Mauvais week-end de Pâques pour Le Progrès

Les médias conservateurs sont en crise économique depuis des décennies, et notamment depuis l'apparition d'Internet. Voici un exemple des articles médiocres que ces médias sont amenés à publier pour survivre.

Il y a 8 ans, pour le week-end de Pâques, Le Progrès (journal régional en Rhône-Alpes) avait le choix pour sa une entre 1. un accident automobile avec une photo fracassante, près de chez nous, et 2. les 25 ans de Tchernobyl, dont tout le monde se contre-fiche. Le choix de l'éditorialiste était vite fait. Le Progrès de Lyon faisait donc sa une avec l'image très violente d'une automobile fracassée, et titrait :


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 "Rhône : week-end pascal meurtrier sur les routes".

Ain. Drame de Balan : le jeune conducteur était alcoolisé.
Publié le 26/04/2011 à 00:00,  vu 9282 fois.

Dans le terrible accident qui a coûté, dimanche matin, la vie à trois jeunes gens de l'Ain et du Rhône, la vitesse mais aussi l'alcool sont en cause. Le conducteur, toujours dans un état grave, roulait avec une forte alcoolémie.

 


Pourquoi mettre l'accent sur un fait divers ? L'automobile est-elle un progrès lorsqu'elle permet de tuer (ou se tuer) sous l'emprise de l'alcool (1 million de morts chaque année dans le monde) ? Ce week-end là, j'ai passé un très bon week-end, et cette "Une" ne cadrait pas avec ce qu'ont vécu la plupart des lyonnais : un week-end familial ressourçant. Le Progrès aurait pu choisir "Un très bon week-end en famille", mais aurait-il vendu autant ?

Comment progressent les ventes du Progrès de Lyon ? Sont-elles en baisse régulière d'année en année? Baissent-t-elle lorsque l'actualité n'apporte plus grand chose de croustillant ? Le gore, l'horreur, le malheur fait-il mieux vendre que la santé, le bonheur ? Qui se délecte de ce voyeurisme malsain ? Des commères, souffrant de solitude, en mal de compassion, qui trouvent là un os à ronger ? Mais comme c'est bon de dauber sur les autres, ou de faire semblant de plaindre les malheureux pour se rassurer sur son propre sort (il y a toujours plus à plaindre que moi, il y a toujours plus idiot que moi...).

Cerise sur le gâteau, il se trouve que le même jour nous fêtions un anniversaire important, celui des 25 ans de la catastrophe de Tchernobyl, signalé par Arte ! En voilà, des morts par centaines de milliers ! En voilà du gore, du meurtrier ! Les liquidateurs, les cancers, les enfants mal-formés, des dizaines d'années plus tard. Mais c'est sans doute trop loin de Lyon, trop abstrait. Si le Progrès de Lyon adoptait une attitude responsable, il aurait pu en faire sa Une. Mais ce sujet fait moins vendre qu'un drame du quotidien qui pourrait toucher des proches, et nourrir les commérages.

Le Progrès de Lyon étant à l'image de la plupart des médias français, j'en viens à me poser la question : les médias de masse sont-ils un progrès ? Laissons les commères commérer.

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