Eau ! sœur Anne ne vois-tu rien venir !

Je ne vois rien que le soleil qui poudroie et l'herbe qui verdoie. Nous avons été à deux doigts de ne plus la voir cette herbe verdoyer car de soleil nous n’avons point manqué mais d’eau, oh combien elle a fini par faire défaut à nos salades. Nouvelle aube, nouvelle lueur d’espoir, l’eau miroite un renouveau et arrose les esprits fertiles.

Eau ! sœur Anne ne vois-tu rien venir !

Je ne vois rien que le soleil qui poudroie et l'herbe qui verdoie.

Nous avons été à deux doigts de ne plus la voir cette herbe verdoyer car de soleil nous n’avons point manqué mais d’eau, oh combien elle a fini par faire défaut à nos salades.

Nouvelle aube, nouvelle lueur d’espoir, l’eau miroite un renouveau et arrose les esprits fertiles. Une aubaine pour les limaces et escargots.

La journée sera grise et certainement bien morose sans cette lumière indispensable à notre discernement dont nous baigne le soleil.

Ce retour dans la grisaille des villes est inévitablement une nouvelle épreuve pour ceux qui doivent y vivre, y survivre dans l’isolement le plus total. Comme quoi dans toute situation rien n’est jamais perçu de la même façon par tout le monde.

Avec un ensoleillement record et des vents persistants pour ce printemps de confinement et une absence quasi-totale de pluie, la sécheresse s'est développée un peu partout en France et atteint des niveaux exceptionnels dans certaines régions.

Ceux qui vivent cette pluie indispensable aujourd’hui sont donc des privilégiés dont plus d’un, j’en suis certaine, se demandent déjà quand elle va s’arrêter.

La peur, toujours la peur de devoir faire face à l’inévitable. Le retour en force des limaces, la pourriture des fraises et des plantations, la chute prématurée des fleurs de nos fruitiers, la non fertilisation de ceux-ci par les insectes pollinisateurs. Avec un peu de mauvaise volonté, nous avons de quoi alimenter nos peurs pour les siècles à venir.

Il y a toujours moyen de voir le côté obscur de la vie pour qui cherche à se réfugier dans la crainte du lendemain. Savoir faire la part des choses et accepter l’incertitude comme une réalité indissociable de la vie est un des fondements irréversibles de celle-ci.

Le Yin et le Yang, le bien et le mal, la vie et la mort sont indissociables et universels. C’est quand la dictature du mal et de la mort pour, des défis soi-disant économiques, débordent de leur limites tolérables, qu’il y a dysfonctionnements inacceptables qui deviennent bien trop vite incontrôlables mais pas irréversibles.


On ne peut arrêter la pluie de tomber, mais on peut enrayer le dessèchement des terres agricoles fragilisées par une exploitation irresponsable en replantant des haies et des arbres, en parcellisant les cultures, en les diversifiant, en les réadaptant, en arrêtant de polluer nos rivières dont on ne peut plus se servir pour irriguer les terres agricoles.

Il faut savoir et prendre conscience de l’irresponsabilité de certaines préfectures qui dressent et présentent de nouvelles cartes de l'eau dont une grande partie des petits ruisseaux ont disparu. Cet effacement volontaire a pour conséquence de ne pas appliquer la réglementation qui interdit l'utilisation de pesticides à proximité de ces cours d'eau. Ainsi, ce sont quelques 3000 kilomètres de fossés et ruisseaux d’Indre-et-Loire qui ont perdu leur statut de zone protégée des pesticides. Plusieurs dizaines de départements seraient dans le même cas. Dans un rapport qui vient d’être remis aux ministres de l’environnement et de l’agriculture, des experts constatent que la police de l’eau n’a aucun moyen de sanctionner les pollueurs pour des ruisseaux fantômes.

Bernard Rousseau, président d’honneur de France Nature Environnement, confirme que l’actuel modèle agricole productiviste ne cesse d’être renforcé dans ses outrances, obérant toute possibilité de bifurcation vers une gestion soutenable des sols, de l’eau et de l’ensemble des ressources. Lesquelles continuent aujourd’hui d’être mobilisées dans une course folle à la productivité. Seule une rupture radicale en la matière permettrait d’engager enfin une transition réelle vers un avenir qui nous réconcilierait avec la nature.

Pollution de l’eau et disparition des cours d’eau ne peut qu’engendrer une réduction de la biodiversité. Ce n’est plus à démontrer.

Une histoire d’eau sans foi ni loi.

L’école française de l’eau, apparue à l’orée des années 1960, incarne un modèle de gestion aujourd’hui exporté dans le monde entier. Il a peu à peu été dévoyé par des groupes d’intérêts qui ont fait main basse sur un marché qui génère près de 25 milliards d’euros en France chaque année.

D’innombrables dérives concourent à son bilan désastreux : fonctionnement oligarchique, accaparement de l’argent public par des opérateurs privés, et dégradation catastrophique des ressources, annonciatrice d’un véritable désastre environnemental que rien ne semble pouvoir endiguer.

Il est loin l’usage raisonné d’une ressource que l’on croyait, il y a peu, encore inépuisable, et dont la qualité n’était pas encore affectée à ce point par la révolution chimique de l’agriculture qui explose à l’orée des années 1960.

Mais une fois encore nos gouvernements ont manifesté un déni inexcusable envers leurs missions concernant une gestion raisonnée de cette ressource indispensable à toute vie.

Les responsables politiques et socioprofessionnels ont magnifiquement noyé le poisson. Ce qui au départ, était considéré comme un service public a été anéanti en 1974. Considérant le défraiement des agences des eaux comme coulant de source pour services rendus, ils ont réussi entre deux eaux, à faire glisser les redevances, avec les charges d’assainissement, dans les factures d’eau payées par les usagers.

Puis on a multiplié les redevances par des coefficients pour pouvoir financer les réseaux d’égouts à la place de l’état. De queues de poissons en queues de poissons on passera à un modèle qui fera du petit consommateur, de l’usager domestique, celui qui subventionne aussi, au-delà des infrastructures d’eau et d’assainissement, et sans le savoir, l’usage de l’eau par les industriels et les agriculteurs dont le ministère conserve et défend farouchement l’emprise écrasante qu’il exerce sur la gestion de l’eau, héritage historique vieux de plusieurs siècles.…Encore un coup dans l’eau ! Les intérêts catégoriels (agriculture, industrie, énergie…) y sont en effet surreprésentés au détriment de la société civile. Depuis un demi-siècle, la politique de l’eau et la gestion de cette manne financière colossale sont sous l’emprise d’un véritable lobby, qui fait prévaloir ses intérêts catégoriels sur l’intérêt général.

L’eau a beau couler sous les ponts, il est clair comme de l’eau de roche, c’est la goutte qui fait déborder le vase. On en reste le bec dans l’eau.

C’est certain qu’il y a de l’eau dans le gaz entre nous et nos dirigeants, nos représentants politiques élus démocratiquement pour être au service de la population.

Mais rien ne nous empêche de sortir la tête de l’eau et je vous assure qu’il vaut mieux mettre de l’eau dans son vin que de consommer les limonades mises sur le marché par les grandes entreprises.

Coca-Cola consomme 10 000 litres d'eau par seconde. Sur 290 milliards de litres, seuls 114 milliards sont utilisés pour la production des boissons, soit un peu moins de 40% des quantités absorbées. Les 176 milliards de litres restants servent lors du processus de fabrication pour le rinçage, le chauffage ou la climatisation. Autrement dit, pour fabriquer un litre de boisson, l'entreprise utilise en moyenne 2,5 litres d'eau. Sans tenir compte de la fabrication des contenants.

En Amérique du Nord, cette eau est puisée dans une nappe phréatique. à San Cristobal,  dans les Chiapas au Mexique, Coca-Cola paie pour pouvoir prélever 750 000 litres d’eau de la nappe phréatique par jour, ce qui entraîne une raréfaction de l’eau et parfois des coupures.

Les locaux, souvent des Indiens, boivent alors autre chose : de l’eau de pluie quand c’est possible et le plus souvent finissent par se désaltérer (!) en buvant… du Coca Cola. Absurde.

Conséquence: les Mexicains de cette région, dans leur ensemble sont devenus les plus gros consommateurs de Coca-Cola du monde (225 litres par an et par personne) et on prévoit que bientôt 100% des Mexicains pourront devenir obèses !

En 2017, un tribunal de l’État indien du Tamil Nadu, dans l'extrême Sud du pays, a donné raison aux deux fabricants de sodas Coca-Cola et Pepsi, qui avaient temporairement dû arrêter d'utiliser l'eau d'une rivière locale à la suite d'une plainte émise par l'association PA Prabhakar qui les accusait d'utiliser cette eau à des fins commerciales alors que les agriculteurs locaux peinent à irriguer leurs cultures.

Chaque seconde dans le monde, ce sont environ 17 360 bouteilles de Coca-Cola qui sont vendues (compteur), soit 1,5 milliard de bouteilles par jour, et 547,5 milliards par an.

 

Quand on sait qu’en dépit des engagements de la « communauté internationale », le droit d’accès à l’eau n’est toujours pas assuré à tous les habitants du monde et que la moitié d’entre eux risque de manquer de cette ressource vitale dans trente ans, il y a de quoi se poser des questions.

Les Européens consomment actuellement pour leur usage quotidien 8 fois plus d’eau douce que leurs grands-parents. Un Australien utilise en moyenne plus de 1 000 litres d’eau potable par jour, un Américain de 300 à 400 litres, et un Européen de 100 à 200 litres, alors que dans certains pays en voie de développement la consommation quotidienne moyenne par habitant ne dépasse pas quelques litres.


Voilà un état approximatif des faits. Que les voies d’eau de nos seigneurs et maîtres ne restent pas impénétrables dans cette grisaille journalière de cette magnifique journée de pluie, légère certes mais bien utile.


Et peut-être que cette eau tombée providentiellement de notre ciel obscurci, sera aussi tombée sur ces feux de végétation qui depuis le 4 avril 2020 se sont déclarés en Ukraine, dans la zone contaminée d'exclusion autour de la centrale nucléaire de Tchernobyl. En quelques jours, ces incendies se sont étendus jusqu'à atteindre l'environnement proche de la centrale de Tchernobyl tout en rejetant des éléments radioactifs dans l'atmosphère. La circulation des masses d'air les ont transportés pour atteindre la France depuis le 7 avril …Mais pas de panique. L’IRSN se veut toutefois rassurant et précise que « les niveaux de radioactivité sont extrêmement faibles et l’impact résultant de l’inhalation de la radioactivité transportée par les masses dans l’air arrivant en France devrait être insignifiant ».

Noyer le poisson est un sport international pratiqué à haut niveau et rien ne sert de rouler des yeux de merlans frits si ce n’est que pour arrêter de les fermer sur des réalités imbuvables.

Les petits ruisseaux font de grandes rivières, à nous de les alimenter car goutte à goutte, l’eau creusera la pierre de leur incompétence.

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