Bien fol qui s'y fie n°3

Impressions au bout d’une première semaine de confinement. La crise sanitaire révèle les inégalités de situation et l'incurie politique.

Il y a quelques mois, en discutant avec des amis, j’avais lancé « qu’une épidémie mondiale, ça nous pendait au nez ». Je ne pensais pas que cette épidémie arriverait aussi vite. La voici donc. Passé l’étonnement de cette première semaine, nous avons besoin de nous organiser et de nous projeter.

S’organiser peut se faire à distance, grâce au réseau. Le direct A l’air libre en est un bel exemple.

Inégalités de situation

Il est clair que le confinement questionne tous les aspects de la vie, et fait apparaitre des diversités de situations très inégales. Les hommes s’en sortent surement mieux que les femmes, les familles mieux que les individus isolés, les campagnes mieux que les villes, les salariés mieux que les professions libérales, les transnationales mieux que les PME, les télétravailleurs mieux que les travailleurs physiques… Les travailleurs précaires contraint d’aller trimer sans contrepartie d’équipements sanitaires. Et beaucoup de minorités risquent d’être oubliées : les personnes dont la santé est plus faible, les personnes fragiles psychologiquement… et comme le fait remarquer Mathilde (Mediapart, A l’air libre n°1, vers 40’) les femmes sous emprise, exposées aux violences conjugales…

Un film plein d’humour et de pédagogie : Je ne suis pas un homme facile, avec Vincent Elbaz et Marie-Sophie Ferdane.

 

L'Hopital compte les sous on va compter les morts © PumP_uP_The_VolumE L'Hopital compte les sous on va compter les morts © PumP_uP_The_VolumE

Solidarité ou défiance

Ce qui apparait de plus en plus, alors que nous n’avons pas encore atteint le « pic » de mortalité en France, c’est l’incurie politique. La capacité à anticiper et à organiser, fonction que nous attendons habituellement de la politique, fait défaut.

Être solidaires entre nous, bien-sûr. Avec toutes les difficultés inhérentes. Par exemple, lorsque je me promène avec un masque sur les quais du Rhône, je passe pour un pestiféré, et mon regard est systématiquement évité. Pas un bonjour. Si nous étions sur un chemin de randonnée en Ardèche, les bonjours seraient lancés par les mêmes personnes. Question de contexte. Et comment être solidaire avec des voisins brutes épaisses, gueulant toute la journée, parlant un français rudimentaire, et diffusant fenêtres ouvertes une musique qui n’est pas de mon goût ?

Solidaires avec le corps médical… évidemment. Ces personnels soignant que le virus saisit en plein « mouvement social » (euphémisme pour réactions syndicales face à la maltraitance gouvernementale). Applaudissons tous ensemble à nos fenêtres à 20h, mais ces mêmes voisins se fichaient pas mal des grèves et des manifs de la santé publique… ou des gilets jaunes… Faut-il les insulter pour autant sur le net ?

Mais solidaires de nos gouvernants, comment dire… Est-ce encore possible ? C’est la défiance qui nous saisit envers le corps politique, comme je le titrais dans mon premier article, à propos du discours du Président ordonnant le confinement ce lundi. Et pour ceux qui ont l’insulte facile, voici un texte qui permet de convertir sa colère en réflexion.

« Les connards qui nous gouvernent », par Frédéric Lordon (Les blogs du Diplo, 19 mars 2020)

Episode n°4

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