Et maintenant qu’est ce qu’on fait ! Ou le déconfinement d’un citron trop pressé.

En plein confinement, les hirondelles tardent à arriver. Comment survivrons-nous à une invasion de moustiques si les oiseaux disparaissent de notre ciel ? Quelle doit être la position de la femme dans la reconstruction d’un monde du vivant. De quelles forces intérieures disposons-nous pour changer ce qui paraît aujourd’hui inéluctable et retrouver notre dignité.

Chapitre 1 : Même les hirondelles nous font la gueule

 

Quatre semaines de confinement, tels des canards déplumés dans des nids souvent bien trop étroits. Que du silence.

Depuis ma fenêtre, seul cadre de lumière de mon existence actuelle, c’est le calme plat. A part quelques nuages grisaillant dans le ciel bleu, ici ou là, qui ballottent au gré du vent, rien à l’horizon.

Nous sommes le 6 avril et toujours pas la moindre hirondelle dans le ciel.

Imaginez un printemps sans hirondelles, sans leur vol inlassable, qui font chanter le ciel.

Imaginez les millions d’insectes non dégommés qui vont nous pourrir la vie tout l’été.

Les nuits d’insomnies à chasser les moustiques et mouchettes qui nous rendront vite la vie impossible.

Déjà que nos ailes seront toute ankylosées par cette restriction de mouvement que nous impose un minuscule virus.

Je n’ose imaginer ce que serait notre liberté retrouvée.

 

Des canards boiteux, lardés de pustules, mijotant dans leur démangeaison et leur rancœur face à cette nouvelle calamité. Les dix plaies d’Egypte, à côté , c’est de la gnognotte. Qu’en avons-nous à faire que l’Australie brûle de mille feux consumant sans répit la flore et la faune, ne laissant dans un futur proche que désert et cadavres encore fumant. Qu’en avons-nous à faire que nos rivières soient tellement polluées qu’elles en sont devenues imbuvables. Qu’en avons-nous à faire que des nuages de sauterelles ravagent les déjà pauvres cultures d’Afrique. Ils en ont l’habitude. Ils savent mourir de faim avec dignité, eux.

Nous, nous devrons faire face à ces myriades de moustiques qui empoisonneront notre sang. Quand la pénurie de spray répulsif et crème protectrice nous frappera de plein fouet, que nous restera-t-il sinon nos ongles que j’espère nous n’aurons pas rognés d’ici là pour nous arracher la peau.

Nous devrons à nouveau nous calfeutrer derrière des moustiquaires made in China, à condition que les Chinois se soient remis à bosser comme des esclaves pour des salaires de misère, que les transports de masse dans les airs et par containers auront recommencé à sillonner notre air, nos mers et nos océans pour les polluer encore un peu plus. Les poissons et les hirondelles n’avaient qu’à bien profiter de la trêve pour se refaire une santé.

Ou alors nous porterons la burqa, nous nous couvrirons de voiles et de grillages, non en signe de respect pour une quelconque religion ou pour simplement rester en vie face à la démence de certaines sectes d’extrémistes, juste pour nous permettre de parer au ravitaillement de nos estomacs toujours plus extensibles. Serons-nous capables , nous les femmes, de couvrir nos corps sans laisser transparaître nos formes que nous désirons si hardiment alléchantes et offertes aux regards de tous, de nousrefuser le plaisir de la brûlure des rayons du soleil, toujours plus forte à mesure que la couche d’ozone s’estompera.

 

Nous les femmes, dis-je, car en tant que telles et n’ayant jamais réussi à percer le secret de la raison de ces hommes qui se veulent, quel qu’en soit le prix, à rester les plus forts dans une éthique fort peu recommandable. Ils n’ont donc aucun besoin de mes conseils pour conserver leur suprématie. Je parie que même les moustiques n’en voudront pas. Et puis la guerre, ils aiment ça, je les vois déjà armés de lacrymos et de leurs armes à défaut de tapettes à mouches à essayer de contenir cette armée invasive. Il faut bien utiliser les stocks d’armes engrangés par nos gouvernements respectifs pour rassasier la gourmandise des marchands d’armes toujours aussi puissants, si gras et si riches. Toujours aussi imbus de leur suprématie. Pourquoi s’en priveraient-ils. Conditionnés par nos gouvernants qui leur mangent dans la main, leur quémandent leur asservissement pour conserver leur pouvoir de mener la société à sa perte quelles qu’en soient les conséquences. Le peuple n’est il pas depuis bien trop de générations de la chair à canon, de la main d’œuvre à bon prix, répondant à leur bon vouloir d’engranger des richesses illimitées dans lesquelles ils se vautrent sans aucune dignité.

 

A me lire vous allez penser que j’ai une dent contre la gent masculine, c’est sans doute vrai car elle représente une très grande majorité de nos dirigeants, gouvernants, patrons, chef religieux ou de famille. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de femmes aussi nuisibles que les hommes, elles semblent seulement moins nombreuses et sont bien plus souvent victimes que bourreaux. L’histoire nous en est témoin. C’est donc surtout tout un dentier que j’ai contre les pouvoirs en place, contre ces fausses démocraties qui font encore rêver ceux qui ne la vivent pas de l’intérieur.

Liberté, égalité sur le fronton de nos mairies ne sont que des leurres que seule la fraternité des plus pauvres maintient en utopie.

 

Puisque là, seule dans ma tête, martelant les mots qui me démangent à coup de stylo sur le papier, ayant enfin trouvé le temps de m’exprimer, je m’autorise le choix de me faire tous les cinémas que je veux et je ne vais pas m’en priver. Ce ne sont pas les scénarios qui manquent.

 

Plus d’hirondelles, plus de printemps. J’ai la rage, mal de tête et le cœur lourd.

La lecture m’embrume l’esprit. Le rêve n’est plus de ce monde.

Je me confine dans la réalité des masses et je me laisse envahir par l’absurdité d’une telle irréalité. Je demeure subjuguée et anéantie devant la télé pour m’abrutir d’informations, qui en fait ne sont qu’une triste et pénible transmission et d’entretiens bien réfléchis d’une peur lascive, envoûtante, déstructurante, destructrice de matière grise et toute réflexion constructive, enrubannée de culpabilité, d’irresponsabilité, voir appelant au développement d‘une délation subversive.

L’information, dans le sens du partage de connaissances, une investigation permettant de comprendre, de s’instruire et d’assimiler un état de fait, une réalité actuelle à laquelle nous devons faire face, cette information là, a depuis longtemps disparu pour être remplacée par un lavage de cerveau systématique. Plus de télé ni radio libre, si peu de presse restée autonome. Tout est au service de l’état ou de riches groupes de finance qui dirigent le monde depuis plus d’un siècle sans aucune limite ni respect pour qui que ce soit, pour quoi que ce soit.

Nous sommes figés dans le mensonge et la dictature des idées, fossilisés dans des moules préfabriqués dont il est de plus en plus difficile de se libérer.

Et ne croyez pas qu’internet, cette magnifique toile au service de la liberté d’expression et de pensée soit privilégiée. Ce n’est qu’une boîte de Pandore, avide de vous avaler, vide de sens, que nous remplissons d’illusions.

La masse d’informations ou je devrai plutôt dire de désinformations qui nous submerge fait de nous de simples réceptacles d’idées préconçues et bien ficelées. De quoi se dévoiler la face et asservir ses pulsions d’auto-congratulation. Miroir, oh miroir, dis-moi qui est la plus belle. Et que je te croque dans la pomme qui va me rendre unique, qui va rassasier ma vie de tous ces manques qui me trouent l’estomac.

Que j’avale le ver avec un bon petit coup d’autodérision.

Que les couleuvres grignotent mes méninges.

Que les séries deviennent mon pain quotidien, l’hostie de la rédemption, une bénédiction de ce temps à jamais perdu à ne savoir que faire de ma vie, si ce n’est que de me repaître de celles des autres dans des fictions à la hauteur de mon désenchantement.

Que la violence soit mon plat du jour, la mort le plat de non-résistance, que le sang gicle jusqu’à couvrir la totalité de nos écrans, suintant de plaies béantes, d’une bestialité tellement banalisée que les mots me manquent . Ce qui n’est pas courant.

Reste l’amour , l’amour trituré , mitonné à toutes les sauces, qui dans une gamme illimitée pour bercer l’apogée de mes désillusions. Et cerise sur le gâteau, ne pas devoir penser, se laisser porter par le fantasme d’une vie heureuse et simple si bien transmise par des scénaristes qui continueront à nous servir, jusqu’à plus soif, un flux ininterrompu d’illusions, tant que nous en demanderons, tant que nous les avalerons pour pallier au vide de notre existence. Du vide, du vide et encore du vide. Un plein de vide jusqu’à l’écœurement, jusqu’à la nausée.

 

Mais comment pour beaucoup d’entre nous, qui avons si peu l’habitude de profiter de ces espaces de temps vides, libres de toute contrainte, si ce n’est que celle de se confiner. Rester ou devenir con finira par avoir raison de la raison que nous perdons chaque jour à grignoter notre individualité, le respect de nous mêmes et de la vie. La nôtre et celle des autres.

Si ce n’est que de chercher dans le ciel, l’espoir d’une hirondelle.

 

Faudra-t-il se contenter d’un miroir aux alouettes et continuer de réfuter ce que nous sommes devenus. Pouvons nous continuer à croire que nous sommes dans une phase ascendante de l’évolution de l’humanité. Que le dérèglement météorologique n’est que la suite logique d’une évolution dont nous n’avons aucune responsabilité.

Pouvons-nous éternellement nous prendre pour des Dieux à qui tout est dû. Nous avons perdu le respect de la race humaine, de la faune et de la flore.

Nous avons troué et pompé la terre de toute ses ressources dans un délire de possession et du prêt à jeter. Nous renouvelons notre garde-robe pour répondre aux exigences de la mode, de notre pouvoir de possession, comme si nous cueillions des pâquerettes dans une prairie pour nous en faire des colliers que nous jetterons à peine portés, à peine fanés. Sans jamais penser que, peut être, des pâquerettes, si on se met tous à les cueillir, il n’y en aurait pas pour tout le monde.

Faudra t’il raser les forêts et exterminer la faune et la flore qui y essayent tant bien que mal de survivre ?

Faudra t’il condamner les champs de denrées alimentaires pour semer des pâquerettes comme nous sommes prêts à le faire pour produire un substitut d’essence pour répondre à la pénurie des produits pétroliers qui ne devrait tarder.

 

Sans jouer à la girouette, sport national par excellence, pour en revenir à l’alouette, le miroir sans tain, sans avenir, dans lequel nous nous projetons est il vraiment le reflet de ce que nous voulons ou pouvons y voir.

Il est tellement plus facile de se voiler la face que de se décider à ouvrir les yeux pour accepter les rides qui inévitablement marqueront notre visage mais également le paysage dans lequel nous évoluons, car notre passage laisse, derrière nous, sur la terre, des sillons de plus en plus profonds dans lesquels plus rien ne poussera si nous même nous n’y semons rien de bon. À force de récolter sans rien donner, sans rien offrir gracieusement, sans rien attendre en retour de cette terre dont nous brûlons les dernières forces par une culture plus qu’intensive, par des productions OGM, par des épandages assassins d’engrais et défoliants chimiques toujours au nom de la rentabilité, du profit immédiat.

 

Nous nous desséchons, brûlés par l’éclat de notre égoïsme, de notre inconscience.

Nous sommes restés des enfants capricieux, certes obéissants, mais capricieux et égoïstes.

De la tétée au biberon, de la panade aux pizzas dégoulinantes de fromage, nous avons pris goût à cette nourriture, qu’elle soit alimentaire ou spirituelle, à ce que ce pain béni nous tombe en ligne directe dans nos estomacs et comble les vides de notre cerveau.

Si la nature a peur du vide, la nôtre a été si comblée de denrées inutiles qu’il ne reste plus la moindre place à une réflexion libre. Au même titre que la nature, dont nous faisons partie, nous avons été ratissés, arrachés, désherbés de toute pensée qui ne serait pas calibrée. La moindre mauvaise herbe a été chassée, persécutée, piétinée pour que nos jardins intérieurs deviennent aussi stériles que des cendres calcinées et nos cœurs plus secs que de la pierre de lave. Nous avons oublié de devenir, figés dans un manque d’énergie dont on a négligé d’alimenter nos corps autant que nos esprits comme si nous étions inusables ou considérés comme de simples pantins prêt à être consommés, à être jetés. Nous avons oublié que nous sommes des acteurs de l’évolution de notre monde, que nous sommes partie intégrante de cette évolution. Si nous ne représentons qu’une unité infinitésimale de ce tout qui nous dépasse par la richesse de son immensité, nous sommes aussi des êtres vivants au même titre que la plante qui pousse sur notre appui de fenêtre ou que le chat qui ronronne sur nos genoux. Peut-être sommes nous simplement devenus de belles plantes confinées sur notre balcon ou des animaux domestiqués à l’extrême. A peine si nous voyons plus loin que le bout de notre nez, absorbés par notre égo démesuré, par la profondeur de notre nombril.

 

Imaginez, juste un instant, d’où vous venez !

Pas seulement du ventre de votre mère, à mijoter bien paisiblement dans ce liquide chaud et rassurant pendant une gestation de neuf mois.

Imaginez la fusion de deux entités éclatant instantanément en un mouvement de vie, d’élaboration, de construction qui va vous permettre de devenir un être humain unique et un. Indivisible.

Si à dix ans l’organisme est constitué et que l’on aime courir, à vingt ans l’énergie est au sommet de sa force, c’est l’âge de la créativité et de l’exubérance. A trente ans, c’est l’âge des réalisations avec un esprit et un corps au sommet de son harmonie. A partir de quarante l’énergie décroît, déjà, pour s’anémier de dizaine en dizaine jusqu’à retourner au néant.

Pourquoi en serait-il autrement de la terre, puisque tout organisme vivant est soumis à cette loi inflexible. Si ce n’est que son cycle se comptabilise en million d’années.

Maintenant que nous sommes seuls, petits humains derrière nos carreaux, tenus en respect par un milliard de petits de virus, maintenant que nous pouvons prendre le temps de réfléchir, de prendre conscience de notre petitesse, de notre inévitable lien irréversible et notre connexité irrévocable avec l’immensité de notre terre, de notre univers, de notre ultime jardin.

Maintenant que nous avons compris que nous ne sommes rien, que nous sommes tout, regardons au loin ces enfants que nous laissons mourir de faim, ces enfants que nous tuons au nom d’une économie de masse, que nous réfutons comme existence libre et réelle. Ils sont si loin de notre regard, de notre envie de voir et de savoir, si loin de cette réalité que nous vivons dans notre chair. Dommage collatéral d’un monde sans humanité.

Et regardons un peu plus près, autour de nous, ces enfants que nous côtoyons tous les jours, que nous écrasons comme des vermines au nom d’une éducation pour tous dans l’irrespect de toute individualité, de tout développement personnel ou social. Tous pareils. Dans une dictature de la compétitivité et de la serviabilité. Éducation d’où la notion d’entraide, de respect a été gommé pour une manutention de masse efficace et asservie .

Qu’est devenu notre sens des valeurs. Au nom de quelle évolution pouvons nous anesthésier nos sens et nos responsabilités face au devenir de tous pour préserver les privilèges de certains ?

Peut-on ravager inopinément la vie, pour ne semer que la mort et vouloir récolter les bienfaits d’un tel comportement ?

Doit-on pour préserver notre confort individualiste, accepter l’innommable et vouloir survivre en toute impunité ?

 

Tout cela parce que l’hirondelle est censée faire le printemps.

Ces fameux printemps, si aptes et prédestinés aux révolutions. A ces élans de liberté dus sans doute à une montée de sève excessive.

Pour ne retenir que quelques exemples, dès Mai 1789, en France, les états généraux s'ouvrent dans un contexte social tendu. Depuis le début de l'année 1789, les émeutes se succèdent ; quelques jours plus tôt, les 27 et 28 avril, « l'affaire Réveillon » faisait des centaines de morts faubourg Saint-Antoine.

Viennent ensuite en 1848 les printemps des peuples ou printemps des révolutions qui mettront l’Europe en ébullition, Lassés des souverainetés, les peuples réclament la liberté de mouvement et l’émancipation sociale pour tomber dans une marmite bouillante de libéralisme et de nationalisme.

Plus d’un siècle et des poussières plus tard, Le printemps de Prague vite domptée par la suprématie de la Russie qui normalisera cet élan de liberté réclamant la liberté de presse, d’expression et de circulation et qui rêvait d’une démocratie. Et de Mai 68, que reste t‘il si ce n’est que l’ombre d’une liberté déguisée.

De La révolution arabe de 2010, quelques démocraties rapidement avalées par l’hiver arabe au nom de l’islam intégriste et de l’or noir. Ce fut également pour les Chinois le temps d’une manifestation qui fut matée en deux mois d’avril à juin en 1989.

Il suffit de lire les livres d’histoire pour apprendre que la montée de la sève n’est jamais sans danger. Mais au bout du compte le résultat est toujours le même. Après des automnes à panser ses plaies, l’hiver finit toujours par arriver avec ses vagues d’austérité. Tous les mouvements dits sociaux ont été récupérés, étouffés dans l’œuf et anéantis, ravalés par les décideurs et écrasés au nom d’un certain libéralisme dont seul les plus riches profitent.

Les acquis sociaux sont revenus à leur plus simple expression, les droits aux soins médicaux et une éducation respectueuse de individualité, de l’épanouissement de chacun sont bafoués ouvertement au nom de la sacro-sainte économie de marché.

Mais comme le dit si bien un proverbe chinois : « On ne peut retenir le printemps dans son jardin. »

 

Si faute de grives on mange des merles, doit-on à défaut d’hirondelles faire la politique de l’autruche et rester comme l’oiseau sur la branche à bayer aux corneilles.

 

Comment admettre comme le pense George Sand que le cœur de l’homme est fait pour la tranquillité comme un oiseau pour la cage. 

A défaut de n’être qu’une poule, dois je me conformer au chant du coq pour me mettre à trier le grain de l’ivraie. Si pour une fois, je me refusais à être le dindon de la farce, bavarde comme une pie, saoule comme une grive, ivre de liberté de gazouiller comme un pinson et de voler dans les plumes de l’insouciance quitte à en perdre quelques-unes.

La nuit porte conseils, car c’est en elle qu’il fait beau de croire en la lumière. L’insomnie berce mes désillusions en vagues d’espoir.

J’en crève sur le tas

sans remords

sans honte

dans ce silence qui n’existe pas

trop de bruits

trop de mensonges

de hontes

de colères

Plus envie de vivre le monde

dormir

dormir d’un sommeil profond

sans la fatigue du temps

sans espoir pour demain

je baille sans corneille

que le sommeil me prenne

que les rêves s’estompent

que le vide m’absorbe

que l’oubli me fasse humaine

que le silence me rende femme

que la douleur s’estompe

que mon corps revienne

que mon esprit s’éveille

 

Soyons

seules

que résonnent nos voix dans le corps des hommes

que nos ventres se gonflent de vie respectée

 

cessons d’être l’ombre de ce monde qui écrase la vie à coup de talon

soyons source de terre et non plus un réceptacle de chair à canon

 

que nos rides nous libèrent de notre avilissement

que nos sourires rendent à la vie le droit d’être.

 

Qu’importe le fond quand l’âme a le dessus

 

Essayons de comprendre de quoi sommes nous faites. De quoi pourrait être fait demain.

Imaginons.

Des corps nus dans la nuit des temps. Sans prestance, sans devenir. Même pas encore arrachée à la côte d’Adam. Eve. Eves à l’aube d’une évolution dont nous n’avons aucune conscience. Animales parmi les animaux. Nous voilà grosses. Nous voilà déesses puisque nous enfantons, nous créons la vie sans contrainte. Dans l’enfance de l’humanité, le mâle n’a pas encore compris ce qu’est l’acte de reproduction, seul son instinct, son désir viscéral nous pénètre, attiré par les odeurs lascives que nous émettons dans ce cycle naturel sur lequel nous n’avons aucune prise.

Nous devenons femelles.

Nous sommes mères.

Protectrices de la vie et divinités.

On nous couvre de colliers de coquillages, d’os ou d’arêtes finement sculptés, de parures de peaux de bêtes.

Le mâle chasse, nous cueillons, entretenons le feu , nourrissons les enfants. Le mâle protège la meute et petit à petit la fait sienne.

L’esprit se développe. Devenus adolescents, les mâles guerroient, nous voilà chamanes peut être, les voilà maîtres sûrement.

A partir de là les meilleurs chasseurs deviendront chef pour leur vaillance, leur témérité, leur résistance face aux éléments. Leur suprématie ne fera que grandir et quand ils comprendront que l’acte sexuel est indispensable à l’acte de vie, leur égo démesuré érigera des phallus de plus en plus grands à la gloire de leur puissance. à partir de cette époque, nous commencerons à être bannies de toute gloire, de toute responsabilité, pour ne devenir qu’un réceptacle de leur progéniture, mâle de préférence pour que perpétue la race des plus forts. A part quelques exceptions qui confirment toujours les règles. Nous deviendrons de plus en plus soumises et nos libertés bafouées. Nous serons sacrifiées aux dieux, aux bons désirs de nos maîtres. Nous subirons excisions ou autres mutilations génitales pour nous ôter tous désirs. Pouvant être répudiées si nous ne donnons pas naissance à des mâles. Pouvant être violées par un droit cuissage auquel nous devrons nous soumettre en silence. L’éducation de masse nous sera interdite, et les religions, toutes écrites par les hommes nous relégueront aux rangs de servantes de dieux ou des hommes. La jouissance ne sera plus tolérée sauf si leur bon vouloir fait de nous des putains, des courtisanes, des esclaves sexuelles.

Quand les guerres ne laisseront plus assez de mâles, nous nous ferons nonnes et mettrons notre vie au service de dieux et quand ce ne suffira pas, ils nous brûleront sur des bûchers en criant aux sorcières.

Une fois emballée, la machine ne s’arrêtera plus, leur égocentrisme démesuré nous écrasera sous les bottes de leurs ambitions, de leur cruauté.

L’essor industriel du dix-neuvième siècle a fait de nous des esclaves sans aucun droit, payées deux francs six sous pour des journées interminables, dans des conditions exécrables. Les guerres meurtrières du vingtième siècle, grandes dévoreuses de chair à canon, de la main d’œuvre corvéable à merci. Toujours violées, mourant en couche ou d’épuisement, renouvelables, jetables et coincées dans les lois masculines nous empêchant le libre choix de notre vie, de notre corps, de notre esprit, de notre intelligence.

Il faut savoir que le droit de vote des femmes en Suisse date seulement de 1971 et a été généralement accordé aux femmes dans la moitié du 20ème siècle pour l’Europe! En France les droits de vote et éligibilité ont été acquis en 1944. En 46, la suppression de la notion de « salaire féminin » voyait le jour et en 1965 les femmes mariées peuvent exercer une profession sans l’autorisation de leur mari. En 1967 la contraception est autorisée par l’état mais n’est toujours pas reconnue ni acceptée par l’église à l’époque actuelle, jugeant qu’un viol est moins grave qu’un avortement. On peut violer, torturer, tuer à coup de machette, de couteau, de fusil, de poing mais le droit à disposer de son corps est encore une notion loin de faire la majorité dans le monde.

En France, au pays des droits de l’homme et de l’égalité, il faudra attendre 1983 pour que soit posé le principe de l’égalité entre les femmes et les hommes et en 2000 la promulgation de la première loi sur la parité politique et sur la mise en œuvre d’une politique globale d’égalité des chances dans le système éducatif. Mais en 2020 le salaire des femmes reste toujours inférieur dans bien des cas. Pour celles qui font le choix de travailler à mi-temps pour s’occuper de leurs enfants, elles ne toucheront qu’un minimum de vieillesse équivalent à la moitié des retraites masculines. Cherchez l’erreur.

 

Quelles seront leur places, à ces oies blanches, quand elles pourront enfin sortir du nid malgré toutes ces belles lois qui ne servent en fait qu’à les rendre l’égale des hommes sans leur en donner les moyens ?

 

Que feront-elles de cette cervelle de moineau, confinées aux nids depuis des siècles, quelles que soient les civilisations dans lesquelles elles se sont débattues, imprégnées de ce passé ancré dans leur esprit, dans leur corps, dans leurs cellules, au plus profond de leurs gènes.

Tel les arbres, l’humain garde dans son évolution les traces de ses souffrances, de ses meurtrissures. Elles sont inscrites dans notre patrimoine humanitaire au même titre des ruines qui peuplent cette terre.

Comment pourrons nous nettoyer cette mémoire cellulaire du corps à défaut de celle de l’esprit ? Ce corps déjà meurtri avant de naître, avant de n’être, réceptacle d’une mémoire profonde, puissante, inaltérable et extrêmement intelligente. Ce corps qui parle par là ou il a souffert et que nous n’écoutons pas, préférant anesthésier nos souffrances physiques et mentales par une chimie invasive créée en masse par des laboratoires pharmaceutiques bien peu scrupuleux de notre bien être, voire de notre guérison.

Comment pourrons nous reprendre le contrôle de nos vies, drillées comme nous l’avons été à n’être que des êtres inférieures, serviables à merci, sans vraiment de place dans cette société masculine si ce n’est que pour alimenter leurs fantasmes ?

De notre corps magnifiquement sculpturé par des canons de beauté, diktat du monde publicitaire et des religions qui nous veulent toujours jeunes, belles et silencieuses.

Le monde n’a jamais cessé d’évoluer et les esprits de s’enflammer pour des idées toujours nouvelles, à la limite de la science et de la recherche de son identité. L’homme n’a toujours pas compris le sens de son existence à défaut d’être persuadé d’être le seul et unique maître de l’univers.

La naissance de la psychanalyse a fait des femmes son sujet privilégié. Les jugeant futiles, fragiles et irréfléchies, nous voici devenues en un tour de pensée, hypersensibles. Jamais ils n’ont été aussi près d’une vérité universelle et incontournable. Nous sommes en effet, des êtres hypersensibles confrontées à un monde inhumain auquel nous devons faire face tous les jours de notre existence, refluant au plus profond de nous, cette souffrance inavouable dans ce monde masculin dans lequel seule la force fait loi.

Jung (1875-1961) en parle comme d’un « caractère enrichissant »avec certes des aspects négatifs, comme une sensibilité accrue à la peur et, ajoute-t-il : « Néanmoins, si cette sensibilité a des conséquences destructrices pour le sujet, on doit bien admettre qu'on ne peut pas la considérer comme bien normale ». Il n’est en effet pas normal de devoir, pour survivre, faire abnégation de notre nature profonde au profit d’un masque conventionnel qui étouffe notre réalité et notre raison d’être.

 

Nous frôlons la déraison au plus près de la folie. L’asile psychiatrique, enfin un bon moyen de se débarrasser des femmes. Entre 1864 et 1889, pendant 25 ans, il est certifié que l’asile permettait d’enfermer des femmes dites instables, voire carrément « folles » à la suite d’actes aussi anodins que des « mauvaises fréquentations », une « agitation politique » voire intellectuelle, ou même la lecture de romans qui ne peut que déstabiliser ces êtres inadaptées aux réalités de leur monde jusqu’à les rendre folle. La subjectivité de la folie permettait d’enfermer à peu près n’importe quelle femme pour n’importe quelle raison. 

 

A l’époque actuelle, on se contente généralement de l’emploi d’une camisole chimique. Bien plus pratique et gérable pour cette société de camouflage dans laquelle nous évoluons. Même les hommes ont de plus en plus du mal à supporter cette société dévastatrice et inhibitrice de sentiments réels. On évalue à un Français sur quatre sous psychotropes, anxiolytiques, antidépresseurs, somnifères ou calmants prescrits par les généralistes. Même plus besoin de parler de troubles mentaux pour avoir droit à ces pilules dorées.

De l’angoisse à la phobie, nous serons rapidement canalisés dans la docilité, épurés de tous sentiments contradictoires et ou asociales. C’est à coup de médocs qu’on nous fait maintenant rentrer dans le moule d’une société civilisée à la pointe de la technologie. Même Zorro, ce coup-là, ne peut plus nous aider.

Sous son masque de sauveur, à la pointe de son épée, d’un Z la société désire faire de nous des zombies aux zygomatiques figés. Les zazous et les zèbres n’ont qu’à bien se tenir. Les zélés n’ont qu’à se façonner à la zenitude à défaut de devenir zinzin.

Nous en sommes tous là.

Une intensité émotionnelle nous ronge de l’intérieur. Vous vous laissez fréquemment envahir par vos états d’âme, vous fondez en larmes, vous êtes très empathiques, vous vous attachez facilement aux autres et vivez des relations intenses et souvent dévastatrices.

Pas de chance , vous êtes et serez toujours hypersensibles. Vous avez une prédisposition à l’hypersensibilité, qui vous colle à la peau, dans un environnement ou une histoire personnelle qui vont plus ou moins l’affirmer.

N’en cherchez pas la cause, elle est en vous et vous devriez être fière de la ressentir, de la laisser s’exprimer.

C’est comme si pour la première fois dans l’humanité les œillères nous étaient ôtées, nous permettant de voir le monde tel qu’il est dans toute sa cruauté mais aussi sa beauté.

Nous ne sommes, inévitablement, actuellement qu’une minorité, qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes, mais les grands changements ne se font jamais brusquement. Il faut accepter cette hypersensibilité comme une force plutôt que de la combattre, il nous faut la respecter comme un don, une clairvoyance de la réalité à développer.

Il paraît que c’est en partageant nos expériences dans des situations inconfortables, que nous arriverons à nous retrouver. Je ne vais donc pas m’en priver.

Que de mon regard éructent donc pleurs et richesses du monde, que de mon mal être naisse un futur qui ne peut être pire.

Si l’hypersensibilité ne doit pas uniquement se “gérer”, si elle est aussi à développer, autant la faire vibrer dans notre confinement, entre nos murs, que son résonnement envahisse l’univers et décloisonne les humains de leur folie.

 

Puisque le temps m’est donné, je vais la faire vibrer, je vais déployer mes sens à défaut de mes ailes pour qu’ils s’épanouissent en moi, pour qu’ils vibrent en harmonie parfaite entre mes rêves et la réalité. Je vais la nourrir jusqu’à satiété, qu’elle prenne vie et ampleur dans mon corps desséché et décupler mes forces, je vais faire allégation à mon jugement dans une confiance totale.

L’hypersensibilité est une lumière qui brille avec la même intensité qu’elle nous brûle les ailes, nous clouant au sol, nous rendant plus vulnérables face aux comportements agressifs des autres, aux mensonges pieux, aux déceptions, aux sarcasmes, à l’inacceptable, mais nous libérant inévitablement du poids de l’inexistence en nous rendant tellement plus fortes, puissantes et vivantes, plus libres.

 

Et cette nuit, je me contenterai de l’éclat de la lune, de la brillance des étoiles pour me guider dans le silence.

 

C’est sans aucun doute un don inestimable qui nous permet d’apprécier la solitude, de nous construire ou reconstruire de l’intérieur sans le fracas du monde extérieur, sans ses mensonges et ses actes de soumission . Cette sensibilité émotionnelle nous permet de nous connecter plus intimement à notre moi profond que nous avons trop longtemps négligé, enfoui comme une malédiction au plus profond de nos tripes.

Mais comment ne pas se carapacer, arrêter de se sentir vulnérable face aux stimulus du monde extérieur, si ce n’est qu’en prenant sur soi de transpercer notre conscience meurtrie pour accéder à un autre regard, à une conscience de nos capacités qui nous permettra d’apprécier la beauté du monde et de l’humain quand il ne la camoufle pas d’idéalisme incongru et destructeur.

 

Comment survivre sans faire de cette vulnérabilité émotionnelle et sensitive une force à recréer un monde à la hauteur de nos ambitions, de nos rêves, de nos mots ?

J’aime à regarder le reflet du monde dans l’onde vague de mes songes

 

Dans l’ocre et les bleus

je crée l’espace d’un temps meilleur

je donne vie à mes peurs

me noie dans les regards qui reflètent ma torpeur

mon cri de désespoir

à vivre tant de haine

à croire un monde meilleur

 

Des ocres de la terre

naissent les ombres

des visages de lumière

des regards perdus

aux visions éphémères.

 

De la profondeur du ciel

émergent les sentiments

des solitudes sans lendemain

des espoirs déchirés

aux rêves incertains

 

Entre le ciel et la terre

je me pose

en silence

dans la solitude de l’instant

la tristesse du moment

la joie de l’espoir

la finitude qui sommeille en nous

pour nous

entre le ciel et la terre

je suis

je reste ce que je sais

 

Entre le ciel et la terre

je me pose

j’écoute

le bruit de la fureur

le crissement de la peur

 

Entre le ciel et la terre

je me fige

regarde l’imaginaire

sais l’ignominie

la cruauté

l’anéantissement de l’humanité

 

Entre le ciel et la terre

je m’éveille

je hume

le regard de la haine

le poids de la souffrance

 

Entre le ciel et la terre

je me libère

je sens

les rides du désespoir

la tristesse du bout des doigts

 

Entre le ciel et la terre

je me relève

je dis

les mots qui blessent

les rêves qui renaissent

 

Entre le ciel et la terre

je suis,

je vis

les moments de torpeur

les espaces de bonheur

Entre quatre murs, dans le silence de la nuit, les mots cascadent en ondes fraîches de mon esprit, s’écoulent en rivière de diamants, débordent de ma conscience et envahissent les plaines désertées de sentiments inavouables. Sans peur ni reproche, je laisse déborder les émotions qui me submergent. Je laisse s’écouler de mes veines les débordements de non-dits. J’avale les étoiles et la lune qui ne brillent que pour moi.

A grandes lampées d’émotions je me désaltère de la fraîcheur de l’aurore et je fouille le ciel à la recherche de la première hirondelle qui nous rendra l’illusion du printemps.

 

 

Nous sommes le 10 avril et les premières hirondelles pointent le bout de leur bec.

Pas bien nombreuses, elles sillonnent le ciel de leur vol désordonné.

Le soleil brille.

Nous sommes toujours confinés dans nos espaces intérieurs et le port du masque est de plus en plus recommandé. Que le sourire soit à jamais banni de notre vue mais reste bien présent dans nos corps et nos esprits.

Nous ressemblons de plus en plus à des canards.

Le corona a œuvré à transformer les cygnes splendides en des canards malheureux.

Privés de liens sociaux, nous sommes tous des canards enchaînés à nos habitudes, engloutis sous des couches épaisses d’autosatisfactions ou d’insatisfactions puissantes.

 

A moins que, enfin libérées des chaînes de la respectabilité, du qu'en-dira-t-on, du m'as-tu vus, du mimétisme de masse, notre vrai nature puisse enfin se déchaîner, révélant à notre plus grande surprise un besoin irrépréhensible d’aimer son prochain, de lui faire confiance. Et si du fond de nos tripes se dévoilait notre nature profonde, ce savoir ancestral qui nous a permis de survivre à toutes les crises que l’humanité a traversé ?Que ce soient les grandes épidémies ou les guerres dévastatrices, les violences les plus extrêmes ou simplement la folie des hommes et femmes de pouvoir à se vouloir maître de notre monde, de notre vie, rien n’a jusqu’ici réussi à nous exterminer.

Nous nous sommes toujours relevées, plus fortes de ces calamités. Redressant toujours un peu plus la tête, certes en continuant à plier l’échine , persuadées que notre soumission est notre rédemption.

Nous avons oublié que nous sommes des louves. Que la survie de l’humanité tient à l’éducation que nous avons donnée à nos enfants, de la protection dont nous les avons couverts à l’aube de l’évolution. C’est de notre corps, de notre vie, de notre lait qu’ils ont tiré leur force.

Les mâles dominants essayeront toujours de faire entendre leurs grognements pour se faire respecter de la meute, entretenant ainsi la peur et la soumission. Si nous avons aussi facilement appris à courber l’échine, il est temps de redresser la tête , de libérer notre esprit et notre parole pour affronter ensemble et dans une solidarité constructive le devenir de nos enfants, de notre progéniture que nous avons eu le culot de mettre au monde. Que cessent pour eux le temps de l’esclavage camouflé et de l’obéissance aveugle à une société de pouvoirs et de mensonges.

 

Où est la vérité dans ce monde obscur et sans espoir qu’ils veulent nous faire gober comme des œufs d’autruche, que nous sommes prêtes à enfouir notre tête dans le sable à la moindre frayeur.

Si nous ne relevons pas le défi de nos peurs, de nos angoisses, jamais notre civilisation ne pourra s’épanouir dans le respect et la dignité. Nous resterons des êtres perdus et isolés dans la noirceur de nos pensées, sans vie ni droit décisionnaire dans l’abnégation totalitaire de notre conditionnement.

Derrière nos rideaux bien calfeutrés, qui là, maintenant peut nous empêcher de libérer nos entrailles de ces corsets qui entravent nos mouvements et par manque d’oxygène notre cerveau.

Nous ne devons plus plaire qu’à nous mêmes, sans risquer d’être jugées par quiconque.

De la taille de guêpe, devenons les abeilles qui construiront l’avenir. Créons des alvéoles de rébellions que nous emmiellerons de nectars suaves et nourrissants.

Nous couvrirons nos visages de masques pour résister à leur épandage intempestif de produits chimiques, de leur gaz lacrymogène.

Nous boucherons nos oreilles pour que leurs cris et leurs menaces cessent de nous abrutir.

Nous couvrirons nos yeux pour nous concentrer sur notre vision intérieure de ce que doit être le monde que nous voulons offrir aux générations suivantes. Pour que l’humanité avec un grand H subsiste et arrête de s’autodétruire.

Nous sommes des louves. Rendons à notre corps cette évidence, à notre esprit cette lucidité, cette vérité pour celles que nous méritons d’être, pour le respect que la vie nous doit à être femme, à être mère, à être libre.

Ne soyons plus quelques hirondelles, décimées dans ce ciel de printemps à chercher le nid qui accueillera notre progéniture, l’avenir de notre devenir. Hurlons à la nuit, à la lune, par les fenêtres ouvertes notre retour à la vie. Chantons à tue tête notre volonté de devenir. Rêvons à voix haute de nos ambitions.

 

Soyons enfin, dans la plus simple des dignités, ce que nous sommes réellement. Jetons au monde nos carcans, notre soumission, nos peurs et nos angoisses.

Être positif, ce n’est pas se bercer d’illusion en croyant que tout se passera bien. Mais avoir conscience que, quoi qu’il arrive, il est possible d’en tirer bénéfice, d’apprendre et de s’enrichir personnellement pour en faire profiter le plus grand nombre.

 

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