Résilience et reconstruction L'art du kintsugi

Deux mois de solitude ont, pour certains, créé dans leur être des fissures psychologiques qui loin d’être une fragilité, peuvent avec un peu de réflexion et de volonté transformer la vie en œuvre d’art, en un être nouveau. Une technique ancestrale, consiste à réparer un objet en soulignant ses lignes de failles avec de la véritable poudre d’or, au lieu de chercher à les masquer.

Résilience et reconstruction. L'art du kintsugi

Les jours se suivent et se ressemblent inévitablement quand notre espace extérieur se trouve réduit à une peau de chagrin tandis que notre espace intérieur peut enfin se libérer des carcans du quotidien et trouver la place qui lui revient.

La dualité de ces deux mondes insécables est notre force autant que notre souffrance quand un déséquilibre les met en concurrence.

Deux mois de solitude ont, pour certains, vidé leurs corps des fatigues accumulées laissant la place à un vide qu’ils ne savent comment combler. Ces fissures psychologiques, loin d’être une fragilité, peuvent avec un peu de réflexion et de volonté transformer la vie en œuvre d’art, en un être nouveau.

Une technique ancestrale, découverte au XVème siècle au Japon, consiste à réparer un objet en soulignant ses lignes de failles avec de la véritable poudre d’or, au lieu de chercher à les masquer.

Cette philosophie de reconstruction nous apprend comment réparer nos blessures en développant l’art de la résilience pour la mettre à profit dans notre développement personnel

De la solitude de l’instant, apprenons à dépasser notre état actuel de dépendance à la négativité, pour que cette énergie absorbée par notre corps, lors de la déformation de notre espace vital par cette période de confinement, se transforme en une force de création et de réaction à notre soumission.

Après le choc traumatisant de ce confinement. Après cette indigestion de négativité, de colère et de frustration, comment pouvons-nous, dans un esprit de reconstruction, dépasser le choc d’un événement de cette importance, puisque inédit dans notre vécu, si ce n’est qu’en cessant d’être les victimes soumises d’un avenir incertain.


Nous avons tous notre part de responsabilité dans le devenir de ce monde que nous occupons sans jamais nous poser la question des actions concrètes que nous pouvons accomplir au quotidien pour qu’un rééquilibre des forces de vie et de mort deviennent cohérent.

Accepter nos peurs, n’est pas en soi une fragilité mais au contraire une force qui nous pousse à aller vers un avenir plus acceptable. Si nous acceptons individuellement de prendre part à nos responsabilités, c’est d’or que nous couvrirons les fissures de notre société.

La transmission des compétences universelles nous permet une évolution lente mais indéniablement constructive des expériences positives et négatives que l’homme et la femme ont subies pendant des millénaires.

La différence entre le bien et le mal est une des premières valeurs sur laquelle furent basées bien des civilisations sans qu’aucune ne puisse les maintenir magnanimes et désintéressées par des gouvernances élitistes. L’homme a, jusqu’à présent, imposé ce pouvoir de suprématie dictatoriale pour le modèle romain, ou oligarchie pour les Grecs ou monarchie pour les autres, dans lequel la concentration de tous les pouvoirs demeure entre les mains d'un individu, d'une assemblée, d'un parti, d'une classe, qui fit de toutes ces civilisations des échecs cuisants.


Il est peut être temps de passer à autre chose. Vingt siècles de ce genre de régime ont eu, il me semble, assez de temps, pour faire la preuve de leur inefficacité, de leur destruction envers les valeurs humaines les plus élémentaires.

Je ne sais si la femme est plus amène de relever un tel défi, et seul, sans doute, l’avenir nous le dira. Faut-il encore que notre société lui donne une chance de s’exprimer plus librement. Sans que son discours ne reflète celui des hommes qui l’ont asservie depuis des siècles.

Depuis les années soixante, on entend parler de la libération des femmes, de l’évolution de leurs statuts en tant que mère, que femme, travailleuse, mère au foyer, de l’acquisition de leur droit de vote ou à disposer de leur corps mais qu’en est-il de leur esprit.

Loin de toutes ces belles promesses, on a oublié de lui rendre sa dignité et de respecter sa différence et ses particularités qui font d’elle un être à part entière. Un être doué de capacités intellectuelles et de sensibilité propre à son sexe mais également à son vécu.

Être ou devenir des insoumises ne fera évoluer notre réflexion sur le monde que si celle-ci est équitablement partagée avec la gent masculine et que par nos différences, nous puissions nous retrouver et exister dans un équilibre propice à la reconstruction d’une société autonome dans le respect de tous.


Sortir de nos prisons dorées est sans doute le seul objectif qui nous tient à cœur en ces moments d’isolement. Condamnés pour incompétence à n’avoir pas su gérer les signes de détresse de notre terre, nous voilà comme des prisonniers sanctionnés d’isolement. Sanction pénale la plus sévère en France comme dans bien d’autres pays. Comme les détenus, nous voici isolés de la société et de nos proches mais aussi isolés physiquement, par les murs et sans doute beaucoup d’incompréhension.

Tels des animaux confinés en cage nous souffrons d’inactivité, de manque de relations sociales mais surtout d’espace de vie trop réduit nous coupant de la réalité de notre besoin d’exister. Peu importe que nos lieux de vie fassent 200m2 ou seulement 30m2, cela ne change en rien nos besoins primaires comme être stimulé, agir, jouer, et se mettre en mouvement pour assurer notre survie.

Si cette inactivité est une importante source de troubles du comportement chez les animaux, qu’en est-il chez l’humain coupé de ses connexions sociales, humaines et sentimentales.

Pourra-t-il mettre à profit les sentiments contradictoires qu’il aura accumulées pour réfléchir au devenir de son espèce où une fois de plus, la majorité des personnes resteront insensibles aux insupportables inégalités de notre société ?


Les clivages de notre société vont-ils se creuser indéfiniment ou trouverons-nous dans notre insoumission l’énergie nécessaire à l’élaboration d’un dialogue qui prônera la résistance aux forces gouvernementales et dominantes ?

Femmes et hommes trouveront-ils dans la gestion de leurs émotions, le comportement qui garantira au mieux leur survie et leur reproduction?

Autant de questions qu’il nous faudra éluder, si nous ne voulons pas nous disperser dans des conjonctures aléatoires que même l’avenir n’est pas certain d’élucider.

Sans colère, sans peur, dépassant la surprise et la tristesse nous devons objectivement avancer vers le bonheur de tous et de chacun. Dans un même élan qui fera fi de nos différences, de nos superstitions et prérogatives.

Nous ne pouvons répéter les comportements qui nous ont menés à cette crise sans précédent et gérer cette surcharge mentale générée par le confinement pour la mettre à profit et libérer de nos cerveaux les neurones endoloris pour déclencher des comportements efficaces. Libérer nos émotions primaires et affranchir notre motivation de toute barrière intellectuelle dans le calme nous permettra de retrouver notre efficacité pour faire face à l’implosion des nouvelles difficultés qui vont inévitablement émerger de notre déconditionnement et auxquelles il faudra faire face.

Pour le jour d’après, nous devons agir avec circonspection mais volonté. Signer des pétitions est certainement un acte civil et nécessaire pour marquer notre envie de changement mais ne sera certainement pas suffisant si nous désirons changer et faire évoluer les fondements de notre société.

Un engagement de tous les instants par notre vigilance à ce que le monde auquel nous aspirons ne soit plus le théâtre des inégalités. Un monde où les rapports de force se trouvent inversés, dans lequel les femmes ne sont plus dominées, dans lequel l’accès à l’eau et à la nourriture soit assuré. Un monde dans lequel la pauvreté se conjugue au passé et où les communautés décident ensemble de leur devenir.

Nous sommes des millions, des milliards de voix qui ne demandent qu’à résonner à l’unisson pour devenir porteuses de changements. Il ne tient qu’à nous pour que notre impact en tant que citoyen devienne redoutable.


Les hirondelles et les martinets ne nous font pas la gueule, des dizaines de milliers d’entre elles ont été fauchées par des vents particulièrement violents dans leur migration de l'Afrique vers l'Europe du Nord.

A la date du 15 avril, la pandémie causée par le coronavirus a fait plus de 200 000 morts sur la planète.

Plus de 2,8 millions de cas ont au total été diagnostiqués dans 193 pays et territoires. Ce chiffre ne reflète toutefois qu’une fraction de leur nombre réel, beaucoup de pays ne testant que les porteurs du virus requérant une prise en charge hospitalière.


Nous devrons donc vivre avec nos morts et le peu d’hirondelles qui ont survécu.


Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! »

Et le colibri lui répondit :« Je le sais, mais je fais ma part. »

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