagement si particulier, et que d’un coup de signature sur un document administratif, il choisi de mettre à la porte le locataire, la réaction ne peut être qu’à la hauteur du préjudice. A Saint Quentin (02) comme à Cannes, la CGT se retrouve confrontée au problème.

Pour Saint Quentin, la mise au ban vient d’un élu qui n’est autre que le Ministre du travail, pourtant si désireux d’afficher devant les caméras de télévisions son souci du dialogue social. « La belle affaire ! » marmonnent en coeur Elisabeth Guilbert et Guy Fontaine à l’union départementale CGT de l’Aisne « lorsque nous avons demandé une entrevue à Xavier Bertrand, il nous a répondu une fin de non recevoir » ajoute Elisabeth Guilbert la secrétaire générale. Il aura fallut l’intervention directe de Bernard Thibault leur secrétaire général, suivie d’une missive de Michel Doneddu secrétaire de la CGT, pour que le Ministre ouvre sa porte aux représentants  picards en janvier de cette année 2011. Depuis plus rien à part le recours à un référé, dont la CGT a fait appel, suivit  d’une ordonnance d’expulsion par huissier de justice alors que ledit appel n’a pas été rendu.

La bourse du travail de Saint Quentin à quelques particularités qui semblent déplaire au Ministre Maire.

Tout d’abord depuis 1901, la CGT y réside seule et en plein centre ville, à quelques mètres de l’Hôtel de Ville sur une place baptisée Gracchus Babeuf. Tout un symbole. Le portrait du révolutionnaire orne d’ailleurs l’immense salle des conférences.

Depuis le début du XXème siècle, des centaines de militants se sont succédés en y laissant un peu d’eux-mêmes à chaque fois. Une vieille bibliothèque surannée en témoigne. Des ouvrages ont été ajoutés les uns à côtés des autres, au fur et à mesure que les décennies ont traversé l’histoire. L’odeur douce de vieux papiers humides se distille doucement. Le bâtiment, une immense construction datant du XIXème siècle et appelé le Palais de Fervaques a été bâtit grâce aux fonds de la bourgeoisie locale pour environ 3 millions de francs or en 1894. L’argument des élus locaux s’appuie sur un besoin de place pour le conseil des prud’hommes. Malheureusement pour eux, la réforme de la carte judiciaire voulue par le Gouvernement précédent ne va pas dans le même sens. La CGT compréhensive peut admettre que sa présence dans cette illustre bâtisse puisse être discutée, à condition de ne pas y perdre au change. 

Une proposition en sous pente

 Pour l’instant les seules propositions de l’équipe municipale sont loin d’être à la hauteur des 700m2 utilisés aujourd’hui par l’union départementale ainsi que l’union locale CGT. « Lorsque nous avons visité les locaux que les élus nous proposaient, il n’y avait pas de salle de réunion digne de ce nom, nous devions vivre en sous pentes sans avoir le droit d’afficher quoi que ce soit » ironise Guy Fontaine. Dans le département Picard, la mobilisation des 5000 militants s’est organisée. Pétitions, rassemblements et prises de paroles se succèdent. L’union départementale CGT met en place des initiatives aussi bien culturelles que populaires pour donner à voir et à entendre à la population. Ainsi, l’idée de mettre sur les murs de la façade, les portraits des journalistes otages en Afghanistan ou encore la célébration du 110eme anniversaire de la bourse du travail participent de ce mouvement qui sert l’engagement syndical sous une forme moins habituelle. « Ces élus n’ont aucune idée de ce qu’est une organisation syndicale. Je suppose qu’ils s’imaginent que nous avons besoin d’un bureau et d’un téléphone, c’est affligeant ! » Ajoute Elisabeth Guilbert.

 Dans un communiqué datant de ce mercredi 4 mai, la confédération générale du travail estime que :  « La démarche de Xavier Bertrand est totalement discriminatoire. C’est la seule CGT qu’il entend déloger et dont il entend réduire les moyens de fonctionnement. Le vote des salariés aux dernières élections prud’homales a largement placé la CGT en tête, tant sur le département de l’Aisne que sur la ville de saint-Quentin. Et c’est aux moyens de fonctionnement de la CGT que Xavier Bertrand s’attaque.

 Il apparaît clairement qu’il s’agit d’une orientation politique concertée au sein de l’UMP. Des procédures similaires sont engagées à Châteauroux dans l’Indre et à Chartres dans  l’Eure et Loir. Sans doute, la CGT dérange ce parti politique, en  raison de la fermeté de son action contre les réformes antisociales, conduites par le Président de la République et le gouvernement. Sans doute l’actuel parti majoritaire veut-il séduire l’électorat d’extrême–droite, foncièrement hostile à l’action syndicale confédérée et tout particulièrement à celle de la CGT.

 La CGT refuse le diktat de xavier Bertrand. La CE confédérale du 2 mai a exprimé à l’UD de l’Aisne et à l’UL de Saint-quentin la solidarité de toute l’organisation.

 La CGT mettra tout en œuvre pour ramener le Ministre du Travail  à la raison, afin qu’il renonce à une expulsion arbitraire et propose aux organisations interprofessionnelles CGT de l’Aisne un relogement conforme à leur représentativité et aux besoins des salariés. » 

L’attitude du Ministre, fait des émules à Cannes

 Même constat et même combat à 1000kms de là. L’union locale CGT de Cannes subi elle aussi les foudres d’élus qui n’apprécient guère ce pignon sur rue. La Bourse du travail CGT, est un bâtiment datant de 1971. Son architecture moderniste pour l’époque est labellisée au patrimoine du XXeme siècle. Un bloc de béton brut et de verre qui fait plus penser à un bunker qu’à une villa de la côte d’Azur, le tout à quelques minutes à pieds de la croisette. La CGT est bien présente à Cannes. Chaque rassemblement est une bonne occasion de le démontrer juste sous les fenêtres du magnifique Hôtel de Ville. La bourse du travail est en train de devenir un symbole bétonné. Pour autant, derrière ses murs austères, 700m2 de surface utile permettent une vie syndicale CGT de tout premier plan. L’immense salle de conférences aurait même servi pendant le festival de cinéma. L’originalité des verrières qui entourent la bâtisse, donne un aspect lumineux dans chaque recoin. La lumière a été étudiée avec soin. Une fois accepté, le béton brut permet de vivre dans un espace où les dédales d’escaliers et de couloir autorisent les courants d’airs indispensables l’été dans ce pays de fortes chaleurs. L’hiver, la lumière du soleil fera le reste. 

Malheureusement, depuis plusieurs années, les infiltrations d’eau ont passablement dégradé la bâtisse par endroits. Aujourd’hui la municipalité invoque la vétusté du bâtiment pour déloger la CGT. Le procédé est pour le moins fallacieux. Des travaux d’étanchéité suffiraient à redonner une vie plus facile. Au lieu de cela, la ville propose en tout et pour tout 200m2 pour toutes les organisations syndicales qui seraient ainsi mélangées dans les locaux d’une ancienne agence bancaire : « les élus préfèrent le rapport de force en ignorant volontairement l’histoire et l’implication de la CGT dans la ville, notamment au travers du festival du cinéma. » dénonce Gérard Ré le secrétaire général de l’union locale CGT. Même en considérant que le patrimoine architectural des années 70 peut être discutable, il n’en reste pas moins qu’il peut être valorisé au lieu d’être détruit. « C’est ce qu’ils (les élus ndlr) envisagent. Le problème est que la destruction coûtera bien plus cher au contribuable qu’une transformation. Des engins de démolition ne pourraient pas manœuvrer par manque de place et la sécurité de la voie rapide et de la voie SNCF ne serait garantie. C’est stupide ! » Ajoute Gérard Ré. Près de 2000 militants sont mobilisés à Cannes et dans les environs, avec en substance un profond sentiment qu’au travers de la bourse du travail, c’est toute la CGT qu’on attaque. Ainsi d’un bout à l’autre de l’hexagone ce genres de mesures anti-syndicales se répètent. Le dialogue social est ainsi fait qu'aujourd’hui, il ne demande qu’à sortir de ses murs. C’est un dangereux calcul.

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