Confinement sur l’oreiller. ( 21 avril)

Pour exister, restons confinés, sans discernement, sans jugement. Drones et gaz lacrymo sont là pour nous protéger de notre intolérable envie de vivre, de nous exprimer, de partager. Parce que les masques ça ne sert qu’à nous protéger des autres et non de nous-mêmes. Nous sommes tellement irresponsables qu’aucun discernement ne peut être instauré.

Impossible de dormir.

Faites ce que je dis !

Ne réfléchis plus !

Obéis !

Tais toi !

Papiers!

Tout tourne !

Boucle dans la tête.

Bug

Se raisonner

Se déconnecter des mots

qui tourbillonnent

de plus en plus fort

de plus en plus vite.

Ritournelle.

Silence,

Paix intérieure.

Du bruit

Litanie incestueuse.

Violation profonde qui racle l’entendement.

Bruits de bottes

contrôle

Ça crécelle

Ça ripe

c’est la foire à l’andouille

Le délire en boîte.

Se promener en couple devient une effraction.

Qu’importe que vous partagiez la même couche, le même verre, la même vie. Les mêmes repas depuis des années, les mêmes rêves depuis des lunes, les mêmes espoirs depuis des lustres.

Se promener en couple devient une effraction.

Ne plus se tenir la main

Marcher du même pas

homme devant

femme derrière

Plus d’identité

que celle sur le papier.

Plus d’intimité

que celle sur le papier.


Pour exister, restons confinés, sans discernement, sans jugement.

Drones et gaz lacrymo sont là pour nous protéger de notre intolérable envie de vivre, de nous exprimer, de partager. Parce que les masques ça ne sert qu’à nous protéger des autres et non de nous-mêmes. Nous sommes tellement irresponsables qu’aucun discernement ne peut être instauré. Tous pareils, juste des imbéciles sans jugeote qui doivent se plier au diktat de la déraison.

Les forces de l’ordre ne sont pas rémunérées pour avoir du discernement mais pour appliquer les ordres à la lettre. Surtout si les délinquants que nous sommes peuvent être pénalisés d’amendes financières et plus si affinité. Faut bien renflouer les caisses de l’état qui sont toujours trop vides et rentabiliser le matériel répressif dont sont équipés nos représentants de la loi. Mais quelle est la limite de l’inacceptable ?


Il y a dix ans, Stéphane Hessel publiait INDIGNEZ VOUS ! Pour ceux qui marchent contre le vent.

« De ces principes et de ces valeurs sur lesquels reposerait la démocratie moderne de notre pays, nous avons aujourd'hui plus que jamais besoin. Il nous appartient de veiller tous ensemble à ce que notre société reste une société dont nous soyons fiers : pas cette société des sans-papiers, des expulsions, des soupçons à l'égard des immigrés, pas cette société où l'on remet en cause les retraites, les acquis de la Sécurité sociale, pas cette société où les médias sont entre les mains des nantis, toutes choses que nous aurions refusé de cautionner si nous avions été les véritables héritiers du Conseil National de la Résistance. »….« l'instauration d'une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l'éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l'économie »…... « prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie ».

« Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous, d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux. Quand quelque chose vous indigne comme j'ai été indigné par le nazisme, alors on devient militant, fort et engagé. On rejoint ce courant de l'histoire et le grand courant de l'histoire doit se poursuivre grâce à chacun. »

L'indifférence : la pire des attitudes

Il est certain que le vent qui nous porte ombre en ce moment est mortel mais pas seulement, sauf si cette tempête gomme toute particule d’humanité en nous. Alors oui, ce virus aura eu raison de nous. Même vivant, nous serons morts. Égarés dans une dictature, une idéologie dont l’homme aura perdu tout sens d’existence, de réalisation.

Sans amour, sans partage, sans compréhension, ni foi dans notre pouvoir de changer ce monde, nous perdrons notre dignité. Nous serons indignes de continuer à vivre sur cette terre en continuant de la peupler d’individus qui la ponctionneront jusqu’à sa destruction finale.


la Déclaration universelle des droits de l'homme adoptée par l'Organisation des Nations unies, le 10 décembre 1948, à Paris, au palais de Chaillot.

Préambule

Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde.

Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l'homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l'humanité et que l'avènement d'un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l'homme.

Considérant qu'il est essentiel que les droits de l'homme soient protégés par un régime de droit pour que l'homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l'oppression.

Considérant qu'il est essentiel d'encourager le développement de relations amicales entre nations.

Considérant que dans la Charte les peuples des Nations Unies ont proclamé à nouveau leur foi dans les droits fondamentaux de l'homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l'égalité des droits des hommes et des femmes, et qu'ils se sont déclarés résolus à favoriser le progrès social et à instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande.

Considérant que les Etats Membres se sont engagés à assurer, en coopération avec l'Organisation des Nations Unies, le respect universel et effectif des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Considérant qu'une conception commune de ces droits et libertés est de la plus haute importance pour remplir pleinement cet engagement.

L'Assemblée générale proclame la présente Déclaration universelle des droits de l'homme comme l'idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations afin que tous les individus et tous les organes de la société, ayant cette Déclaration constamment à l'esprit, s'efforcent, par l'enseignement et l'éducation, de développer le respect de ces droits et libertés et d'en assurer, par des mesures progressives d'ordre national et international, la reconnaissance et l'application universelles et effectives, tant parmi les populations des états Membres eux-mêmes que parmi celles des territoires placés sous leur juridiction.

Article premier
 

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.


Rien que cet article nous met complètement en déséquilibre avec la réalité. En équilibre précaire sur une corde tendue bien haut entre le rêve et la réalité. Qui connaît actuellement ce document et s’y réfère comme il le faudrait avec toute l’attention qu’il mérite. Tous nos droits y sont reconnus et pourtant bien peu sont respectés. On préfère apprendre à nos enfants les droits des civilisations grecques plutôt que les nôtres.

Nous en sommes donc là, dans un déni délibéré de nos droits et devoirs. Et plutôt que de trouver des solutions à un retour au respect de tous, nos états instaurent un climat de violence et de terreur.

Si cela ne vous rappelle rien c’est que nous avons la mémoire courte. Et bientôt ceux qui se sont indignés contre le fascisme seront tous d’un autre monde et avec eux s’éteindra une mémoire de leur lutte irremplaçable. Ce qui créera une anamnésie irréversible sur l’histoire de la dégénérescence de notre monde.

Nous en sommes donc là, à nous étouffer dans une frustration, une colère à remâcher les injustices dont nous nous sentons victimes.

Comment ne pas avoir envie de ruer dans les brancards quand on lit l’article 30 de cette même déclaration stipulant qu’ Aucune disposition de la présente Déclaration ne peut être interprétée comme impliquant pour un État, un groupement ou un individu un droit quelconque de se livrer à une activité ou d'accomplir un acte visant à la destruction des droits et libertés qui y sont énoncés. 

Nous en sommes pourtant là, à nous demander comment réagir à ce déni des règles premières éditées en toute conscience de paix universelle et bafouées avec tant de mépris et de dextérité que cela frise l’indigestion. Quelles solutions pouvons-nous apporter individuellement et collectivement pour que cette déclaration reprenne la valeur de sa création. Pour rendre hommage à ceux qui se sont battus pour qu’elle voie le jour. Qui se sont battus pour nous sortir de l’obscurité dans laquelle nous mijotions, écrasés par deux guerres mondiales qui ont fait des millions de morts au nom d’idéologies toujours si présentes.

Allons-nous tomber dans leurs pièges et glisser vers la violence dans la manifestation de nos revendications, de nos colères, alors que c’est la première chose qu’ils attendent de notre part. Pouvoir à coups d’amendes, de matraque et de lacrymo nous remettre dans les rangs de la soumission avec toujours cette peur au ventre en toile de fond.

Devant autant d’incivilités, notre réponse ne peut être qu’une désobéissance civile déjà prônée en 1846 par Henry David Thoreau, qui fut emprisonné pour avoir volontairement refusé de payer un impôt à l'État américain. Par ce geste, il entendait protester contre l'esclavagisme qui régnait alors dans le Sud et la guerre américano-mexicaine. Avec le Discours de la servitude volontaire d'Étienne de La Boétie, La Désobéissance civile est un ouvrage fondateur du concept de la désobéissance civile.

Thoreau démontre avec force comment notre conscience se retrouve bien souvent ensevelie sous le poids du devoir. Il appelle également ses concitoyens à sortir de leur statut de « masse » pour devenir des individus à part entière, capables d’enrayer la machine gouvernementale si besoin est. De sortir de l’ambiguïté hypocrite dans laquelle ils sont prisonniers en préférant l’action aux grands discours.

La désobéissance civile, c’est le refus de se soumettre à une loi jugée injuste, aussi légale soit-elle.

Trop souvent, les conséquences d’une telle désobéissance semblent tellement lourdes, que l’on préfère se désengager du combat. Elle n’en reste pas moins une responsabilité que nous avons tous, de refuser l’injustice et de ne pas nous soumettre à des décideurs ou des lois qui iraient à l’encontre de toute notion de justice, d’équité et de respect de la condition humaine. La désobéissance civile, c’est reprendre conscience de notre pouvoir d’action et refuser que des horreurs soient commises en notre nom.

Influencée et écrasée par un univers de violence délibérément alimenté par la presse et notre environnement télévisuel, la non-violence est le seul chemin que nous devons apprendre à suivre car toute violence quelle qu’elle soit tourne le dos à l'espoir

« Le message d’un Gandhi, d'un Mandela, d'un Martin Luther King trouve toute sa pertinence dans un monde qui a dépassé la confrontation des idéologies et le totalitarisme conquérant. Pour y parvenir, il faut se fonder sur les droits, dont la violation, quel qu'en soit l'auteur, doit provoquer notre indignation. Il n'y a pas à transiger sur ces droits. » ( S.Hessel)


Une insurrection pacifique est donc indispensable si nous voulons pouvoir faire face aux nouvelles pandémies qui nous pendent au nez qui n’a pas besoin être creux pour sentir le vent tourner.

Nous avons franchi les limites que la terre pouvait nous permettre. Notre appétit insatiable de vouloir tout posséder, tout diriger comme si nous étions les seuls êtres humains sur cette terre est révolu.

En prendre conscience sera la première révolution de notre esprit.

La pandémie que nous traversons n’est certes pas la première auquel l’humain a déjà dû faire face, ni la plus meurtrière, mais sa prorogation est fulgurante et retransmise par tous les humains sans discernement.

Que ce soit la rage, le sida, la grippe aviaire, l’Ebola, ces pandémies sont des zoonoses qui sont des maladies ou infections qui se transmettent des animaux vertébrés à l'homme, et vice versa. Les pathogènes en cause peuvent être des bactéries, des virus ou des parasites. La transmission de ces maladies se fait soit directement, lors d'un contact entre un animal et un être humain, soit indirectement par voie alimentaire ou par l’intermédiaire d'un vecteur (insecte, arachnides…). D'après l'Organisation mondiale de la santé animale, 60% des maladies infectieuses humaines sont zoonotiques.

Par la domestication animale à échelle inhumaine, l’homme a fait entrer le loup dans la bergerie. La vache nous a apporté le virus de la variole, de la rougeole sans parler de l’encéphalopathie spongiforme bovine de la vache folle. Les rats et les chauves-souris sont d’excellents transmetteurs de virus mais la liste est infinie et les virus innombrables.

Si ces pandémies dévastatrices envahissent maintenant notre espace de vie ce n’est que le juste retour de manivelle de notre interaction sans cervelle sur la nature. À force de déforestation abusive et d’empiétement irraisonné sur les zones anciennement préservée de l’homme dans lesquelles les animaux pouvaient évoluer librement, nous nous retrouvons confrontés à un contact plus rapproché avec les animaux sauvages porteurs de pathogènes et de virus pour lesquels nous ne sommes pas près à les affronter.

A force d’avoir réduit par deux en 25 ans les forêts mondiales pour la production agro-industrielle de céréales souvent animalières ou pour y créer comme en Malaisie d’immenses fermes porcines, vecteurs de grandes épidémies tel le nipah ayant les mêmes pathologies que le coronavirus.

Plus nous restreindrons les espaces entre le monde « sauvage » et l’humain, plus nous risquons d’être victimes de telles sources pathogènes. Que ce soit par morsures ou par contacts directs avec les espèces infectées, par les espèces relais, par le rapprochement des animaux domestiques et sauvages ou par l’exportation de denrées animales contaminées, l’homme sera de plus en plus confronté à des scénarios catastrophes dont il est le seul metteur en scène.

Par son développement économique irréfléchi, il risque de mettre l’humain au centre de crises de pandémies de plus en plus récurrentes et sévères.

Le défrichement incontrôlé au Congo, qui vit dans un état de guerre permanent depuis au moins 16 ans, pour extraire de ses sols le coltan ou tantale si prisé par l’industrie de pointe est un autre exemple de désastre pour l’homme et la nature mais qui semble  oh! combien indispensable car il fait partie de nos téléphones portables et autres médias.

La propagation de ces nouvelles maladies n’a pas plus de frontière que le nuage radioactif de Tchernobyl. Si nous pouvons traverser le monde en quelques heures, plus rien ne pourra les arrêter.

Le développement illimité de la population mondiale sera encore un autre facteur de la propagation de ces virus et les personnes en situations précaires, c’est-à-dire une personne sur huit, n’auront aucun moyen d’enrayer la diffusion de cette nuée mortelle dont nous sommes les seuls responsables.

Il n’est plus temps d’une réflexion sur les changements possibles. Seule l’action immédiate est une réponse logique à ces nouveaux fléaux. Nous devons impérativement changer nos comportements tels la sobriété dans nos achats, nos déplacements et notre façon de vivre et d’aborder le monde dans sa totalité et non plus nous contenter de ne pas vouloir voir plus loin que le bout de notre nez.


Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.