Bien fol qui s'y fie

La gestion de crise du coronavirus révèle la perversité de notre président, et sa tentative d'emprise sur la population. Bien fou celui qui lui ferait confiance.

Un discours surprenant

Comme de nombreux français, j'ai regardé en direct l'allocution du Président de la République ce lundi soir, renforçant les conditions de confinement. Le début était assez convaincant (l'union nationale), et même surprenant. A l'entendre, on pourrait presque penser qu'il prône la décroissance : "Moins de bien, plus de liens", revaloriser la cuisine, la lecture, la culture, le lien social. Évidemment, cloitrés chez soi, nous allons consommer moins, faire un peu plus de DIY et prendre un peu plus notre téléphone. Un bémol cependant, la vente en magasin risque de se reporter sur la VPC, au profit des monstres économiques comme Amazon... avec des conditions de livraison par La Poste qui laissent à désirer, les facteurs n'étant doté d'aucun équipement de protection.

Autre surprise : le Président annonce qu'il faudra revoir la façon dont la santé est gérée dans notre pays, et ne pas l'abandonner au secteur privé. Pourtant, comme le souligne l'auteur de l'article ci-dessous (dont j'ai tiré mon titre), la santé en France est essentiellement publique, et soumise à des restrictions budgétaires décidées par le gouvernement.

Emmanuel Macron, saint Paul de l’Etat-providence ?

 

Nous sommes en guerre

Et puis au fil du discours du Président, nous revoici dans ce vieil artifice de rhétorique : "Nous sommes en guerre" martelé au moins 4 fois. ça me rappelle bien évidemment "Le changement, c'est maintenant" de François Hollande. Nous sommes en guerre, sous-entendu, les français sont en guerre contre le virus. Mais il peut être amusant de se questionner sur ce "nous". La rhétorique guerrière permet d'activer la peur, la parano, et d'oublier la colère... des gilets jaunes. Nous sommes en guerre peut être entendu comme "Nous sommes en guerre contre vous".

macron-16-mars-2020
"Nous, le gouvernement et les forces économiques qui dominent... somment en guerre contre vous, le peuple français, et les gilets jaunes". C'est la logique de la DGR, Doctrine de Guerre Révolutionnaire, qui tire ses origines dans la torture massifiée en Algérie, lorsque le peuple est dangereux, et lorsqu'il est impossible de distinguer ami et ennemi : l’État terrorise toute la population.

J'entends une rumeur circuler : le virus serait une arme bactériologique larguée par les américains sur la Chine, pour l'affaiblir économiquement. Considérons un instant cette rumeur invérifiable comme vraie, le "Nous sommes en guerre" de notre Président résonne alors particulièrement : nous serions les victimes collatérales de deux super-puissances qui s'affrontent par tous les moyens. Là encore, l'éclairage de la DGR est intéressant : tous les moyens sont bons pour guerroyer, bien loin des simples armées conventionnelles (pression économique, propagande médiatique, brevets et espionnage, piratage informatique, manipulation psychologique, etc.).

Cette rhétorique guerrière participe d'un discours d'intimidation. L'événement est amplifié, présenté comme la crise sanitaire la plus importante depuis le siècle dernier, ce qui est totalement faux, comme le fait remarquer Patrick Pelloux. Si le Président de la République - le protecteur des intérêts financiers - intervient, c'est essentiellement pour protéger ces derniers.

Patrick Pelloux, 13 mars 2020 : « Pourquoi ils bougent ? Parce qu’il y a une crise financière… »

La France est aujourd'hui coupée en deux : une partie consumériste angoissée et apeurée, sous emprise... et une partie "alternative", autonome, adulte, responsable, qui cultive l'entraide, la créativité et les capacités de résistance.

 

Quelques bonnes nouvelles

Notre Président a sans doute bien fait de maintenir le premier tour des municipales, ce qui a permis d'élire l'essentiel des postes, et a pour effet de nous débarrasser enfin de l’indéboulonnable Gérard Colomb, qui a montré son peu d'honneur avec son aller-retour au ministère de l'Intérieur. Enfin la place aux jeunes à la Mairie de Lyon, à une autre génération plus à l'écoute de son époque.

adele-haenel-mediapart

J'ai découvert grâce à Médiapart l'actrice Adèle Haenel et son témoignage. J'aime son discours qui prend de la hauteur, et pointe résolument le phénomène d'emprise. L'emprise est basée sur la peur, l'isolement, le respect du conformisme social. Bref, elle est toujours à proximité.

Les deux semaines de confinement offertes par notre Président peuvent nous permettre de réduire la voilure, réduire nos excès, et paradoxalement sortir de nos isolements.

MediapartLive: Adèle Haenel brise un nouveau tabou dans le cinéma

#MeToo dans le cinéma: l’actrice Adèle Haenel brise un nouveau tabou

 

Episode n°2

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.