Décrypter les étiquettes alimentaires, n°1 - Présentation

L'industrie agro-alimentaire remplace les produits naturels cuisinés avec soin par des ersatz chimiques douteux. Ces produits artificiels, complexes, dont on ne connaitra sans doute jamais la nocivité liée à une combinatoire infinie (plusieurs additifs, doses, individus...), défient le principe de précaution, le bon sens, la prudence ou l'intuition en matière d'alimentation et de santé.

Les responsables politiques sont souvent au mieux absents, au pire en collusion avec les intérêts industriels, pratiquant le chantage à l'emploi. Les organismes de contrôle (AFSSA, AFFSSAPS, InVS) jouent aux apprentis sorciers, en cherchant à établir des doses maximales très hasardeuses. Il ne nous reste qu'une solution : contrôler par nous-mêmes ce que nous mangeons. Le travail peut être fastidieux s'il faut éplucher toutes les étiquettes. Et pourtant, c'est ce que nous devons faire si nous voulons prendre au mot la cinquième chambre de la cour du Luxembourg, dans son arrêt du 26 octobre 1995, qui considère qu'une cochonnerie de sauce en sachet peut être commercialisée sous l’appellation de "sauce béarnaise", en référence à la recette traditionnelle de la sauce béarnaise, la vraie.

Même s'il est possible que les consommateurs soient induits en erreur dans certains cas, ce risque reste minime... En effet, tout porte à croire que le consommateur qui fonde sa décision d'achat sur la composition du produit commence par lire la liste des ingrédients (Arômes dans notre assiette, p. 31).

Mais bien sûr ! Je vois rarement des gens lire la liste des ingrédients dans les magasins, ce qu'il est pourtant possible de faire pendant qu'on attend à la caisse.

Et puis je comprends l'embarras de la cour du Luxembourg : il serait difficile de commercialiser une sauce intitulée : "Préparation artificielle en sachet - imitation de la recette traditionnelle de la sauce béarnaise".

Une solution radicale : abandonner les supermarchés, et les chaines de la grande distribution, pour prendre la tangente, et nous tourner vers ceux qui nous respectent encore : les fabricants artisanaux, les magasins bio et les producteurs directs.

Ce travail individuel méticuleux et un tantinet rébarbatif trouve un relais collectif, grâce à des ouvrages spécialisés et des sites collaboratifs. En voici deux exemples.

Décrypter les étiquettes alimentaires - 600 additifs alimentaires passés à la loupe - Yves Brunellière

Le site : les additifs alimentaires

On trouve sur ce site des analyses d'étiquettes, nouveau passe-temps instructif pour occuper les longues soirées d'hivers sans télé. Par exemple, le fameux Nutella, qui s'avère être essentiellement de l'huile (surtout pas de l'huile de noisette) et du sucre.

Une banale sauce salade

Je commence par un produit qui semble anodin : un petit sachet de sauce salade trouvé en même temps qu'une salade achetée chez un boulanger : "ilou sauce salade". Je ne l'ai pas ouvert, pour ne pas gâcher le goût de ma salade. Bien m'en a pris puisque je lis en caractère minuscule (mon grand âge m'oblige à enlever mes lunettes tellement c'est minuscule) : E224, E330, E412-E415, E202. Ça fait beaucoup d'additifs pour juste 10 g de sauce !

Grâce au site de Yves Brunellière, nous détaillons rapidement ces ingrédients, auxquels j'ajoute mes commentaires :
E220 : Disulfite de potassium. Il me semble que l’appellation populaire est "sulfite", les fameux sulfites des bons vins français. Inconvénients probables : allergie, asthme, irritations gastriques.
E330 : acide citrique. Hélas, sûrement pas issu du jus de citron, mais un pur produit chimique issu d'une culture de microorganisme comme la moisissure Aspergillus niger (Arômes... p.156). Selon le principe du "Totum" bien connu en herboristerie (le tout est plus que la somme des parties), je doute fort que notre organisme assimile aussi bien du pur acide citrique, comparé à l'acide citrique du citron qui est associé à une multitude d'autres substances contenues dans le jus de citron.
E412 : Gomme de Guar. On peut supposer ce produit inoffensif, puisque issu d'un haricot indien (Cyamopsis tetragonolobus L.), mais comme tous les produits exotiques, notre corps n'est pas toujours préparé à les assimiler, telle la gomme arabique.
E415 : Gomme xanthane. Polysaccharide naturel, produit à partir de la bactérie Xanthomonas campestris. C'est naturel, mais je doute que nos grand-mère en mangeaient au quotidien. Allergie.
Comment faut-il interpréter épaississants : E412-E415 : E412 et E415, ou E412, E413, E414, E415 ? Dans ce dernier cas, le législateur autorise-t-il à raccourcir l'indication ?
Et dans ce cas nous avons en plus toute la famille des gommes :
E413 : Gomme adragante. Une colle ! Naturelle...
E414 : Gomme arabique. Il y en a partout, puisque c'est un support des arômes artificiels (Arômes dans notre assiette, p. 148). Provenant du Sénégal et du Soudan, ce produit était traditionnellement inconnu des européens. Est-il utilisé dans l'alimentation traditionnelle soudanaise ? Allergie.
E202 : Sorbate de potassium. Allergie.

Et finissons par une petite note de poésie commerciale, trouvée sur le site du fabricant :
Les sticks sont conçus pour accompagner vos produits dans une aventure gourmande. http://www.soreal.fr/gamme_restauration.htm

Conclusion : pour Soreal et ses 10 000 tonnes de sauces fabriquées chaque année en Espagne, l'allergie est une aventure... gourmande ! Si vous souhaitez rejoindre le club des VIP allergiques, consommez régulièrement la sauce salade iluo.

Solution de contournement : emmener avec soi un petit set déjeuner, comprenant une mini fiole d'huile (Olive par exemple), et une mini fiole de vinaigre (Balsamique, Xérès...).

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.