Reims Aviation : Une bien étrange réquisition du ministère public

Un F406 devant l'usine de Prunay (Marne)

Vendredi dernier, le tribunal de commerce de Reims a été le théatre d'une étonnante réquisition du ministère public dans le cadre d'une procédure de règlement judiciaire.

Reims Aviation Industries, Constructeur de l'avion F406, acteur historique de l'aeronautique rémoise, a été placé en règlement judiciaire le 10 Septembre 2013, sur injonction du procureur de la république, saisi par le comité d'établissement. La gestion de l'actionnaire et président de la société avait amené celle ci au gouffre.

Après 6 mois de redressement judiciaire, ayant épuisé ses dernières ressources, la société s'est retrouvée vendredi dernier devant le tribunal de commerce qui durant 4 heures d'audience en chambre du conseil a auditionné les trois projets de reprise.

Deux projets ont été particulièrement examinés:

Le premier, présenté par une petite société locale de 14 personnes, s'est engagé:

  • à reprendre 31 salariés, 
  • à investir 500K€, 
  • et à transférer la production historique du F406 de reims aviation à une société américaine de moteurs d'avions, Continental Motors, filiale à 100% du groupe chinois AVIC. 

Les termes precis de cet accord n'ont pas été rendus publics, mais la perte de technologie est bien réelle, il n'y aura désormais plus d'avion construit à Reims.

Le second, présenté par les cadres de la société, avec l'adhésion de la majorité du personnel, prévoit:

  • la conservation de 47 emplois, 
  • l'investissement de 8,5M€ sur le site (dont 3M€ ont d'ores et déjà été déposés en garantie aupres des administrateurs judiciaires pour financer le capital de la société rémoise, à direction francaise, qui serait ainsi créée), 
  • et la poursuite de la construction de l'avion sur le sol Rémois, à l'aerodrome de Reims-En-Champagne. 

Le financement est assuré en grande partie par un fond d'investissement basé à Hong Kong, attiré par les excellentes perspectives commerciales de l'avion en Chine.

Deux projets sérieux donc, bien étayés, mais aux conséquences sur l'emploi, la technologie et l'investissement tres différents.

Dans sa réquisition, le procureur de la république de Reims, s'appuyant sur une analyse tranchée qu'il est le seul, nous l'espérons, à partager, a choisi de privilégier la rupture présentée par la start up locale,plutot que la continuité du plan présenté par les cadres de la société. D'un revers de manche, et dans un élan réthorique exceptionnel, il a:

- jugées negligeables les difficultés que rencontrerait une petite société qui voit ses effectifs passer de 14 à 45 personnes du jour au lendemain, 

- cèdé l'avion de Reims Aviation à un groupe chinois qui le fabriquera désormais aux États unis, sans aucune contrepartie sérieuse visible,

- envoyé 16 personnes au chômage,

- et privé la France de 8.5 m€ d'investissements étrangers.

Devant ce comportement étonnant, et pour le moins contraire à la position du ministre du redressement productif qui privilégie l'investissement et l'emploi, nous ne pouvons plus qu'espérer que le tribunal de commerce de Reims se montrera plus sage dans son jugement prévu mardi à 16.00 et saura ainsi  préserver nos technologies et les interets des salariés de Reims Aviation.

 

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